mercredi 10 juin 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XIV

Après 24 heures mouvementées (entre les attaques nocturnes et les matches cruciaux de Bourrée), les aventuriers avaient bien besoin d'un peu de repos bien mérité. C'est donc après une longue et bonne nuit que la compagnie se réveilla assez tard, même le matinal Glanix ayant dormi plus qu'à l'habitude.

Chapter XIV - Til' Death do us part
(ou "séparations tragiques")

Quand tous se réveillèrent, quelque chose d'inhabituel se fit de suite remarquer. Aucune mauvaise humeur au réveil, aucun juron, grognement, râlement. Quelque chose de si inhabituel avec cette Compagnie que tous sentirent qu'un événement particulier était arrivé pendant la nuit. Et au bout de quelques minutes de réflexion, l'évidence leur apparut : Ferin n'était pas là. Celà ne les avait pas frappés tout de suite, car le roublard était de manière générale le dernier à se lever, et n'était en général pas très loquace avant les heures qu'il considérait comme "normales" (c'est à dire environ le milieu de l'après-midi). Ce n'était pas dans ses habitudes de ne pas rentrer au petit matin de ses escapades nocturnes. Ce n'était pas non plus son style de laisser des bourses pleines d'or avec son équipement... La troupe commença à s'inquiéter, et après une rapide et sommaire fouille de la maison, décida de partir en ville s'enquérir d'une trace du roublard.
Ils passèrent tout d'abord, sur conseil de Tordek, à la banque, pour vérifier que tout était en ordre (et surtout que l'objet de leurs convoitises n'avait pas été dérobé). Ils durent parlementer longuement avec un nain suspicieux avant que celui-ci ne consente (sur évocation de Tordek de leur passé commun, et sur promesse de l'offre prochaine d'une bière) à aller vérifier que tout était en ordre. Ils allèrent ensuite à l'hôtel, rejoindre Cyrielle, voir si tout allait bien pour elle.

La troupe fut accueillie plutôt froidement par l'hôtelier nain, qui commençait à voir en ces clients une perpétuelle source d'ennuis. De plus, il avait l'air d'humeur encore moins amène qu'usuellement.
"- Encore Vous! Je croyais vous avoir demandé de ne plus poser les pieds ici!
- Du calme, Aubergiste, nous sommes juste venu récupérer notre amie, et escorter le dignitaire au match de Bourrée, répondit Tordek sans sourciller, nous ne te causerons aucun problème.
- Ouais, ben à ce sale demi-elfe, vous lui direz de faire moins de bordel la nuit! J'ai pas pu fermer l'oeil, avec tout le barouf qu'il a fait cette nuit!
- Du bruit? Mais quel genre? demanda Elphyr, le ton inquiet.
- J'sais pas moi, devais faire la nouba, ça sautait, ça cognait contre le sol, les murs... Vous m'en refoutrez des invités comme ça, j'm'en passe, moi. Roi ou pas roi, s'il refait une nuit comme ça, je l'expulse, moi!"
Avant qu'il ait fini sa phrase, Elphyr et Tordek s'étaient rués dans les escaliers. Arrivés à l'étage, ils entrèrent en trombe dans la chambre de Cyrielle... qu'ils réveillèrent. Elle était couchée sur son lit et dormait en petite tenue (ce qui eut pour effet de faire rougir jusqu'au pointe des oreilles le prude demi-elfe). Elle se réveilla de suite, et se mit immédiatement en posture de combat, avant de reconnaître les intrus.
"- Qu'est-ce que vous faites dans ma chambre? Vous ne dormiez pas chez Tordek?"
Mais avant de finir sa phrase, elle constata par la luminosité qu'il était bien plus tard qu'elle ne pensait.
"- Mon Dieu, je ne me suis pas réveillée!"
Mais le guerrier et le rôdeur étaient déjà partis voir si le diplomate allait bien. Ils furent arrêtés par la porte, qui était verrouillée. Cyrielle les rejoint bientôt après s'être rapidement habillée. Devant l'huis clos, elle ne se posa pas de questions, et fit exploser la serrure d'un coup de pied bien senti. Ils entrèrent dans une pièce vide de toute présence. Le lit était défait, la fenêtre ouverte, mais plus de trace du représentant du Roi. Il y avait apparemment eu une lutte durant la nuit, et Cyrielle ne s'était même pas réveillée, à son grand dam. Les compagnons étaient maintenant à la recherche de deux personnes, et Cyrielle ne pouvait arrêter de se blâmer pour avoir manqué à son devoir.
La Compagnie décida de se diviser en deux équipes : pendant que Glanix, Cyrielle et Elphyr iraient chercher des traces du diplomate (et peut-être de Ferin) au Stade (un match de Bourrée se jouait le matin), les autres partiraient à la Taverne chercher des traces du roublard.

***

Les Gardes demandaient une entrée honteusement chères aux aventuriers. Glanix essaya bien de faire passer son statut de joueur reconnu pour obtenir un accessit spécial, mais son ton pompeux fut assez mal pris de la parte des guichetiers, et il se vit rabrouer assez rapidement. Alors que Cyrielle eut la présence de conscience de jouer sur sa qualité de protectrice de représentant du Roi. Impossible de dire si le garde fut plus impressionné par l'éloquence ou par la présence physique de Cyrielle (surtout au niveau de la poitrine), mais il laissa le passage à Cyrielle et Elphyr, qui partirent fouiller sommairement le stade. Aucune trace de Ferin, ni du Diplomate où que ce soit, le mystère restait entier. Vérifier toutes les tribunes prirent beaucoup de temps à la moinesse et au rôdeur, et une heure et demie avait passé avant qu'ils ne rejoignent Glanix dehors, qui était plongé dans une profonde méditation religieuse. Ils décidèrent de retrouver leurs compagnons, qui devaient se trouver dans les environs de l'Auberge.

***

Pendant ce temps, Tordek insista pour passer d'abord à la Maréchaussée, afin de déterminer si quelques voleurs à la sauvette avait été enfermé pendant la nuit (malgré l'estime qu'ils portaient maintenant à leur compagnon qui s'était montré, si ce n'est valeureux, au moins digne de confiance, ils étaient conscients de ses divers travers, et de la possibilité que ses activités nocturnes ne soient pas en totale concordance avec la loi locale). Ils furent assez mal accueillis par des gardes encore saouls de la nuit au poste, qui avait apparemment assez mouvementée (les gardes avaient apparemment fait l'acquisition en début de soirée de deux filles de joie pour la nuit, et en avaient profité pour faire une fête assez épique). Il fut rapidement clair, au vu de l'état des gardes comme de celui du Poste du Guet qu'il était totalement hors de question que la justice eût été rendu cette nuit, et ils repartirent bredouille.
Tordek n'était pas un nain pour rien. Une fois son hypothèse écartée, il s'obstina à vouloir repasser à la banque, afin de vérifier que le caillou n'avait pas été volé depuis leur dernier passage. Malgré les protestations de Marcus, ils se dirigèrent donc vers la Banque, où cette fois le nain ne parvint pas à convaincre son ancien collègue d'aller re-vérifier le coffre du directeur, et faillit même se faire expulser manu-militari après avoir quelque peu haussé la voix. Ils repartirent cependant certains qu'il ne s'était rien passé à la banque, le dispositif de sécurité ne semblant pas en alerte.
Ils arrivèrent enfin à la taverne, en compagnie d'un nain maussade, qui faisait profiter de sa mauvaise humeur à toute personne s'approchant un tant soit peu de lui (avec une ostensible mauvaise foi, le guerrier laissait trainer sa hache dans la jambe des gens, et ne répondait aux protestations qu'avec des grognements gutturaux).
La Taverne leur apporta un peu plus de réponse. Si personne n'avait vu trace de Ferin (malgré une description exhaustive du personnage, le tavernier ne semblait pas s'en rappeler, et le bookmaker, qui visualisait bien le personnage de par ses récents gains aux paris, ne l'avait plus vue depuis la veille dans la journée, quand il était passé retirer son argent), le tavernier avait eu un témoignage de première main au sujet du Diplomate Demi-Elfe.
"- Ouais, j'ai un client qui l'a vu, hier! Apparemment, il avait trop bu, il se faisait ramener chez lui par un mec! Complètement lessivé, le gars. Encore une preuve que les demi-races savent pas boire! dit-il avant de lancer son grand rire jovial.
- Et vous saviez d'où il venait? Où il se dirigeait?, demanda Marcus.
- Où il allait, ça, je sais pas, sans doute chez lui, je sais pas où il crèche. Ou chez le gars qui le ramenait!!! Par contre, il venait de la droite... Vu qu'il y a pas masse de bars en ville, j'imagine qu'il était à la Taverne Grise. ça m'étonne d'un officiel - c'est un endroit assez mal famé, vous savez, je pourrais vous en raconter des histoires - mais bon, on sait jamais, hein, les gens de la haute, ils se sentent toujours plus importants que nous! D'ailleurs, ça me rappelle cette Comtesse qu'était descendue en ville..."
Les deux aventuriers durent subir une diatribe contre les nantis remplie d'anecdotes plus cocasses les unes que les autres pendant une dizaine de minutes, avant de pouvoir s'échapper. Ils partirent tout droit en direction de la Taverne Grise.
Un endroit mal famé était un euphémisme. Malgré son positionnement au Centre de la Ville, ce débit de boisson était sombre, empli de fumée, et tout le monde parlait à demie voix. Quand les compagnons entrèrent, tout les yeux se rivèrent sur eux, et ne les lachèrent plus. Un tavernier à la limite de l'impolitesse refusa de répondre à leurs questions tant qu'ils ne consommeraient pas. Pour refuser d'y répondre aussi une fois les consommations achetées. Ce ne fut qu'une fois que Marcus lança un sort de Charme sur sa personne qu'il se montra plus coopératif, mais il ne se révéla pas très informatif : il n'avait vu aucun demi-elfe pendant toute la nuit précédente, ni de Roublard d'une autre ville que la sienne. Une fois ces renseignements récupérés, Marcus et Tordek sortirent assez rapidement, quelques habitués ayant constaté quelque chose d'anormal dans l'attitude du tenancier et se rapprochant dangereusement.
Les deux compagnons étaient assez déprimés, quand un mendiant, apparemment faible d'esprit s'approcha d'eux. Alors qu'un Marcus désabusé lui lançait une pièce de cuivre (sous l'oeil désapprobateur de Tordek qui voyait là un gachis inadmissible), l'apprenti mage eut la présence de d'esprit de s'informer auprès du pauvre hère.
"- Dites moi, mon brave, vous n'auriez pas vu un demi-elfe porté par un autre homme dans ce quartier, cette nuit, par hasard?
- Non, mon précieux, tout ce que j'ai vu cette nuit, c'est mon nouveau Trésor!!!
- Votre nouveau Trésor? De quoi s'agit-il?
- Je peux le montrer aux gens, mais ça coutera une belle pièce bien brillante.
- Amène nous y, et tu auras deux belles pièces très brillantes, manant, lança Tordek, maintenant intéressé."
Le mendiant sembla content du marché proposé, et fit signe aux deux aventuriers de les suivre, avant de s'éloigner en boitant. Ils le suivirent jusqu'à une ruelle sombre, située non loin de là. Le trésor, se révéla être une masse informe dans un sombre recoin de la ruelle. En s'approchant, ils reconnurent la forme d'un corps. En le retournant, Tordek poussa un cri de rage, tandis que Marcus laissa échapper un gémissement de désespoir : ils avaient retrouvé Ferin, mais trop tard.


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