lundi 12 octobre 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XVIII

Nos aventuriers sont partis assez précipitamment de Banghora, en possession de la pierre tant convoitée. Les voilà en route vers de nouvelles aventures, mais poursuivis par des gardes quelque peu remontés contre eux.

Chapter XVIII - On the Road Again
(ou "Face à la mer, j'aurais pu grandir")


Une fois sorti de Banghora, les aventuriers chevauchèrent quelque temps à une vitesse soutenue afin de s’éloigner le plus vite possible de la ville et d’éventuelles poursuites. Une fois une distance respectable parcourue, ils quittèrent la route pour partir à travers champ, laissant l’habile demi-elfe couvrir leurs traces aux yeux d’éventuels pisteurs. Ils continuèrent alors un peu moins vite, le parcours à travers champs se révélant bien moins aisé.

Ce n’est qu’une fois le soleil quasi-couché qu’ils se décidèrent enfin à dresser le camp pour passer la nuit, et se remettre des émotions assez vives d’une journée bien remplie. Ils s’endormirent bien vite, non sans installer un tour de garde.

Au beau milieu de la nuit, Cyrielle fut réveillée par des cris. Elle se leva prestemment, et trouva Tordek, une hache à la main, essayant apparemment d’attaquer un Elphyr hagard, qui ne semblait pas être pleinement conscient. A ses côtés, l’œuf, d’où émanait une lueur différente de celle qu’il l’enrobait avant.

« Il a mis la pierre dans mon œuf, ce satané elfe ! Je savais qu’on ne pouvait faire confiance à une telle race ! Il m’a trahi ! Il nous a tous trahi ! Il doit mourir ! ».

Cyrielle mit quelque temps à comprendre ce qu’il s’était passé, entre les hurlements furibonds d’un nain dépossédé, et les balbutiments peu structurés d’un demi-elfe visiblement peu à son affaire.

Tout à coup, Elphyr sembla redevenir lui-même. Il ne se souvenait pas de ce qu’il s’était passé, juste d’avoir rêvé d’un sorcier enrobé dans une grande cape incantant des formules cabbalistiques. Il avait apparemment été possédé, et sous l’emprise d’une volonté autre que la sienne, avait dérobé œuf et pierre, et inséré le fragment dans l’artefact. Ces explications ne suffirent pas à convaincre Tordek de ne pas attaquer physiquement Elphyr, et il fallu toute la diplomatie, la rhétorique et l’infinie patience de Glanix pour le persuader de ne pas passer à l’acte. Ceci n’empêcha Tordek de lorgner avec moult méfiance et animosité vers le rôdeur pendant les jours suivants du voyage, où les compagnons suivaient globalement les faisceaux lumineux, qui étaient depuis la nuit fatidique beaucoup plus visibles et lumineux. Ceci les mena près de Saurate, un estuaire peu recommandable en bord de mer près duquel ils décidèrent d’établir campement.

Les aventuriers avaient passé la nuit dans les environs de Saurate : il était maintenant clair et net que le faisceau qui menait à la prochaine pierre se dirigeait tout droit vers le grand large. Ne disposant d’aucune compétence maritime ou de navigation, il était par conséquent logique de se diriger vers le port le plus proche, où ils pourraient tenter de se repérer par rapport à des cartes, afin d’avoir une estimation plus ou moins valable des iles vers lesquelles pointait la ligne astrale.

Tout n’avait pas été facile pour prendre cette décision : Lars ne comprenait pas le concept même de mer, Tordek ne faisait aucune confiance à ces traits magiques qu’il ne voyait pas (mais la perspective d’étudier une carte l’enthousiasmait quelque peu, lui qui comme tous les représentants de sa race entretenait une vraie passion pour la cartographie), Elphyr pensait que partir dans une ville si vite après les événements de Banghora ne pouvait qu’être néfaste pour eux, Glanix, piètre nageur, était quelque peu reluctant à l’idée de voyager sur l’eau…

Heureusement, Marcus put compter sur le soutien de Cyrielle, et il réussit à convaincre ses compagnons.

L’entrée à Saurate refroidit cependant quelque peu ses ardeurs : en fait de port, cet amas de maisons n’était qu’une piètre excuse pour quelques marins à la retraite de faire payer les taxes royales et locales à des marins avinés en quête de beuveries, bagarres ou galante compagnie. Les rues n’étaient pas entretenues et étaient jonchés de détritus, quelques corps avinés en quête de repos trainaient çà et là, des jeunes filles très peu vêtues attendaient encore là malgré l’heure matinale, et la puanteur atroce de la rue n’était masquée que par la très forte odeur d’algue qui régnait sur le pays depuis quelques kilomètres.

Marcus ne comprenait pas qu’on puisse choisir consciemment de vivre dans ce lieu de perdition : aucune perspective, aucun débouché autre que la fuite par la mer pour tomber dans un autre port miteux. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait vraiment loin de chez lui, et se demandait si la recherche de connaissances et de pouvoir ne l’avait pas fait s’égarer.

Pendant que Glanix et Cyrielle étaient partis déposer leurs montures dans les écuries (un grand bâtiment constitué principalement de murs branlants en planches vermoulues et d’un toit en chaume troué en de multiples endroits), les autres se dirigèrent vers le port. A la vue de la mer, leurs souffles furent coupés : aucun d’entre eux n’avait eu l’occasion précedemment de contempler l’immensité de l’océan, et la vision les laissait perplexe. Sauf Lars qui n’avait pas compris de quoi il s’agissait, et à qui il fallut expliquer qu’il se trouvait devant une grande étendue d’eau, donnée que sa qualité d’homme du désert lui rendait difficile à percevoir .

Après avoir rapidement fait le tour de la bourgade, pour constater qu’elle était principalement composée d’entrepôts et de lieux de perdition en tous genres, les aventuriers se réunirent pour décider de la marche à suivre.

Leur but était de continuer à suivre la trace de la pierre, il leur fallait donc, ignorant les subtilités de l’art de la navigation, louer les services d’une équipe en possession d’un bateau. Cela risquait de n’être pas chose facile, les embarcations étant chères et ayant souvent des tâches planifiées pour plusieurs mois. De plus, partir à la recherche d’un artefact magique pouvait éveiller des pensées avides et malhonnêtes et une fois en mer, les équipiers pouvaient se trouver à la merci d’un équipage de peu de scrupule. Il leur fallait donc redoubler de prudence, tout en gardant à l’esprit que leurs fonds étaient limités.

Marcus gardait la tête froide, contrairement à ses compagnons. S’émerveiller devant une vaste flaque d’eau était une chose bien inutile à faire, et il n’avait pas de temps à perdre avec de telles frivolités. Pendant que les autres perdaient leur temps, il était passé à une ingrate petite échoppe pour acquérir une carte de la côte et de la mer environnante. Ensuite, il avait fait jouer les pouvoirs de sa puissante magie pour s’orienter en direction du Nord (une simple incantation qu’il avait appris à son entrée dans l’Université Visible), et pouvoir ainsi se réperer sur la carte. Le faisceau partait tout de l’œuf en direction Sud/Sud-Est, où se trouvait justement un groupe de 5 petites iles appelées Les Iles des Larmes. L’œuf devait surement se trouver dans cette direction !

Il alla annoncer la nouvelle à la troupe : ils pouvaient maintenant travailler sur des motivations valables pour se rendre sur ces Iles, et ainsi ne pas éveiller la méfiance des marins qu’ils rencontreraient.

Ils commencèrent à essayer d’aller démarcher les diverses personnes d’allure marine (quasiment la totalité de la population de la ville) et qui semblaient, sinon dignes de confiance, au moins à peu près présentables (déjà un sélection importante), mais ils se rendirent vite compte que la journée n’était pas l’instant propice pour mener ce style de tractations. Tous les marins debouts étaient occupés à chercher du matériel pour leur bateau, à effectuer des réparations sur leurs bâtiments, et les rares oisifs n’avaient aucun pouvoir de négociation, et renvoyaient vers leurs capitaines, indisponibles jusqu’au soir. Les compagnons prirent donc leur mal en patience et attendirent la tombée de la nuit.

Morne et relativement déserte la nuit, le site portuaire prenait un tout autre visage une fois la nuit tombée. Une légioe jeunes filles sortit peu à peu des vétustes logements afin de proposer divers services à la moralité douteuse, nombre de bars et tripots ouvrirent leur portes, dans des batiments parfois totalement anonymes de l’extérieur. Les marins qui avaient dormi ou travaillé toute la journée remplissaient les différentes tavernes, et on pouvait maintenant entendre nombres chants et bruits de bagarres provenant de çà et là.

Les compagnons décidèrent de se rendre dans le bar la première auberge à portée : le Narval glorieux, qui n’avait de glorieux que le nom : un comptoir sale à l’extrême tenu par une grosse brute, des bonbonnes de rhum et des tonneaux disposés au petit bonheur la chance, voilà le décor qui s’ouvrit aux yeux de Marcus, qui commençait à s’habituer à ses décors. Une atmosphère chargée par les volutes de fumées et les odeurs d’alcools et d’algues pénétrait directement les narines, et les marins qui commençaient à s’abreuver ici étaient tous occupés par diverses occupations d’alcooliques : jeux de cartes, de dés, à boire ou simplement chansons marines souvent très portées sur des scènes relativement immorales. L’entrée de Cyrielle ne passa d’ailleurs pas inaperçue : beaucoup de regards se rivèrent sur elle, et il fallut tout le self-control de la moinesse pour ne pas rougir. Par chance, ses atours et son comportement excluait totalement la possibilité qu’elle partage la même profession que la majeure partie des femmes de la ville, ce qui lui valut d’être laissée relativement tranquille pendant la soirée, à part deux trois soulards qui furent bien vite remis à leur place par un regard froid et sévère, ou une clef de bras rapide.

Afin de se mêler à la foule sans éveiller de trop larges soupçons (chose rendue relativement peu difficile par l’hétéroclicité de la population locale, provenant des quatres coins du continent), les compagnons s’assirent en cercle et commandèrent quelques boissons, afin de jauger qui pourrait potentiellement être intéressée par un voyage jusqu’aux Iles des Larmes. Leur attention se porta assez rapidement sur un équipage relativement peu fringant qui jouait aux dés non loin, et Glanix alla entamer une conversation anodione avec le capitaine de la troupe, remarquable par son chapeau à plume.

Il fut vite clair que si le Capitaine était tout disposé à emmener la troupe sur les Iles des Larmes, ses affaires l’amenant à cet endroit de toutes façons, le prix du voyage posait problème. Le capitaine refusait d’envisager de prendre des passagers à moins de 800 pièces d’or la tête, montant exorbitant que les aventuriers ne possédaient pas. De plus, la présence d’une femme dans l’équipe, symbole de mauvais augure pour la navigation, rendait reluctant le marin à baisser ses prix. Finalement, Kaléstim (c’était le nom du capitaine), fit une proposition de joueur de dés : jouer la place des aventuriers : Si jamais Kaléstim gagnait, il gagnait 2000 pièces d’or, et sinon, il emmenait gratuitement les aventuriers, tant que ceux-ci assuraient la protection des marins en cas de rencontre avec les pirates.

Les compagnons n’avaient d’autres choix que d’accepter, mais le problème était que personne ne savait jouer aux dés. Sauf Lars. Quand on lui expliqua plus avant la conversation, que le barbare avait cessé d’écouter, les palabres et négociations n’étant pas vraiment sa tasse de thé, une lueur , mélange d’envie de et de cupidité se mit à briller dans ses yeux.

« Par chez moi, je suis une légende aux dés. J’ai gagné deux fois le concours des trois palmiers . », annonca-t-il d’une voix fière. Les autres (à l’exception de Tordek, qui n’était pas vraiment concerné par les relations sociales) prirent soin de paraître impressionnés pour ménager la susceptibilité du barbare, même s’il n’avait aucune idée de ce que pouvait bien représenter ce concours des trois palmiers.

« - Quels sont tes régles, homme de la mer ? demanda Lars au Capitaine.

- Ben, on joue aux plus fort des trois jets, selon les règles balactiennes.

- Très bien, mais quels sont ces dés étranges ?

- Ben ce sont des dés normaux ? C’est quoi l’embrouille ?

- Tous ces ronds ne veulent rien dire, ce sont des dés de mage !

- Heu, non Lars, intervint Marcus respectueusement, je peux t’assurer qu’aucune magie n’est à l’œuvre ici ! Mais ces dés sont normaux, non ?

- Non, il y a juste plus de ronds sur des faces que sur les autres ! Chez moi, c’est beaucoup plus simple : il y a la mort, la roue, le feu, l’eau, le vent et la terre. On lance deux dés, et le résultat dépend de l’élément et du temps. S’il fait du vent, le soleil et le vent, sont les deux élément majeurs, mais la mort peut tuer un des deux, tandis que la roue peut faire jouer si elle est doublée. Si le vent n’est pas là, le feu et la terre sont les deux éléments forts, l’eau est toujours l’élément faible, sauf s’il pleut, auquel cas l’eau est doublée. Si on joue la nuit, les élements sont inversés, et la mort est doublée, tandis que la roue peut faire passer le tour… »


Tous les spectateurs regardaient le barbare en pleine litanie la bouche béante, surtout ses compagnons d’aventure, qui ne l’avaient jamais entendu parler autant d’un coup. Personne n’arriva bien sûr à tenir le fil de la conversation (sauf Marcus, dont la capacité d’attention n’avait d’égale que son inaptitude à s’intéresser aux jeux de hasard).

« - C’est pour ça que mon jeu est mieux que le tien. Tous ces ronds sont les mêmes, et ça va être très difficile de savoir qui en a le plus si on tombe sur les faces où il y en a beaucoup. »

Marcus ne s’habituerait jamais à l’intellect obscur du barbare. Cependant, il prit sur lui, et lui promit qu’il l’aiderait à compter, et qu’il lui dirait les faces qu’il devrait obtenir. Ainsi, grâce à la coopération entre les deux hommes, la victoire fut acquise assez aisément face à un capitaine furibond qui, s’il avait moins bu, aurait peut –être vu Lars escamoter un ou deux dés, et changer une fois une face qui ne l’arrangeait pas, sur conseil de Marcus.

Ainsi, les aventuriers obtinrent un voyage en bateau gratuit (ce qui ne faisait que relativement plaisir à Tordek et Glanix, qui n’envisageaient pas avec bonheur la perspective de se retrouver au milieu d’une immensité liquide), et la plupart de la troupe partit se coucher assez tôt dans les chambre miteuses de l’auberge (à l’exception de Lars, qui resta un peu jouer aux dés pour de l’argent, Marcus qui restait pour l’aider, et qui percevait maintenant mieux l’intérêt qu’on pouvait avoir pour les jeux de hasard, quand le hasard ne rentrait pas vraiment en compte et qu’il y avait de l’argent à la clé, et Tordek, qui avait entrepris de préparer son voyage de la veille de la meilleure des façons, en éclusant le maximum possible de rhum).


mardi 30 juin 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XVII

Pris de court par la traîtrise de Cyrielle (suivie de son Mea Culpa), les aventuriers ont eu du mal à se débarrasser de moines belliqueux, mais ont trouvé un nouveau compagnon en Lars, joyeux barbare peu porté sur les choses de l'esprit, mais apparemment motivé par les perspectives d'aventure et de découverte du monde. Cependant, la finale se joue seulement quelques heures plus tard, et le représentant du Roi reste introuvable.

Chapter XVII - The show must go on
(Ou "Tout ça pour ça?")

Le plus gros problème qui apparaissait à l'horizon trouva rapidement sa fin, et d'une façon fort simple: un membre du Guet (qui apparaissait plus éveillé que les quelques uns avec qui ils avaient déjà été en contacts) vint leur apprendre que le consul avait été retrouvé, errant dans les rues. Ils se précipitèrent à sa rencontre, pour découvrir un demi-elfe toujours aussi hautain et énervé, malgré une tenue quelque peu entaillée et une mine à faire peur. Il avait été laissé libre le matin même de la cave où il était tenu prisonnier, sans cependant avoir pu discerner l'identité de ses ravisseurs.
Après les différentes attaques qu'il avait pu subir, le Dipomate avait décidé de modifier le déroulement de la cérémonie de l'après-midi : au lieu d'amener le coffre de récompense avant le début du match en grande pompe comme c'était la coutume, la chose allait se dérouler de manière plus discrète, à la mi-temps, sous la protection conjointe de la garde et des aventuriers (le Demi-Elfe avait manifestement prit le parti de ne plus faire confiance à personne, et donc de s'entourer le plus possible de factions différentes afin de ne pas se mettre tous ses oeufs dans le même panier). Toute la troupe convint d'être présente, à l'exception de Glanix qui était bien sûr censé être présent sur le terrain. A chacun fut confié un poste de garde et un emploi du temps à respecter : il allait falloir jouer la partie serrée.

***

Quand Glanix arriva au stade, il était confiant. Tout s'arrangeait, et cela était bien entendu dû à l'intervention de Saint-Cuthbert, qui remerciait ainsi son fidèle qui faisait régner la loi sur Terre. Plus que quelques heures, et ils auraient dignement récupérer la pierre, et ils pourraient partir la tête haute de cette ville sordide où l'ordre n'était respecté que par des exceptions. Erose et sa petite vie ordonnée lui manquait, et il lui tardait d'aller se défouler sur un quelconque pêcheur. Voire sur un adversaire à la Bourrée. En plus, ils étaient petits, et ne semblaient pas particulièrement vifs. Cela serait de la tarte.

***

Elphyr se trouvait encore dans cette banque naine. Il ne voyait pas l'intérêt qu'avait cette race à se terrer sous des gros murs pour protéger l'avoir des autres. Enfin, qui pouvait se targuer de comprendre un nain? Tordek était en train de parler avec un de ses "amis" du comptoir, et essayait tellement manifestement et pitoyablement de retarder son départ de la banque que ça en devenait gênant. Mais personne de louche à l'horizon, et c'était le principal.

***

Lars était de mauvaise humeur. Il avait rencontré des guerriers, et pensait se retrouver dans des aventures, des combats et des trucs marrants. Au lieu de cela, il se trouvait à surveiller un petit demi-homme colérique, qui parlait avec des mots compliqués et donnait des ordres à tout le monde. C'était pas comme ça que Lars voyait la vie. Et en plus, il entendait les chants du match de Bourrée qui commençaient à résonner. Il ratait le match pour aider un faible à survivre. Etre civilisé, ça avait vraiment l'air nul.

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Glanix avait déjà tamponné deux des malingres de l'équipe d'en face, et se dirigeait tout droit vers la zone d'en-but avec la balle. ça allait être du gâteau. Au moment même où il avait cette pensée, il se fit percuter sur le côté par un adversaire. Rien de grave, mais tout à coup, le prêtre se senti las, fatigué, et n'arrivait plus à courir. Ni à se motiver.
Il sentait vaguement qu'il aurait du s'énerver, ou trouver étranges voire agaçantes les soudaines broncas de la foule à son encontre. Mais il n'en avait pas la force. Il y avait quelque chose de bizarre là dessous, mais quoi? Et était-ce si important?

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Le cortège du Diplomate se déplaça rapidement dans les rues, de l'hôtel à la Banque puis de la Banque au stade sans qu'il n'y ait de problème majeur. Il y eut quelques bousculades (surtout dûes à l'excès de zêles du guet d'une part, et de Tordek et Lars d'autre part), mais rien de bien méchant, et les officiels arrivèrent dans la tribune présidentielle sans dommage. Sur une musique épique, le Représentant du Roi présenta à la foule la Pierre, récompense traditionnelle du tournoi, et la bourse contenant les 3000 pièces d'Or. La foule, relativement énervée par le non-match qui avait eu lieu, criait et hurlait comme elle était censée le faire.

***

Mesdrick Ravals, organisateur du tournoi, était inquiet du déroulement de l'événement clôture. Ce match était destiné à mal finir : s'il avait bien commencé sur plusieurs chocs impressionnants, l'équipe locale avait baissé le pied après quelques contacts, et était maintenant largement menée. Pire que ça, les joueurs semblaient déjà exténués, et ne montraient pas de disposition à effectuer une quelconque rebellion. Et ça, le public n'allait pas l'accepter. Déjà, quelques voix criaient à la corruption ou à la triche. Mesdrick espérait de tout coeur que le retour des vestiaires ramènerait les choses au calme.
Surtout que le représentant du roi était arrivé, étrangement bien escorté : une troupe disparate l'entourait. Un Nain, un barbare et une jeune moinesse, peut être, se tenaient juste derrière lui et le capitaine des gardes, tandis qu'un peu plus loin, un demi-elfe avec un grand arc, et un jeune magicien (il devait être magicien, il avait une robe et un chapeau, c'est en général à ça qu'on les reconnaissait) était aussi aux aguets. Les gardes de Banghora étaient peu efficaces, certes, mais qui aurait bien pu en vouloir à une marionette du pouvoir comme ce demi-elfe? D'étranges rumeurs circulaient en ce moment en ville sur des attaques répétées à l'encontre de l'officiel, et ces mesures drastiques de sécurité étaient là pour les confirmer. Non, tout cela ne disait rien qui vaille à Mesdrick, qui fit une rapide prière à Pélor pour que tout se passe bien.

***

Glanix, dans les vestiaires, médita quelques minutes, et réfléchit. Il était en pleine forme ce matin, et il était maintenant fatigué, usé, démotivé comme s'il courait depuis plusieurs jours après un dragon qu'il n'attrapait jamais. Il y avait forcément quelque chose de surnaturel là-dessous, mais il aurait remarqué un éventuel sort.
Soudain, le prêtre eut une inspiration, et lança une prière à son Dieu qui avait pour but de stopper les effets de poison de toutes sortes. Et il se sentit soudain dans une forme resplendissante. La colère monta en lui. Quelqu'un avait enfreint les règles. Que ce soit dans la vie ou dans le sport, s'il y avait une chose qui insupportait à Saint-Cuthbert et à tout membre digne de son ordre, c'était la tricherie.
Il y aurait châtiment, se promit-il.

***

Marcus regarda attentivement les équipes qui rentraient sur le terrain, pour surveiller ensuite la tribune de gauche, qui lui était attribuée. Il n'avait pour l'instant vu rien d'anormal, mais il fallait rester à l'affût. "Vigilance constante" lui avait-on souvent répété à l'Université, c'était la seule façon de se préserver des démons, qui sont perpétuellement en train de guetter la moindre faille dans les dispositifs de sécurité de ceux qui utilisent les Arcanes.
Vivement qu'ils s'éloignent de ce sport violent et peu intéressant. Il espèrait juste que leur nouveau compagnon, ce barbare obtu et quasiment infirme intellectuellement se souviendrait de ce qu'ils avaient convenus pour s'emparer de la pierre. Il ne manquerait plus que le seul neurone du guerrier ait fini de fonctionner, et tout leur plan s'écroulerait.
Alors qu'il disait ça, une scène étrange se passa sur le terrain : Glanix, qui avait l'air bien en forme, quoiqu'en disait le public qui l'avait dit éreinté, avait piqué un sprint avec la balle. Mais, lors d'un léger contact avec un chétif adversaire (à peine mieux taillé que Marcus, c'était pour dire), le prêtre s'était retourné, l'air furibond, et courait maintenant après l'adversaire, dans le sens opposé du but adverse. La foule, curieuse, avait arrêté de crier pendant quelques instants, pendant que Glanix récupérait rapidement du terrain sur l'homme affolé qui tentait de s'enfuir.

***

Glanix l'avait bien senti : lors d'une contact, une nette griffure qui l'avait picotée. Ce scélérat avait tenté de le ré-empoisonner. Mensonge, Tricheries! Son sang n'avait fait qu'un tour, et il essayait maintenant de rattraper le voleur, le tricheur, le menteur.
Une fois sur lui, il l'attrapa par la gorge et lut dans ses yeux la peur, mais aussi le regard fourbe du traitre qui s'est fait découvrir, ce regard qu'on pouvait lire dans tous les yeux des criminels conscients de leur crime qui voyait avec appréhension s'approcher d'eux la Masse de la Justice. Glanix donna un grand coup au tricheur pour l'assomer, le saisit par la cheville et commença à le trainer en direction de l'arbitre en le hélant, le priant avec insistance de faire une pause dans le jeu, pour qu'il puisse faire état de la traitrise qu'il avait découverte!

***

Marcus avait bien vu le problème, l'adversaire avait sans doute triché, et l'esprit relativement borné de Glanix n'avait pu accepter cela. Pour l'aider, Marcus invoqua un sort de Charme-Personne sur l'adversaire (juste avant qu'il ne fut assommé) pour le rendre coopératif. Malheureusement, il semblait que cet arbitre était moins empoté que les précédents, et s'était rendu compte de quelque chose, car il commença à siffler à tue-tête à partir de ce moment.

***

Lars ne comprenait pas ce que faisait Glanix, il avait assommé (en enfreignant la Règle des Coups, la plus difficile à accepter chez les Barbares) un adversaire et le trainait maintenant vers l'arbitre. Un coéquipier de l'assommé avait essayé de l'intercepter, mais Glanix l'avait joliment esquivé, et l'agresseur s'était retrouvé face contre terre. Et l'arbitre sifflait maintenant dans tous les sens.
Alors que ces pensées faisaient tranquillement leur chemin à travers le cerveau de Lars, tous ses sens se mirent en éveil, lui criant "Danger". Une seconde lui suffit pour en voir l'objet, il sentait la présence de quelqu'un sur le parapet qui couvrait la tribune, non loin de lui. Un expert, au peu de bruit que faisaient ses déplacements et sa respiration. Sans doute un autre voleur qui voulait leur dérober leur trésor, mais cela n'arriverait pas. Se remémorant le code, Lars cria de toutes ses forces : "Attention, Danger!".
La réaction de ses compagnons ne se fit pas attendre, Tordek tira lourdement le diplomate et en arrière, l'étalant sur Elphyr, tandis que Cyrielle avait bondi sur le Capitaine de la Garde, créant une confusion tout à fait appropriée, qui permit à Lars de s'emparer prestement de la piere qui était dans le coffre.

***

Les gardes se rapprochaient, essayant de comprendre ce qu'il se passait, tandis que tout le monde se relevait. Le Capitaine de la garde était outré, et Cyrielle dut se confondre en excuses, mais Lars les interrompit :
" Sur le toit. Quelqu'un.".
Tous les regards se rivèrent sur le parapet, mais il était impossible de voir ce qu'il y avait dessus, et la présence d'un corps étranger était fort peu probable. Mais un garde se rendit compte que la pierre avait disparu! Tout le monde était prêt à en découdre. C'est alors que le Représentant du Roi se pencha vers le Capitaine pour lui murmurer à l'oreille.
" J'ai vu le responsable, c'est le barbare. Il faut maîtriser ces bandits avant qu'ils ne s'enfuient".
Heureusement, Marcus avait l'ouïe fine, et lança sans attendre un sort de Charme-Personne sur le Capitaine de la Garde.
C'est le moment que choisit l'assassin pour sauter du toit.

***

L'arbitre voulait expulser Glanix pour usage illégal de la magie. Quand il comprit ceci, le prêtre entra dans une fureur noire. Non seulement le garant de la loi ne voulait pas constater le crime du pêcheur qu'il tenait encore par la cheville, mais il voulait l'expulser sous quelque prétexte aussi faux que fallacieux?
Voyant la colère de Glanix, l'arbitre appela les intendants (les hommes chargés du maintien de l'ordre et de la maîtrise des joueurs trop énervés) sur le terrain. Ce qui eut pour effet de rendre le prêtre complètement fou de colère. Cette ville pervertie n'avait donc aucun relent d'ordre? Les garants de la justice était de mise avec leurs fourbes ennemis et comptaient prétexter de l'autorité de la loi pour le faire perdre? Saint-Cuthbert ne l'autoriserait pas! Il commença à frapper les gens qui tentaient de s'emparer de lui avec l'arme qu'il tenait à la main : son adversaire, tout en déclamant des versets saints pour extérioriser sa colère.
"ET SAINT CUTHBERT VIT LA DEBAUCHE, LE DESORDRE ET LA CORRUPTION, ET GRANDE FUT SA COLERE. IL FIT DESCENDRE DES CIEUX SA MASSE SACREE ET PAR 7 FOIS, LA MORT S'ABATTIT SUR LES PECHEURS, ET PAR 7 FOIS, LES PECHEURS REFUSERENT LA REDEMPTION."

***

Le spectacle devenait meilleur pour le public. Entre la confusion dans la tribune présidentielle (les gens qui se jettaient à terre, et le mec qui se tenait sur le toit d'un air de rien) et l'illuminé qui s'énervait tout seul au milieu du terrain, il y avait des choses à voir. Le public était en liesse, criait, hurlait, il ne manquait que d'un rien pour que le terrain ne soit envahi.

***

L'assassin se jeta du toi pour poignarder le Diplomate Demi-Elfe, mais c'était sans compter sans les réflexes surnaturels de Cyrielle qui plongea sur lui, et l'empêcha d'un part de toucher l'Officiel, et d'autre part de prendre pied sur la tribune. Ils plongèrent tous deux des quelques mètres les séparant du sol du Stade, se lardant mutuellement de coups.
Voyant cela, Marcus cria :" Vite, c'est le voleur, il faut s'emparer de lui!". Le caputaine, sous le charme du sort, obtempéra, et lança les gardes à proximité vers l'assassin, suivis de Lars, Tordek et Marcus. Elphyr restait tout seul en haut, ayant un peu de mal à suivre le cours de la situation.

***

Le combat tourna vite en déroute pour l'attaquant furtif : son attaque surprise avait échouée, et il se retrouvait maintenant attaqué par une moinesse, recevant des flèches du demi-elfe et des sorts en pagaille, et toute une troupe arrivant pour l'encercler. Il n'eut même pas le temps de fuir qu'une flèche lui transperça la gorge.

***

Glanix avait soudain pris la fuite vers les vestiaires, quand le bras de son arme improvisée s'était disloqué sous le choc, rendant son utilisation moins pratique. Les intendants reprenaient confiance, et le suivaient de près. Ils s'arrêtèrent cependant brusquement quand Glanix ressortit des vestiaires très vite, une énorme masse d'arme lourde à la main.
"LA JUSTICE SERA FAITE. LE PECHEUR SERA TUE. LA MAIN DU VOLEUR SERA TRANCHER, LES ORGANES DU VIOLEUR SERONT BRULES, ET LEUR MORT SERA EXPOSEE AU PEUPLE AFIN QUE TOUS SACHENT QUE LA VENGEANCE DE SAINT-CUTHBERT EST UNIQUE, EST GRANDE, EST FIN!".
L'intendant de tête n'eut pas le temps de se retourner qu'un grand revers de masse broya sa tête contre le mur. Son suivant se retourna et eut juste le temps de voir le visage du Capitaine de la garde avant de se faire embrocher. Celui-ci était venu aider Glanix, sur conseil de Marcus.

***

Le chaos était total, une foule dense commençait à envahir le terrain, tandis que la groupe de compagnons se réunissait. Elphyr allait les rejoindre, puis, mu par une subite impulsion, il retourna au coffre, empocha la bourse pleine de pièces d'Or, décocha un coup de pied au Diplomate Demi-Elfe qui était recroquevillé là, apeuré, et partit rejoindre ses amis. Il fallait bien se faire plaisir de temps en temps.

***

Quand ils sortirent du stade en courant, un dur combat avait commencé entre la foule en colère et les gardes de la ville. Marcus lança une toile d'araignée sur l'entrée pour couvrir leur retraite, tandis que Lars s'occupait du premier garde de la porte d'un seul coup d'épée. Son compère se sentit soudain moins courageux et prit la fuite. En face des aventuriers, ils virent tous l'écurie devant laquelle ils passaient quotidiennement sans y faire attention, et eurent tous la même idée.
Quand ils arrivèrent à la porte de la ville au galop, deux grands chevaux portant Elphyr et Marcus d'une part et Lars et Glanix d'autre part, suivis de Tordek et Cyrielle sur des poneys, ils furent arrêtés par des gardes inquiétés par les bruits de lutte provenant de plus haut dans la ville.
"Vite, il faut que vous alliez aider la garde! Le diplomate Demi-Elfe s'est fait attaquer par un sordide complot, et le valeureux Guet lutte pour sa survie! Nous sommes en partance pour la Capitale, en possession d'un message extrêmement urgent pour le Roi, afin de l'avertir du complot, l'urgence est de mise!"
Tous furent étonnés d'entendre Lars dire ces mots. Mais les gardes les absorbèrent comme parole divine, et laissèrent passer les aventuriers tout en s'armant.
" Vous auriez pas à bouffer des fois?" rajouta le barbare.
Un des gardes lança une cuisse de poulet au guerrier qui l'attrapa en plein vol, avant de repartir au galop vers le Sud.

La troupe avait quitté Banghora, en possession de la Pierre, la mission était accomplie.


samedi 27 juin 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XVI

Alors que la compagnie semblait reprendre la main sur les opérations, après avoir récupéré le demi-elfe et s'être qualifiés pour la finale de Bourrée, qui leur permettrait de se rapprocher de la pierre tant convoitée, voilà qu'ils se retrouvent entourés par des personnes mystérieuses, a priori hostiles et semblant connaître Cyrielle...

Chapter XVI - Lies and Felony
ou "La saloooooope"

Toutes les personnes dans la pièce avaient une arme à la main, et l'atmosphère était tendue. Les différentes personnes encapuchonnées paraissaient mystérieuses, et un combat pourrait arriver n'importe quand. Cependant, le géant, ne paraissant pas s'inquiéter outre mesure du fait qu'il avait des guerriers armés en face de lui, continua:
"Tu as bien rempli ta tâche, en amenant ces rustres ici avec l'Oeuf, je suis content de toi. Mais ne nous éternisons pas en dialogue. Où est l'oeuf?"
En entendant ces mots, le visage de Tordek prit une teinte pourpre et ses doigts se crispèrent sur le manche de sa hache.
"- Je les ai amenés comme il était mon devoir de le faire. Mais il serait malvenu d'user de violence, ces gens ont le coeur pur, dit Cyrielle.
- Peu importe, seul compte l'Oeuf. Donne-le moi, rétorqua l'homme, avec une dureté nouvelle dans la voix.
- JAMAIS VOUS NE TOUCHEREZ A MON HERITAGE! cria Tordek.
- Si tu ne me le donne pas, j'irai le chercher sur ton corps de défunt, constata le moine, comme s'il parlait de boire un verre d'eau.
- Inutile d'user de violence! protesta Cyrielle."
Mais le moine n'écoutait pas, et se dirigeait déjà vers Tordek, avec une lueur de convoitise dans le regard. Tordek recula en plissant des yeux. Autour d'eux, les accolytes avancèrent aussi en direction des divers membres du groupe qui se tenaient prêts. Cyrielle essaya de s'interposer entre le nain et son agresseur.
"- Ce n'est pas dans les voies de notre ordre que d'user de violence contre des gens qui n'ont rien fait de mal!
- Peu importent les voies, seule la Fin compte. Si tu n'es pas avec nous, tu es contre nous."
Et, le geste accompagnant la parole, il tira de son dos une immense masse d'arme lourde dont il asséna un violent coup sur une Cyrielle éberluée, ce qui la projeta lourdement contre le mur. Et ce fut le chaos.

Tandis que Glanix se jeta sur l'adversaire qui lui faisait face, qu'Elphyr avait déjà décoché deux flèches de son arc vers un autre, Tordek essaya de se jeter par la fenêtre, mais se rata et resta bloqué dans l'encadrement. Marcus incantait des sortilèges, et des éclairs partirent frapper un ennemi en pleine poitrine, ce qui le retint un peu. Les détonations, les coups et la bataille faisaient rage dans la pièce, tandis que le mastodonte continuait à progresser vers Tordek qui se débattait avec la fenêtre où il était coincé, offrant un piètre spectacle, la moitié du corps dans la rue, et l'autre à l'intérieur. Cyrielle se releva, décontenancée, ne sachant que faire. Au beau milieu de cette situation confuse, la porte éclata en morceau, laissant le passage à un barbare en pagne, tenant une épée à deux mains dont il asséna un coup tranchant au moine le plus proche de lui, ce qui ne fit que rajouter à la confusion. Le chef des moines se tourna vers lui, et d'un moulinet de son énorme arme, l'envoya valser sur Cyrielle.
Marcus, pour temporiser, lança un sortilège de son cru qui fit apparaître dans toute la pièce une imposante et gluante toile d'araignée, qui réfrénait grandement les mouvements des divers protagonistes de l'action. Cela eut pour effet de ralentir un peu le déroulement de la situation, et les aventuriers purent se rendre compte qu'ils étaient vraiment en difficulté : Entre Cyrielle dont on ne connaissait pas trop les motivations, Glanix et Elphyr qui se faisaient oppresser par les ennemis, Tordek coincé dans une situation ridicule et un potentiel allié déjà à terre, les augures de la bataille n'étaient pas bon. Mais le jeune apprenti garda son sang froid, beugla une injonction à Glanix, et ne perdant pas de temps, saisit Tordek d'une main tandis que de l'autre, il toucha Cyrielle de son bâton. Glanix le rejoint, la main sur l'épaule de Cyrielle, et après s'être rapidement assuré que tout le monde était lié corporellement, Marcus lut l'invocation présente sur le parchemin de téléportation qui lui restait, et la réalité sembla se brouiller autour du groupe.

***

La nuit était tombée et le stade de Bourrée, si vivant le jour, était vide et sombre. Soudain, une lueur apparut au beau milieu de la pelouse, et la Compagnie arriva, en piteux état. Le temps que tout le monde se resaississe, et les explications purent commencer. Tordek voulait tordre le coup à Cyrielle, qui semblait effondrée. Le barbare ne comprenait pas ce qu'il lui était arrivé, et voulait finir son combat contre "la grosse brute". Glanix souffrait de diverses contusions, et Elphyr se plaignait des nombreuses toiles d'araignée qu'il avait dans sa chevelure dorée.
Après quelques minutes de confusion, les esprits se calmèrent un peu, et on put y voir plus clair : Les moines faisaient partie de l'ordre de Cyrielle, qui avait eu pour ordre de mettre la main sur l'Oeuf afin de le mettre en sûreté, pour protéger le Monde. Cependant, le comportement de son supérieur hiérarchique et de ses accolytes l'avaient profondément choquée, étant totalement contraire aux principes de sa foi, et elle était visiblement perturbée par le tour qu'avait pris la situations. Elle parlait peu et semblait prostrée. Dès que ses compagnons eurent fini de l'interroger, elle partir dans une profonde méditation afin de trouver la réponse à ses questions dans son Ki.
Le barbare, lui, avait faim. Son nom était Lars, et il était remplaçant dans l'équipe de Bourrée barbare. Il avait jugé l'équipe intéressante, et les avait suivi, sentant que quelque chose d'étrange se tramait. Il avait été profondément réjoui de l'opportunité de se joindre à une bonne bagarre, et restait maintenant sur sa faim. Il ne semblait pas d'une intelligence extrême, mais assez jovial et surtout extrêmement vif et puissant au combat. Il entra cependant dans une humeur sombre quand il comprit (un peu tardivement) qu'on avait usé de magie sur lui pour interrompre le combat. Il n'aimait pas la magie. Mais il ne chercha pas à en savoir plus, et quand Tordek l'assura qu'ils repartiraient donner une leçon à ses voleurs d'héritage, il sembla content.
Après que Glanix avait guéri tout le monde, les aventuriers décidèrent de s'accorder un petit somme avant de retourner chez Tordek et de reprendre le combat, préparés, cette fois. Lars crocheta habilement la serrure des vestiaires, et ils purent tous se reposer quelque peu.

***

Quand le jour se leva, toute la troupe se mit sur pied rapidement, l'esprit revanchard. Cyrielle leur déclara qu'elle avait décidé que plus rien ne la reliait désormais à son ordre, qui semblait perverti par la convoitise, et qu'elle soupçonnait d'avoir cédé à la tentation du pouvoir dont il était censé préserver le monde. Le meilleur moyen pour elle de rester fidèle à ses principes était d'aider ses compagnons à garder l'Oeuf intact et préservé de l'influence de mauvaises personnes. Cette confession fut accueillie avec enthousiasme par Glanix, tandis que Tordek semblait se méfier ostensiblement de la moinesse qui avait déjà trahi par deux fois sa confiance, peu aisée à gagner.
Ils s'équipèrent, mangèrent une ration de survie, et partirent d'un bon pas vers la maison du Nain. Arrivés à proximité, ils élaborèrent un plan : pour prendre les moines par surprise, Lars et Cyrielle passeraient par l'étage, après avoir escaladé le grossier mur attenant à la ruelle. Pendant ce temps, pendant qu'Elphyr déverserait une pluie de flèches par la fenêtre et que Marcus userait de sa magie, Tordek et Glanix jailliraient par la porte. L'effet de surprise serait déterminant, et tout le combat pouvait être terminé assez vite.
Tout ne se passa pas comme prévu. Si Cyrielle parvint à escalader facilement le mur, Lars manqua une prise et tomba lourdement sur le sol. Au même moment, la porte s'ouvrit avec fracas, propulsant Tordek qui se tenait derrière au sol. La suite fut beaucoup plus confuse que prévue, Glanix se jetant sur le géant et réussissant à le faire tomber par terre d'un majestueux coup d'épaule. Elphyr et Marcus parvinrent à ralentir le soutien des moines jusqu'à l'arrivée de Cyrielle. Une fois tous les combattants en place, Lars, Tordek et Glanix harcelèrent le géant qui ne savait contre qui porter ses attaques en priorité pendant que les trois autres se chargaient du reste des moines. Tout fut finit quelques minutes plus tard, quand Tordek fendit le crâne du chef des moines en deux d'un majestueux coup de hache.
Pendant que Glanix prodiguait des soins aux blessés, que Tordek constatait les dégâts apportés à sa maison et que Lars se servait à manger dans le repas des moines, Elphyr partit à la recherche du diplomate, qui devait bien se trouver quelque part dans la maison, et qu'il trouva à l'étage, libre de tout lien et apparemment impatient d'être mené à son hôtel (ce qu'il signifia au demi-elfe avec sa bonhommie habituelle). La finale ayant lieu le jour même, et la remise des prix aussi, les compagnons remirent rapidement un peu d'ordre et masquèrent les marques extérieures du combat avant d'escorter le demi-elfe à l'hôtel.
Ce ne fut qu'une fois que le diplomate fut arrivé à l'hôtel et qu'il leur signifia leur congé que Tordek exprima ses doutes.
"- Je ne suis pas d'accord. Qu'est-ce qu'il faisait en haut sans lien, ce demi-elfe? Je m'en méfie moi! Hors de question que je le laisse tout seul sans surveillance!"
Alors que Glanix allait expliquer au nain qu'il était trop méfiant, le représentant du roi, soudain beaucoup plus vif qu'à l'accoutumée, courut jusqu'à la fenêtre d'où il sauta pour planer jusqu'à un cheval qui l'attendait, et partit au galop. Les aventurieres ne purent que constater cette scène irréaliste et se rendre compte de l'évidence, ils avaient de nouveau fait face à l'imposteur. Ils avaient maintenant moins de deux heures pour retrouver le vrai diplomate, afin de mettre une main sur la Pierre.

dimanche 21 juin 2009

La compagnie des bras cassés - Anecdote IV

Anecdote IV : « Emmerdement maximum » ou « Banghora je t’aime ».

Vite, il fallait faire vite. Sinon ils étaient perdus. Il fallait a tout prix marquer des points, sinon les adversaires allaient prendre le large, et ce serait perdu d’avance !
Gibert avait décidé de tout donner sur cette action, pour tenter de démonter le moral de l’adversaire. Deux ou trois tampons bien placés et plop ! Un point de plus ! A droite, il y avait une belle faille chez l’adversaire : en première ligne un gars qui s’était fait défoncer par Alfredo il y a deux minutes, en deuxième ligne, un petit gars tout frêle qui avait appelé sa mère lors du match précédent alors qu’il se faisait tendrement bousculer par un autre gars de seulement trois fois son gabarit. Une tarlouze en somme. Il n’y avait que le dernier défenseur qui pouvait poser problème, mais bon, c’est la qu’il allait devoir mettre toute sa force dans un joli tampon dans les règles de l’art de la Bouré. Oh oui, Gibert était un artiste, un artiste tamponneur, et c’était une star pour tous les fans de ce merveilleux jeu de Bouré. Il avait les épaules trois fois plus épaisses que sa tête, un cou gros comme ses cuisses, il avait des troncs de chêne à la place jambes, et des mains… immenses. Il aurait sûrement pu attraper le petit morveux à maman de la deuxième ligne par la tête et le jeter comme un javelot… sûrement… et tiens c’était une bonne idée ça, se dit Gibert en connectant l’hémisphère sud et l’hémisphère nord de son cerveau.
Triiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !
Le coup d’envoi était donné ! Gibert attrapa la balle d’entre les mains de son adversaire qui venait de la mettre en jeu, avec une telle vigueur que cet adversaire courut en direction du trou de marque pendant quelques secondes avant de s’apercevoir que la balle n’était plus entre ses mains. Gibert tamponna avec une grande aisance le première ligne, qui alla valdinguer plusieurs mètres plus loin. Gibert poussa un rugissement en fermant les yeux, la foule du stade était aux abois. Complètement hystérique. Il rouvrit les yeux et se dirigea vers le deuxième ligne, une main tenant la balle, l’autre en avant pour tenter le « lancé de javelot ». Mais bizarrement, en s’approchant de lui il se rendit compte que ce dernier avait changé ! Comment avaient-ils fait pour changer de deuxième ligne aussi vite ? En plus le nouveau était bien plus massif. Mais bon rien d’insurmontable pour le roi du tampon. Gibert s’élança encore plus vite, vers ce nouveau deuxième ligne. Mais c’était qui d’ailleurs lui ? Un remplaçant qui venait de rentrer ? Il n’était pas sur le terrain en début de match… Bof, c’était une bonne raison de plus pour lui filer une belle trempe histoire qu’il ressorte aussi vite qu’il était entré.
Et c’est au moment ou Gibert vit apparaître d’autres gars sur le terrain que les deux hémisphères de son cerveau se reconnectèrent : « Mais ils sortent d’où ces mecs ? ». Malheureusement pour lui, cette connexion soudaine dans son encéphale lui valu un léger relâchement musculaire. Et donc son corps ne supporta pas le cumul d’une activité cérébrale intense et d’une chute violente. Plus aucune connexion ne se ferait jamais dans la tête de la superstar du tampon.

***

- « Pardon ? Répétez-moi ça ? J’ai pas dû bien comprendre !
- Il y a des corps d’hommes morts à l’étage, qui baignent dans leur sang. Ils nous ont agressés hier soir, donc on les a tués.
- …
- [sourire narquois]
- re-…
- Il faudrait les faire enlever, car ils vont commencer à faisander vu la chaleur »
L’aubergiste (qui de surcroît était un nain) dû réaliser un effort de concentration assez monumental pour ne pas aller chercher sa hache pour fendre en deux la tête de son homologue. Et pourquoi seulement en deux d’ailleurs ? Pourquoi pas en cinquante !? En mille morceaux d’égale grosseur ! Et pourquoi pas en faire du haché pour saucisses hein ??
- « Bien… on vous laisse, bonne journée ! ». Sur quoi l’homme à la tête hachée se dirigea vers la porte pour sortir.
La concentration du nain lâcha. Et il dit avec le même volume sonore qu’une foule déchaînée lors d’un match de Bourée :
- « Ne vous avisez plus jamais de revenir dans cette hôtel, plus jamais vous m’entendez ! Bande de vermines, voleurs, saccageurs, criminels ! Si vous revenez, je vous arrache la tête et la donne à manger aux cochons ! C’est clair ? ».
Il n’y avait plus personne dans le hall de l’hôtel.

***

- « Salut vieux frère ! Comment vas-tu ? »
Le vieux frère en question fronça les yeux quelques secondes, avant de reconnaître son ancien collègue de travail.
- « Salut a toi vieille raclure ! Tu me dois toujours une bière je te rappelle ! Pour la fois ou j’ai couvert tes arrières !
- Je te l’ai pas déjà offerte celle la !?
- Justement, tu m’en devais deux ! »
Il y avait d’autres personnes avec lui qui observaient chaque recoin de la banque. Comme s’ils recherchaient un nouveau spécimen d’araignée.
- « Ils font quoi tes amis la ? Demanda le nain au guichet, d’un air accusateur. Car s’ils cherchent un moyen de cambrioler la banque, dis leur immédiatement que notre sécurité est sans failles !
- Non non, ne t’inquiète pas, ils sont juste… euh… passionnés d’architecture naine !
- Ouais, je vois… » dit-il en redoublant sa surveillance.
Le nain client donna discrètement un coup de pied a chacun de ses compagnons en les regardant d’un air réprobateur.
- « Bon tu veux quoi Tordek ? Il n’y a plus de travail pour toi ici !
- Je venais juste demander si la sécurité de la banque était toujours aussi infaillible qu’avant. Car j’aimerais déposer quelques reliques en ma possession ici, mais auparavant j’aimerais m’assurer qu’elles seront bien en sécurité dans l’établissement. Tu comprends ?
- Tu as des possessions toi ? En dehors de cette vielle cahute en ruine qui te sert de maison ? ahahah, il parait d’ailleurs qu’on est venu visiter ta maison récemment, et c’est pour ça que tu veux déposer à la banque tes dernières chaises ? hahaha ».
Cette tirade ne parut pas plaire au nain client, mais bon, il ne s’en plaint pas, il pris juste un ton un peu plus dur dans ses phrases suivantes.
- « Je veux juste m’assurer que mes économies seront en sécurité ici. On dit partout en ville que cette banque est une mine d’or pour les voleurs inexpérimentés…
- Quoi ? Qui dit ça ?
- On dit même que la pierre de Bouré aurait été volée, et que cela va créer un scandale dans quelques jours !
- Quoi ?... je vais te prouver qu’elle est encore la cette pierre ! ».
Puis il s’en alla quelques minutes.
Il revint d’un air plutôt colérique.
- « Elle est toujours la cette satanée pierre ! Et j’ai pris une trempe par le chef à cause de toi pour avoir insisté pour aller voir, alors ouste ! Dégage moi le plancher, et que je te revois plus si c’est pas pour déposer de l’argent sur ton satané compte, qui est a sec depuis plusieurs années je te le rappelle ! ».
Le nain client et ses amis ne s’attardèrent pas.
- « Mais rappelle toi quand même que tu me dois une bière ! »
On ne la faisait pas à un nain, non mais !

***

- « Té r’garde cel’la ! L’est ronde comm’un coing ! Va s’la fair’ ! »
Nos deux ivrognes avaient repéré une demoiselle, pas mal foutue, forte poitrine, très beau cul, et saoule comme il faut. Juste assez pour qu’elle soit « consentante », et pour qu’elle ne se rappelle de rien le lendemain, si ce n’est un formidable mal aux fesses !
- « Rooooh toi, té e vrai fou d’la bééééz ! rhérhé ! »
Seulement le problème, c’est qu’ils ne savaient pas que leur destin avait été scellé dès lors qu’ils empoignèrent la femme pour la traîner dans une ruelle sombre. Et d’une ils ne la baisèrent jamais, et de deux une fois morts ils se virent leurs parties intimes broyées sous les coups de pieds répétés de ladite femme.

***

On frappait à la porte. Oh putain ouais et fort en plus ! Les assauts répétés sur cette porte résonnaient dans toute la pièce et dans la tête du sergent. Cela faisait redoubler d’intensité son mal de crâne.
Merde on peux pas décuver tranquille ! Laissez moi savourer tranquille ce fantastique mal de crâne ! C’est vraiment pourri de travailler au guet, les gens ne respectent même pas vos heures de récupération de lendemain de cuite.
- « C’est pour une plainte ! Ouvrez ! ».
Etrange, le sergent n’avait jamais remarqué à quel point il y avait de l’écho dans cette pièce du guet…

***

- « Salut vieux frère ! Comment vas-tu ?
- Qu’est ce que tu veux encore toi ?
- Hé bien la pierre, elle est toujours la ? Toujours en sécurité ? Vous n’avez pas eu de problèmes récemment ? Et le représentant du roi ne serait-il pas venu retirer la pierre en avance ?
- La pierre est toujours la !! Et ne me demande pas d’aller voir !! Sinon je te fais manger tes dents !
- C’est bon l’ami c’est bon ! Je suis rassuré donc je suis venu déposer de l’argent sur mon compte !
- Aaaaaah, enfin une bonne nouvelle ! Gardes-en quand même un peu pour me payer ma bière ! Combien tu veux déposer ?
- C’est combien le dépôt minimum ?
- …
- [sourire narquois]
- re-… »
Les pensées du nain au guichet auraient pu à cet instant être représentées par un drapeau pirate et une fiente de chien.
- « 30 pièces d’or.
- Ouh ! C’est une somme ! »
Voyant le visage du nain au guichet se décomposer, le nain client rajouta :
- « Allez je vais déposer 50 pièces d’or !
- Formidable……… »
Il pris l’argent, le rangea dans un sac, écrivit quelque chose dans un carnet et releva la tête sans adresser un regard sur le nain client.
- « Suivant…. ! »

***

- « Vous ? Dégagez-moi le plancher !
- Excusez-moi mais je suis ici pour la protection du chargé de protocole, aussi me faut-il passer la nuit ici.
- Dégagez ! Je ne veux plus vous voir, vous et vos amis dans mon établissement ! Je croyais avoir été clair là dessus !
- Comme vous voulez, mais s’il arrive malheur à ce représentant du roi pendant son sommeil dans votre établissement, comme c’est arrivé la nuit dernière je vous le rappelle, vous serez très certainement tenu pour responsable. »
A croire que tous les nains se ressemblent, mais à cet instant, la pensée du nain aubergiste fut très similaire a celle du nain au guichet quelques heures plus tôt.
- « Bon vous et seulement vous, si je revois vos compagnons, je les tue tous ! Il vous en coûtera 5 pièces d’or pour la nuit !
- 5 pièces d’or ? Hier nous avons payé 5 pièces d’argent !
- L’inflation a été forte aujourd’hui… » répondit le nain d’un air sarcastique.
Il n’y a pas de petits profits.
La femme chercha dans sa bourse un court instant.
- « Je n’ai pas cette somme malheureusement, mais je vais monter voir mon protégé, pour voir s’il peux me faire une avance sur ma paye »
Cette tirade s’accompagna d’un sourire narquois d’un coté, et d’un sourire crispé de l’autre. La femme avant de monter cru même apercevoir des légers filets de vapeur s’échapper des tempes et des cheveux grisonnants du nain, le regard vide, agrippant le comptoir. Lorsqu’elle redescendit pour payer, rien n’avait bougé, si ce n’est une lourde fissure dans la poutre du comptoir.

***

- « J’te parie 50 rondelles que l’ogre sera renversé pendant le match, et qu’il tombera comme une grosse merde par terre !
- Impossible ! C’est un mur ce gars la !
- T’as rien à perdre alors !
- Pari tenu ! M’est d’avis que t’as du pognon a perdre toi !
- Nous verrons, nous verrons…
Plein d’autres personnes prirent aussi ce jour la ce pari. Mais tous parièrent qu’il ne tomberait pas.

Ce pari ne fit qu’un seul heureux.
- « Alors, t’aurais pas des rondelles pour moi par hasard ? Annonça le parieur l’air enjoué.
- Beuuhhh…. Mmmm…… pfff… ouais mais…… grmlf….. »
Non le bookmaker n’avait rien à dire, même s’il cherchait, il ne trouverait pas les mots. Il grommela donc et lui donna son argent…

***

On frappait à la porte. Oh putain ouais et fort en plus ! Les assauts répétés sur cette porte résonnaient dans toute la pièce et dans la tête du sergent. Cela faisait redoubler d’intensité son mal de crâne.
Merde on peux pas décuver tranquille ! Laissez moi savourer tranquille ce fantastique mal de crâne ! C’est vraiment pourri de travailler au guet, les gens ne respectent même pas vos heures de récupération de lendemain de cuite.
- « Nous avons une information capitale ! Ouvrez ! ».
Etrange, le sergent n’avait jamais remarqué à quel point il y avait de l’écho dans cette pièce du guet… Il avait une impression de déjà vu, mais il ne préféra pas y penser car cela lui donna la gerbe.

***

Il était en train de préparer le feu pour son four à métaux quand un client entra.
- « Bonjour noble nain, quelle arme ou armure puis-je confectionner pour votre bon plaisir ?
- Bonjour à vous noble nain, on m’a dit que vous êtes le meilleur forgeron que cette terre est connu
- Oh vous me flattez, mais en effet je me débrouille assez.
- Je ne vous flattais pas… Ce n’est pas mon genre. »
Cela jeta un froid quelques secondes, mais le nain forgeron recommença :
- « Que désirez vous exactement ? Une armure digne de ce nom ? Une belle hache sur-mesure, et bien tranchante dite « Plussundégas », le nom de l’inventeur de la technique d’aiguisage ?
- Non, rien de tout ça.
- Ola ! Quelle arme gigantesque voulez vous que je confectionne ? Quelle armure en mithril d’invulnérabilité voulez vous que je vous fasse ? Dites moi tout ! » Dit le nain forgeron, alléché à l’idée d’une arme énorme à fabriquer.
Il n’avait pas eu pour client un autre nain depuis plusieurs mois, et comme les nains voulaient toujours des armes plus grosses et conséquentes que leurs voisins, il salivait de savoir ce qui l’attendait cette fois ! Il en avait marre des dagues ou autres épées courtes « Plussundégas », qu’il considérait comme des morceaux de paille.
- « Non c’est pas gigantesque quand même ! dit le nain client en rougissant.
- Un fléau a deux mains ?
- Non, plus petit.
- Une hache de guerre naine ?
- Non, un peu plus petit encore.
- Une hallebarde ?
- Non
- Une massue ?
- Toujours pas.
- Une épée bâtarde ? Une masse d’arme à pointes ? Un marteau de guerre ?»
Toutes ces armes tournoyaient dans ses yeux.
- « Non, non et non. Je voudrais une hachette de très bonne facture
- … »
Le nain forgeron resta bouche bée pendant quelques secondes. On entendit une mouche voler. Toutes les armes qui tournoyaient dans ses yeux quelques secondes auparavant tombèrent au sol et explosèrent pour laisser place à une minuscule hachette. Il venait de tomber sur le seul nain de la terre qui n’avait pas besoin de compenser sa petite taille par des armes énormes.
- « Et vous voulez faire quoi d’une hachette ? C’est pour offrir ?
- C’est pour mettre dans ma main gauche ».
Oui, ce nain voulait bel et bien une hachette… pour lui… Et il semblait le plus sérieux du monde. Le nain forgeron ne s’en remis qu’une bonne semaine plus tard…

***

La nuit avait été détestable. Toute cette foutue nuit il y avait eu du bruit a l’étage. Et cela ne pouvait être que ce foutu demi-race ou cette emmerdeuse de femme qui se prenait pour un moine. C’étaient les deux seuls clients. Ou alors ils s’étaient trouvés tout les deux, et ils avaient baisé une bonne partie de la nuit. Une sacrée partie de baise vu le boucan ! Et donc cette nuit détestable avait rendu le nain aubergiste un peu plus aigri que d’habitude. Et son humeur n’alla pas en s’améliorant lorsqu’il aperçu ses pires ennemis entrer dans l’hôtel.
- « Vous ? Je croyais vous avoir dit de ne plus jamais remettre les pieds ici !! Vous êtes comme la gangrène ma parole ! Dégerpissez ! Fichez moi le camp avant que je vous découpe en morceaux !
- Nous venons chercher le chargé de protocole, il est sous notre protection.
- Tous les idiots et crétins de cette ville doivent le protéger ou quoi ? Cette demi-race ne sait pas s’entourer ! »
Les compagnons commencèrent à monter à l’étage avant même qu’il ai fini sa phrase.
- « Et dites lui bien qu’il a fait du boucan toute la nuit, et que s’il continue, représentant du roi ou pas, je le vire d’ici ! »
Cette phrase n’eut pour effet que de faire accélérer le mouvement aux compagnons. Ils étaient peut être tous jaloux car eux aussi ils voulaient tous se faire la moinesse sans jamais y arriver…

***

Comme toutes les nuits, « vieux rat » (c’est comme ça que tout le monde l’appelait) déambulait dans les rues de Banghora a la recherche d’un caniveau un peu moins inconfortable que les autres. Il n’avait rien mangé depuis trois jours. La plèbe du stade n’était pas très généreuse cette année, aucune pièce n’était tombée dans sa main. Les seules choses qu’il avait récoltées étaient des remarques désobligeante du style : « Oh mon dieu qu’il sent mauvais ! » ou « Oh mon dieu qu’il est sale ! ». Bah vieux rat était habitué, il ne prêtait plus d’attention à ce genre de remarque, sauf que d’habitude, son odeur et sa saleté lui rapportaient quelques pièces. Donc voila, vieux rat était maintenant en quête d’un caniveau pour dormir, avec un peu de chance il trouverait un caniveau dans lequel il y aurait un rat mort a manger, ou un peu d’eau d’égout pour se débarbouiller.
Et c’est la qu’il croisa un homme encapuchonné portant un homme inconscient sur les épaules au détour d’une ruelle. L’homme s’arrêta devant lui. Vieux rat sauta sur l’occasion.
- « Une petite pièce mon bon monsieur ?
- Ola mendiant, tu vois la ruelle là-bas ? Un trésor t’y attend ! hahahaha ! »
Et il s’en alla au pas de course. Sur quoi vieux rat grommela dans sa barbe un « connard » qu’il fut le seul à entendre. Malgré tout, vieux rat était assez curieux de nature, donc il se dirigea vers la ruelle en question. Et effectivement, c’était son jour de chance. Il y trouva un cadavre qui avait quelques pièces, de la nourriture et des vêtements chauds sur lui. Il allait peut être enfin passer une bonne nuit, et pour sur il ne mourrait pas de faim cette nuit.

Le lendemain, vieux rat retourna à son affaire, il retourna mendier à l’entrée du stade. Et il était tellement excité de sa trouvaille de la veille, il était tellement repus des quelques biscuits qu’il avait trouvé sur le corps et de la bière qu’il avait pu se payer avec les quelques pièces d’argent que le macchabée possédait, qu’il ne pu se retenir d’en parler a quelques passants en échange d’une pièce ou deux. Les passants intrigués lui avait proposé quelques pièces en plus s’il les menait a son trésor, ce qu’il fit : les quelques pièces promises lui assureraient de la nourriture et de la boisson pour au moins deux semaine ! Décidément, c’était sa semaine ! Une étoile brillait sur sa tête !
C’est pourquoi il ne compris pas très bien les évènements qui suivirent. A la découverte du trésor, les passants devinrent odieux, s’énervèrent, posèrent tout un tas de questions auxquelles le malheureux vieux rat ne savait absolument pas répondre. Ils l’agressèrent et lui reprirent les quelques pièces qu’ils lui avaient données. Et ils s’en allèrent en le laissant là, dépouillé de toutes ses possessions et de toute sa fierté. Ils avaient même embarqué le corps. C’était bien parti pour qu’il reste a jeun pendant plusieurs jours…

***

- « Salut vieux frère ! Comment vas-tu ?
- Je ne suis pas ton frère ! Tu veux quoi ! ENCORE !
- Hé bien je suis la pour escorter la milice qui va venir chercher la pierre bientôt.
- Toi ? Tu escortes la milice ? T’es même pas foutu de protéger ta maison et tu veux protéger les miliciens ? hahaha, t’es un marrant toi ! » la joie sur le visage du nain au guichet disparu aussi rapidement qu’elle était arrivée. Comme si la joie avait été forcée…
- « Je viens aussi vérifier que mon or est toujours en sécurité.
- Tu te fous de ma gueule ?
- Heu… non…
- Alors dégage ! »
Le nain client commença à s’éloigner mais revint aussi sec devant le guichet.
- « Combien tu m’as dit déjà pour le solde minimum sur le compte ?
- …
- [sourire narquois]
- 30 pièces d’or
- Ah alors je voudrais retirer les 20 pièces d’or en excédent, ainsi que les intérêts.
- Les intérêts ? LES INTERETS ?? Ca fait deux jours que tu as posé ton or ! »
Le nain au guichet pris 20 pièces d’or dans sa caisse et les jeta avec force sur le guichet.
- « Tiens ! Voila ton or ! Va t’acheter des chaises avec ! Et ne t’avise pas de revenir avant cent ans ! Sinon je te le fais bouffer ton or ! Je ne veux plus te voir !
- Et la bière que je te dois ?
- Je t’en fais CADEAU !! »
Une demi seconde après avoir dit ces mots, le nain au guichet se ravisa.
- « Ou plutôt tu me la paiera dans cent ans ! ».
Quand même, une bière…

***

On frappait à la porte. Oh putain ouais et fort en plus ! Les assauts répétés sur cette porte résonnaient dans toute la pièce et dans la tête du sergent. Cela faisait redoubler d’intensité son mal de crâne.
Merde on peux pas décuver tranquille ! Laissez moi savourer tranquille ce fantastique mal de crâne ! C’est vraiment pourri de travailler au guet, les gens ne respectent même pas vos heures de récupération de lendemain de cuite.
- « Le représentant du roi nous envoie ! Ouvrez ! ».
Etrange, le sergent n’avait jamais remarqué à quel point il y avait de l’écho dans cette pièce du guet… Il avait une impression de déjà vu, mais il ne préféra pas y penser car cela lui donna la gerbe.

***

Arbitrer un match de Bouré n’était pas une mince affaire. Vous étiez au beau milieu d’un combat entre deux armées de gros monstres pleins de muscles qui se foutaient sur la gueule aussi fort qu’ils le pouvaient. Oui il fallait avoir les nerfs solides. Surtout que derrière vous, une troisième armée était elle aussi prête à bondir à la moindre erreur de jugement de votre part. C’était un peu l’armée du comité de discipline. Une erreur de jugement (par erreur de jugement le comité de discipline entendait bien sûr un abus d’objectivité et d’impartialité envers l’équipe soutenue) et l’armée était lâchée pour vous lyncher. Oui ce n’était pas une mince affaire que d’arbitrer la Bouré. Mais le solde était en conséquence de tous les risques encourus. Et ce jours la, ce fut une finale des plus mouvementées que Crumb allait arbitrer. Il allait mériter sa prime de risque.
En effet, il y eu un tampon qui bouleversa le cours du match. Un tampon durant lequel Crumb détecta une faute de « recours à la magie ». Il était clair que le gros avait usé de la magie sur le maigre. Aussi, de manière parfaitement légitime, Crumb siffla de toutes ses forces pour signaler la fraude.
- « triiiiiiiiiii
- QUOI ? Je suis expulsé pour usage de la magie ?
- Triiiiiiiiii
- Mais monsieur l’arbitre, c’est cet homme qui a triché ! Regardez il empoisonne mon équipe avec ces épines !
- Triiiiiiiii
- Mais…. Monsieur l’arbitre je m’insurge devant une telle injustice !
- Triiiiiiii, dit l’arbitre en sortant de sa poche une carton rouge, signe d’explusion.
- Mais…. Saint-Cuthbert m’en est témoin, je ne laisserais pas une telle injustice restée impunie !! »
Sur ces mots, le gros joueur s’empara de la jambe du maigre, et il commença à faire tournoyer ce dernier au dessus de sa tête, frappant l’arbitre.
- « Triiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii », répondit l’arbitre a cette agression, tout en sortant un carton noir de sa poche.
Personne ne savait exactement ce que signifiait ce carton noir, les gens savaient juste que c’était une faute très grave. Et donc la vision de ce carton n’eut pas un effet très positif sur le comité de discipline (la foule), qui commença à descendre sur le terrain.

L’arbitre Crumb allait devoir utiliser sa prime de risque pour se faire soigner.

***

La finale avait très mal fini. Ratonnade générale. Expulsions. Disqualifications. Aucune récompense car le prix avait été volé. Plusieurs morts. Une pelouse à refaire. Des arbitres ne voulant plus arbitrer. Un stade fermé pour plusieurs mois… Ouah cette finale allait rester dans les annales de la Bouré ! Heureusement pour Gyorn, un noble passionné de Bouré qui avait fait le déplacement spécialement depuis la capitale du pays pour voir la finale, la bière avait malgré tout été au rendez-vous après cette fin de match mouvementée.
Mais il avait quand même cher payé les kilomètres se disait-il. Pour un match aussi catastrophique. Deux jours de cheval pour ça, il n’était pas très sur que cela en valait la peine. Mais bon il avait au moins pu rendre visite a son cousin de Banghora, et il avait pu se taper une magnifique femme de joie sans la crainte de se faire démasquer par sa femme. Donc au moins pour ça, le déplacement avait été utile. Donc ça va, il n’était pas trop mécontent d’être venu.
Ce sentiment s’envola le lendemain matin, au moment de partir. Il allait récupérer son cheval pour rentrer. Et il fut très désappointé d’apprendre a l’écurie de la ville qu’il allait devoir rentrer a pied ou payer un carrosse. Son cheval n’était plus la, il avait été « emprunté » par les voleurs du trophée.

mercredi 17 juin 2009

La compagnie des bras cassés - Anecdote III

Anecdote III : Born to be treacherous

Je vais jamais la trouver! Cette ville est trop grande! Il doit y en avoir des centaines comme elle! Tout ca pour 20 pièce d'or... Je me suis fait avoir...

C'est sur cette pensée que notre messager arriva a Banghora. Il devait retrouver une "destination" (c'est comme ca que la caste des messagers appelaient les personnes a qui ils devaient remettre les lettres), et lui donner une lettre... Et voila... Messager, quel beau métier, et tout ca pour un solde ridicule. Et dire qu'il y en a qui se plaignent d'être miliciens.

Bref, plus vite j'aurais trouvée c'te conne, plus vite je me casserai d'ici. Allez cherche messager, cherche!

Il était presque midi, mais notre brave messager n'avait pas faim, il se prendrait une bière lorsqu'il l'aurait trouvé. Il commença sa recherche dans les hôtels du coin, et il réalisa cette tâche dans la plus grande discipline : du moins cher au plus cher. Oui il fallait être un minimum organisé pour retrouver une destination, sinon vous pouviez y passer des journées entières!
Aucun des hôtels pour pauvres n'avait constaté la trace de sa destination. Bonne chose, il aurait peut-être un pourboire. Le deuxième hôtel pour riches qu'il traversa fut le bon.
Aux premiers abords, il se demanda si l'hotel appartenait a quelqu'un car il n'y avait personne a la reception. Mais après quelques secondes durant lesquelles il martela la sonette, un nain fit son apparition. "C'est bien ma veine..." maugréa le messager intérieurement.
- "2 pièces d'or la nuit, payable d'avance" annonça le nain, sans même un signe de bienvenue.
- "Bonjour monsieur, je ne souhaite que glaner quelques informations au sujet d'une personne que je recherche".
- "Je ne sais rien, adressez-vous au Guet!" répondit le nain en tournant les talons, manifestement préssé de se replonger dans sa sieste.
- "Si vous ne me répondez pas, vous risquez d'enerver certaines personnes très susceptibles...". Bluff, ce messager connaissait bien son métier, et il était passé expert dans la maitrise du bluff. Il faut dire que ce genre de situation était très fréquente. Le nain se retourna, visiblement très désapointé, mais à l'écoute.
C'est la qu'il apprit qu'un groupe d'aventuriers perturbateurs lui avait apporté toute une série d'ennuis, et il y avait au sein de ce groupe une personne qui correspondait tout a fait a la description de sa destination. Il était sur la bonne voie.

---

Le soir venu, il avait rentrouvé sa destination. Il l'accosta tout près de l'hotel et s'assura dans un premier temps que c'était la bonne destination. Puis il lui remis la lettre et elle la lu a voie haute
- "... vous semblez en grande difficultés pour mener a bien la mission qui vous a été confié, aussi nous avons décidé de venir vous preter main forte. Dites-nous où et quand, et nous serons là".
A cette lecture, le visage de la destination se transforma. Cela ressemblait a un mélange de crainte et d'interrogation.
- "On m'a demandé une réponse" dit le messager en lui tendant un crayon de bois.
La destination resta immobile pendant un long moment, ne sachant quoi écrire. Manifestement la destination était perturbée par ce message.
Au bout d'un moment, elle fini par écrire au dos de la lettre et rendit le tout au messager en partant, sans dire un mot.

Merde alors! Et mon pourboire!!

Finalement le messager ne prit pas de bière, il s'en alla et quitta la ville. L'air frais de la campagne le calmerais bien plus qu'une pinte de bière chaude au milieu de dizaines de poivreaux.

lundi 15 juin 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XV

La découverte du cadavre de Ferin a gravement choqué Marcus et Tordek. Cependant, ils n'auront pas le temps de faire leur deuil : le Diplomate dont ils devaient assurer la protection manque toujours à l'appel, et Glanix a un match dans quelques heures à peine. Dur temps pour la Compagnie.

Chapter XV - Looking for someone
(ou "A la recherche du demi-elfe perdu")

Marcus avait apparemment du mal à digérer la découverte macabre qu'il venait de faire. Tandis que Tordek essayait de réfréner les violentes émotions qui menaçaient de le submerger pour étudier rapidement le corps étendu devant lui, le jeune mage, ampli d'une rage frénétique, saisit le mendiant qui les avait menés ici et le plaqua contre le mur.
"- Parle mécréant, où je te fais fondre le visage! Que s'est-il passé?"
Avant d'obtenir une réponse, Marcus commença à asséner de lourdes frappes sur l'hère décontenancé, et Tordek dut s'interposer pour que le magicien se calme. Le miséreux était quasiment en état de catatonie, prostré sur le sol, et il allait dorénavant être difficile d'en tirer quelque chose. Le nain envoya Marcus chercher le reste de la troupe, pour le détourner un peu de l'immense peine qui obscurcissait apparemment son jugement. Pendant ce temps, il prit son temps pour obtenir les réponses du mendiant: celui-ci avait surpris Ferin en train de suivre discrètement un homme qui en portait un autre, apparemment inconscient. Alors qu'ils pénétraient tous dans la ruelle, une ombre furtive était tombée du toit sur Ferin et l'avait lestement poignardé, avant de disparaitre dans les ténèbres. Cela apparaissait à Tordek comme un assassinat net et sans bavure, et concordait avec l'unique blessure située dans le dos du Ferin. Le roublard avait de toute évidence était empoisonné à l'aide d'un poignard ou d'un stylet. L'oeuvre d'un professionnel.
Le reste de la compagnie arriva alors, sur les pas d'un Marcus toujours hors de lui, qui frappa derechef le mendiant pour récupérer les quelques pièces qu'ils lui avaient donné. Le va-nu-pieds s'échappa et courut se réfugier ailleurs dans la ville, maugréant complaintes et malédictions à mi-voix.
Des décisions devaient être prises. Tandis que certains voulaient partir directement suivre la trace du Diplomate et surtout du criminel (à l'image de Cyrielle), certains pensaient tout d'abord à apporter à leur défunt camarade un lieu de repos plus décent. Les aventuriers décidèrent finalement de se séparer en deux groupes : pendant que Cyrielle et Elphyr partiraient en reconnaissance, en essayant de retrouver la piste de l'assassin avec l'aide des dons de rôdeur du demi-elfe, les autres iraient rapidement déposer le cadavre de Ferin dans la maison de Tordek, en attente de trouver une dernière demeure plus digne.

***

La piste datait de la veille. Nombre de gens étaient passés dans les ruelles, et les quelques signes de passage caractéristiques avaient toutes chances d'avoir disparu. Cependant, un homme chargé d'un autre se déplace d'un pas beaucoup plus lourd, et Elphyr fut en mesure de suivre le cheminement dans les ruelles mal famées de la cité jusqu'à une maison apparemment abandonnée, à laquelle la piste menait tout droit. Alors que la moinesse et le rôdeur envisageaient d'entrer jeter un oeil dans la bâtisse, ils furent surpris par un toussotement.
" Bonjour, mademoiselle-monsieur!"
Tous deux se retournèrent en brandissant arme ou poing pour se retrouver... devant le Diplomate!
"- Comment allez-vous aujourd'hui?, continua-t-il comme si de rien n'était.
- Mais... que faites vous ici? Nous vous croyions enlevé?
- Enlevé? Que Nenni! Je me suis momentanément senti mal hier soir, sans doute après quelques excès de boisson, et un mien ami m'a transporté jusqu'à chez lui, ignorant où j'habitais.
- Pourquoi ne m'avez vous pas réveillée pour que j'assure votre protection? demanda une Cyrielle troublée.
- Je ne voulais pas vous réveiller. Je ne comptais que prendre un léger verre. Enfin tout cela n'est pas grave. Pourriez-vous tous deux me ramener jusqu'à mon domicile, s'il vous plait? Le quartier n'a pas l'air très sûr."
Les deux aventuriers obtempèrèrent en échangeant des regards surpris. Ils n'avaient pas du tout envisagé cette éventualité, et le bavardage incessant du demi-elfe qui semblait de fort bonne humeur constrastait quelque peu avec leur humeur actuelle, et de plus les empêchaient de réfléchir correctement. Ils assurèrent néanmoins l'escorte de l'Officiel jusqu'à l'auberge, où il les congédia, en leur demandant de repasser vers 13 heures pour l'emmener au match de Bourrée de l'après-midi. Cela leur laissait deux heures.

***

Le chemin jusqu'à la maison de Tordek fut on ne peut plus morose. Les compagnons portaient à bout de bras le cadavre de leur amis, et Marcus alternait entre larmoiements chétifs et crises de rage. Une fois arrivés à la maison du guerrier, ils étendirent la dépouille sur le lit nain pour s'en retourner retrouver leurs amis, en espèrant pouvoir exprimer leur rage et leur soif de vengeance sur les responsables de cet acte infâme.
Quelle ne fut pas leur suprise quand ils les retrouvèrentau pied de l'Auberge du Vif-Argent! En apprenant qu'ils avaient remis la main sur le diplomate, ils furent quelque peu intrigués, mais refusant de rester inactifs, de peur d'affronter leur peine. Ils décidèrent donc de retourner à la maison abandonnée trouvée par la moinesse et le rôdeur afin de la fouiller de fond en comble. Elphyr crocheta rapidement la serrure, et ils entrèrent tous dans une pièce très peu éclairée. A peine eurent-ils le temps de s'engager un peu qu'une subite attaque par surprise s'abattit sur le groupe. Un combat féroce s'engagea immédiatement et, l'effet de surprise passé, les aventuriers prirent rapidement le dessus, profitant de leur supériorité numérique et mus par une volonté de vengeance.
Les quatre assassins qui les avaient agressés ne firent pas long feu, et aucun quartier ne fut fait. Glanix invoqua une source de lumière magique, et une fouille minutieuse de la maison fut commencée. C'est en arrivant dans le cellier qui se trouvait au sous-sol qu'Elphyr découvrit... le Représentant du Roi! Une fois débaillonné, malgré sa fatigue, il ne manqua pas de faire savoir à Cyrielle et Elphyr (qu'il payait pour sa protection) tout le bien qu'il pensait de leurs services, et exigea de se faire amener le plus vite possible en lieu sûr.
Reconnaissant la légendaire bonhommie et gentillesse de l'Officiel, Cyrielle comprit vite qu'elle avait eu aupraravant affaire à un imposteur, impeccablement déguisé (sans doute par le biais de la magie). Les aventuriers convinrent donc d'un plan : pendant que Glanix irait jouer au match de Bourrée (qui allait commencer prochainement) et que Marcus l'accompagnerait, pour se prémunir d'une quelconque intervention magique pendant le match, Tordek emmènerait le diplomate au Monastère local de Saint-Cuthbert, sous la recommandation de Glanix, qui lui confia sa chevalière de l'ordre pour permettre une meilleure identification de la part de l'Abbé. Enfin, Elphyr et Cyrielle joueraient la comédie, et escorteraient l'imposteur au match comme prévu, afin d'essayer de se renseigner plus sur lui, voire de le piéger, au gré des événements.
Chacun partit remplir sa tâche, l'après-midi allait être longue.

***

Tordek n'était pas content : plutôt que d'aller régler son compte à cet infâme imposteur qui ne méritait que la mort (et qui était sans doute en partie responsable de la mise à sac de sa demeure, grief qui lui tenait lourdement à coeur), il se retrouvait à escorter une lopette de demi-elfe, imbu de sa personne, caractériel, qui déversait un flot ininterrompu de remontrances, et pire que tout, susceptible. S'il y avait bien un trait de caractère que ne supportait pas Tordek (qui était bonne poire, quand même, rien qu'à voir comme il acceptait des étrangers dans sa maison), c'était la susceptibilité. ça le foutait en rogne systématiquement.
Restait à choisir le chemin à prendre. Il fallait miser tout sur la sureté, il était nécessaire de bien planquer l'autre demi-race, et les grandes avenues seraient un endroit trop aisé pour se faire reconnaître et se faire piéger. Tordek décida donc d'emprunter les ruelles. En plus, il connaissait cette ville comme sa poche, c'était sa ville! Celui qui pourrait le surprendre en ce lieu n'était pas encore né!

***

Une ombre s'abattit des toits sur le nain, et lui porta un furieux coup dans le dos, avant de s'enfuir en courant, laissant le nain inconscient, étendu au milieu de la rue, et un diplomate affolé galoper en agitant des bras et en criant frénétiquement.

***

Quand Elphyr et Cyrielle arrivèrent à l'Auberge, ce fut pour trouver la chambre vide de tout diplomate, imposteur ou autre. Une fouille rapide ne donna rien (même si Elphyr était persuadé d'avoir aperçu une licorne sous le lit), et ils ressortirent tous deux bredouilles, sous le regard noir de l'aubergiste. Arrivés dehors, ils tombèrent sur le Diplomate, le vrai, habillé des mêmes fripes que celles dans lesquelles ils l'avaient trouvé quelques dizaines de minutes auparavant. Il était dans tous ses états, et mis quelques minutes à leur expliquer ce qu'il venait de se passer. Le rôdeur et la moinesse se ruèrent dans les ruelles pour arriver au corps du guerrier nain.
La solide constitution naine avait préservé la vie dans le corps meurtri de Tordek, mais il n'y avait pas de temps à perdre, il fallait trouver un moyen de le ramener à la vie!

***

Marcus s'ennuyait, et c'était insupportable. Il avait pensé que partir à l'aventure serait plus intéressant que ça, une vie faite de découvertes d'artefacts, de nouveaux sorts, et de franche camaraderie. Au lieu de ça, la vie n'était faite que de discussions avec des personnes aux intérêts totalement triviaux, de sorts de bas étage et de mauvaises surprises. Son meilleur ami venait de se faire tuer pour protéger la vie d'un Diplomate pompeux, et au lieu d'essayer de trouver le coupable, ou même d'essayer de trouver des sorts qui lui permettraient éventuellement de pouvoir exercer une vengeance, il était assis sur un gradin inconfortable au possible à se faire un infliger un spectacle grotesque de brutes qui se tapaient dessus pour un ballon. Il se demandait vraiment pourquoi le commun des mortels respirait avec ses boyaux et non avec son cerveau. Au moins l'équipe de Glanix était-elle en train de gagner haut la main, ce qui lui permettait de s'abstenir de faire intervenir sa puissante magie pour une cause aussi ridicule.
Soudain, il vit une forme se diriger rapidement vers lui. Il était à deux doigts de lui lâcher une flèche acide quand il reconnut Elphyr qui semblait fort pressé. Le demi-elfe arriva en courant:
"- Vite Marcus, il nous faut une potion de soins! Tordek est mourant, et l'apothicaire est fermé pendant le match!"
Marcus ne fit ni une ni deux même s'il n'avait pas tout compris, et donna deux potions de soins qu'il avait avec lui depuis forts longtemps au demi-elfe qui repartit aussi sec.
Deux secondes d'animation, avant de se replonger dans la morne contemplation de l'imbécilité de la population Banghorienne. Quelle joie.

***

Les aventuriers se retrouvèrent tous le soir au Monastère de Saint-Cuthbert. Glanix avait gagné son match (après une bonne prestation personnelle dont il était assez fier) contre des fiers barbares, assez brutaux mais très fair play. Il était revenu de suite avec Marcus, et finit de prodiguer les soins nécessaires à Tordek (qui allait déjà nettement mieux grâce à la potion donnée par Marcus) pour sa récupération. Le nain était circonspect et soutenait qu'il y avait forcément des sortilèges derrière l'attaque qui n'aurait pu le prendre à surprise dans le cas contraire. Il était convaincu de la présence d'un magicien dans les rangs adverses (dont personne ne savait rien). Il n'y avait pas eu de trace de l'imposteur (Marcus parla d'une espèce magique nommée Doppelganger, et semblait très intéressé par la théorie magique de ses créatures maléfiques).
Le monastère manquant de place (l'hospitalité n'étant pas le but premier de l'ordre de Saint-Cuthbert, et l'abbé ayant déjà fait une sévère entorse à ses principes en accueillant un représentant du Roi dans ses locaux), les compagnons décidèrent de retourner se reposer chez Tordek. Ils rentrèrent une fois la nuit tombée, et furent très prudent sur tout le chemin. L'arrivée chez Tordek fut un vrai soulagement, jusqu'à ce que, une fois tout le groupe entré, la porte ne se ferme.
Ils étaient entourés de cinq individus encapuchonnés, dont un mastodonte qui se tenait devant eux, un sourire narquois aux lèvres. Et ses premières paroles furent :
"Bien joué, Cyrielle!".

mercredi 10 juin 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XIV

Après 24 heures mouvementées (entre les attaques nocturnes et les matches cruciaux de Bourrée), les aventuriers avaient bien besoin d'un peu de repos bien mérité. C'est donc après une longue et bonne nuit que la compagnie se réveilla assez tard, même le matinal Glanix ayant dormi plus qu'à l'habitude.

Chapter XIV - Til' Death do us part
(ou "séparations tragiques")

Quand tous se réveillèrent, quelque chose d'inhabituel se fit de suite remarquer. Aucune mauvaise humeur au réveil, aucun juron, grognement, râlement. Quelque chose de si inhabituel avec cette Compagnie que tous sentirent qu'un événement particulier était arrivé pendant la nuit. Et au bout de quelques minutes de réflexion, l'évidence leur apparut : Ferin n'était pas là. Celà ne les avait pas frappés tout de suite, car le roublard était de manière générale le dernier à se lever, et n'était en général pas très loquace avant les heures qu'il considérait comme "normales" (c'est à dire environ le milieu de l'après-midi). Ce n'était pas dans ses habitudes de ne pas rentrer au petit matin de ses escapades nocturnes. Ce n'était pas non plus son style de laisser des bourses pleines d'or avec son équipement... La troupe commença à s'inquiéter, et après une rapide et sommaire fouille de la maison, décida de partir en ville s'enquérir d'une trace du roublard.
Ils passèrent tout d'abord, sur conseil de Tordek, à la banque, pour vérifier que tout était en ordre (et surtout que l'objet de leurs convoitises n'avait pas été dérobé). Ils durent parlementer longuement avec un nain suspicieux avant que celui-ci ne consente (sur évocation de Tordek de leur passé commun, et sur promesse de l'offre prochaine d'une bière) à aller vérifier que tout était en ordre. Ils allèrent ensuite à l'hôtel, rejoindre Cyrielle, voir si tout allait bien pour elle.

La troupe fut accueillie plutôt froidement par l'hôtelier nain, qui commençait à voir en ces clients une perpétuelle source d'ennuis. De plus, il avait l'air d'humeur encore moins amène qu'usuellement.
"- Encore Vous! Je croyais vous avoir demandé de ne plus poser les pieds ici!
- Du calme, Aubergiste, nous sommes juste venu récupérer notre amie, et escorter le dignitaire au match de Bourrée, répondit Tordek sans sourciller, nous ne te causerons aucun problème.
- Ouais, ben à ce sale demi-elfe, vous lui direz de faire moins de bordel la nuit! J'ai pas pu fermer l'oeil, avec tout le barouf qu'il a fait cette nuit!
- Du bruit? Mais quel genre? demanda Elphyr, le ton inquiet.
- J'sais pas moi, devais faire la nouba, ça sautait, ça cognait contre le sol, les murs... Vous m'en refoutrez des invités comme ça, j'm'en passe, moi. Roi ou pas roi, s'il refait une nuit comme ça, je l'expulse, moi!"
Avant qu'il ait fini sa phrase, Elphyr et Tordek s'étaient rués dans les escaliers. Arrivés à l'étage, ils entrèrent en trombe dans la chambre de Cyrielle... qu'ils réveillèrent. Elle était couchée sur son lit et dormait en petite tenue (ce qui eut pour effet de faire rougir jusqu'au pointe des oreilles le prude demi-elfe). Elle se réveilla de suite, et se mit immédiatement en posture de combat, avant de reconnaître les intrus.
"- Qu'est-ce que vous faites dans ma chambre? Vous ne dormiez pas chez Tordek?"
Mais avant de finir sa phrase, elle constata par la luminosité qu'il était bien plus tard qu'elle ne pensait.
"- Mon Dieu, je ne me suis pas réveillée!"
Mais le guerrier et le rôdeur étaient déjà partis voir si le diplomate allait bien. Ils furent arrêtés par la porte, qui était verrouillée. Cyrielle les rejoint bientôt après s'être rapidement habillée. Devant l'huis clos, elle ne se posa pas de questions, et fit exploser la serrure d'un coup de pied bien senti. Ils entrèrent dans une pièce vide de toute présence. Le lit était défait, la fenêtre ouverte, mais plus de trace du représentant du Roi. Il y avait apparemment eu une lutte durant la nuit, et Cyrielle ne s'était même pas réveillée, à son grand dam. Les compagnons étaient maintenant à la recherche de deux personnes, et Cyrielle ne pouvait arrêter de se blâmer pour avoir manqué à son devoir.
La Compagnie décida de se diviser en deux équipes : pendant que Glanix, Cyrielle et Elphyr iraient chercher des traces du diplomate (et peut-être de Ferin) au Stade (un match de Bourrée se jouait le matin), les autres partiraient à la Taverne chercher des traces du roublard.

***

Les Gardes demandaient une entrée honteusement chères aux aventuriers. Glanix essaya bien de faire passer son statut de joueur reconnu pour obtenir un accessit spécial, mais son ton pompeux fut assez mal pris de la parte des guichetiers, et il se vit rabrouer assez rapidement. Alors que Cyrielle eut la présence de conscience de jouer sur sa qualité de protectrice de représentant du Roi. Impossible de dire si le garde fut plus impressionné par l'éloquence ou par la présence physique de Cyrielle (surtout au niveau de la poitrine), mais il laissa le passage à Cyrielle et Elphyr, qui partirent fouiller sommairement le stade. Aucune trace de Ferin, ni du Diplomate où que ce soit, le mystère restait entier. Vérifier toutes les tribunes prirent beaucoup de temps à la moinesse et au rôdeur, et une heure et demie avait passé avant qu'ils ne rejoignent Glanix dehors, qui était plongé dans une profonde méditation religieuse. Ils décidèrent de retrouver leurs compagnons, qui devaient se trouver dans les environs de l'Auberge.

***

Pendant ce temps, Tordek insista pour passer d'abord à la Maréchaussée, afin de déterminer si quelques voleurs à la sauvette avait été enfermé pendant la nuit (malgré l'estime qu'ils portaient maintenant à leur compagnon qui s'était montré, si ce n'est valeureux, au moins digne de confiance, ils étaient conscients de ses divers travers, et de la possibilité que ses activités nocturnes ne soient pas en totale concordance avec la loi locale). Ils furent assez mal accueillis par des gardes encore saouls de la nuit au poste, qui avait apparemment assez mouvementée (les gardes avaient apparemment fait l'acquisition en début de soirée de deux filles de joie pour la nuit, et en avaient profité pour faire une fête assez épique). Il fut rapidement clair, au vu de l'état des gardes comme de celui du Poste du Guet qu'il était totalement hors de question que la justice eût été rendu cette nuit, et ils repartirent bredouille.
Tordek n'était pas un nain pour rien. Une fois son hypothèse écartée, il s'obstina à vouloir repasser à la banque, afin de vérifier que le caillou n'avait pas été volé depuis leur dernier passage. Malgré les protestations de Marcus, ils se dirigèrent donc vers la Banque, où cette fois le nain ne parvint pas à convaincre son ancien collègue d'aller re-vérifier le coffre du directeur, et faillit même se faire expulser manu-militari après avoir quelque peu haussé la voix. Ils repartirent cependant certains qu'il ne s'était rien passé à la banque, le dispositif de sécurité ne semblant pas en alerte.
Ils arrivèrent enfin à la taverne, en compagnie d'un nain maussade, qui faisait profiter de sa mauvaise humeur à toute personne s'approchant un tant soit peu de lui (avec une ostensible mauvaise foi, le guerrier laissait trainer sa hache dans la jambe des gens, et ne répondait aux protestations qu'avec des grognements gutturaux).
La Taverne leur apporta un peu plus de réponse. Si personne n'avait vu trace de Ferin (malgré une description exhaustive du personnage, le tavernier ne semblait pas s'en rappeler, et le bookmaker, qui visualisait bien le personnage de par ses récents gains aux paris, ne l'avait plus vue depuis la veille dans la journée, quand il était passé retirer son argent), le tavernier avait eu un témoignage de première main au sujet du Diplomate Demi-Elfe.
"- Ouais, j'ai un client qui l'a vu, hier! Apparemment, il avait trop bu, il se faisait ramener chez lui par un mec! Complètement lessivé, le gars. Encore une preuve que les demi-races savent pas boire! dit-il avant de lancer son grand rire jovial.
- Et vous saviez d'où il venait? Où il se dirigeait?, demanda Marcus.
- Où il allait, ça, je sais pas, sans doute chez lui, je sais pas où il crèche. Ou chez le gars qui le ramenait!!! Par contre, il venait de la droite... Vu qu'il y a pas masse de bars en ville, j'imagine qu'il était à la Taverne Grise. ça m'étonne d'un officiel - c'est un endroit assez mal famé, vous savez, je pourrais vous en raconter des histoires - mais bon, on sait jamais, hein, les gens de la haute, ils se sentent toujours plus importants que nous! D'ailleurs, ça me rappelle cette Comtesse qu'était descendue en ville..."
Les deux aventuriers durent subir une diatribe contre les nantis remplie d'anecdotes plus cocasses les unes que les autres pendant une dizaine de minutes, avant de pouvoir s'échapper. Ils partirent tout droit en direction de la Taverne Grise.
Un endroit mal famé était un euphémisme. Malgré son positionnement au Centre de la Ville, ce débit de boisson était sombre, empli de fumée, et tout le monde parlait à demie voix. Quand les compagnons entrèrent, tout les yeux se rivèrent sur eux, et ne les lachèrent plus. Un tavernier à la limite de l'impolitesse refusa de répondre à leurs questions tant qu'ils ne consommeraient pas. Pour refuser d'y répondre aussi une fois les consommations achetées. Ce ne fut qu'une fois que Marcus lança un sort de Charme sur sa personne qu'il se montra plus coopératif, mais il ne se révéla pas très informatif : il n'avait vu aucun demi-elfe pendant toute la nuit précédente, ni de Roublard d'une autre ville que la sienne. Une fois ces renseignements récupérés, Marcus et Tordek sortirent assez rapidement, quelques habitués ayant constaté quelque chose d'anormal dans l'attitude du tenancier et se rapprochant dangereusement.
Les deux compagnons étaient assez déprimés, quand un mendiant, apparemment faible d'esprit s'approcha d'eux. Alors qu'un Marcus désabusé lui lançait une pièce de cuivre (sous l'oeil désapprobateur de Tordek qui voyait là un gachis inadmissible), l'apprenti mage eut la présence de d'esprit de s'informer auprès du pauvre hère.
"- Dites moi, mon brave, vous n'auriez pas vu un demi-elfe porté par un autre homme dans ce quartier, cette nuit, par hasard?
- Non, mon précieux, tout ce que j'ai vu cette nuit, c'est mon nouveau Trésor!!!
- Votre nouveau Trésor? De quoi s'agit-il?
- Je peux le montrer aux gens, mais ça coutera une belle pièce bien brillante.
- Amène nous y, et tu auras deux belles pièces très brillantes, manant, lança Tordek, maintenant intéressé."
Le mendiant sembla content du marché proposé, et fit signe aux deux aventuriers de les suivre, avant de s'éloigner en boitant. Ils le suivirent jusqu'à une ruelle sombre, située non loin de là. Le trésor, se révéla être une masse informe dans un sombre recoin de la ruelle. En s'approchant, ils reconnurent la forme d'un corps. En le retournant, Tordek poussa un cri de rage, tandis que Marcus laissa échapper un gémissement de désespoir : ils avaient retrouvé Ferin, mais trop tard.


lundi 1 juin 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XIII

Après une nuit agitée, les aventuriers se retrouvent maintenant fatigués, et avec un prisonnier à interroger sur les bras. Se faire attaquer pendant son sommeil peut porter sur les nerfs, et la journée suivante pourrait être assez tendue...

Chapter XIII - The Show must go on
(ou "Amours, délices et Ogres")

Une fois les explications terminées, les compagnons prirent le parti d'aller interroger immédiatement le prisonnier, afin d'en savoir plus sur les événements de la nuit, et les motivations de leurs agresseurs. Ils entrèrent tous en même temps dans la chambre où reposait le guerrier, qui dormait, sans doute fatigué des nombreuses blessures qu'il avait reçu pendant le combat. Cyrielle se chargea de le réveiller à l'aide de quelques claques portées assez durement. La brute se réveilla, l'air paniqué, et mis quelques secondes à comprendre où il était. Son visage se ferma, et une sombre résignation s'immisca dans ses yeux.
" -Nous voulons savoir pourquoi vous nous avez attaqué cette nuit. Et qui a commandité cette attaque. Si vous parlez, tout se passera bien, commença Elphyr.
- Je ne dirai rien, vous pouvez me tuer, répondit l'homme.
- Vous pensez que nous ne sommes pas capables de vous faire de mal?"
Un sourire narquois répondit à ces mots, ce qui n'eut pas le gout de plaire à Glanix, qui caressait sa masse d'armes depuis qu'il était rentré dans la chambre. Il la brandit et réduisit la moitié du lit en petit bois.
"- La vengeance doit être appliquée! Cet homme doit mourir!"
Cette sortie impressionna le bandit, et une lueur d'effroi était maintenant visible dans son regard.
" - Je ne sais rien! Notre mission était juste de tuer l'occupant de cette chambre, on ne pensait pas atterrir sur une quelconque opposition!
- Qui vous a fait faire ça?
- Le contrat et l'argent ont été posté dans la boite aux lettres habituelle, je n'ai eu aucun contact avec le client!
- Vous ne le rencontrerez plus?
- Non! C'est pas comme ça que ça se passe, je vais pas prendre le thé avec mes clients, quand même!
- Donc vous ne nous servez à rien." conclut Glanix, avant de fracasser le crâne de l'homme couché. Tous les compagnons le contemplèrent, étonnés de la soudaine violence du prêtre.
" - Cet homme devait être condamné. Saint Cuthbert le jugera pour ses crimes. Je n'ai fait que ce qui devait être fait. Bon, on va manger quelque chose?"
Etonnamment, tout le monde n'avait pas faim, et les aventuriers se concertèrent sur la démarche à suivre. Le maître d'hôtel leur avait demandé de disposer des corps. Mais d'autre part, qui pouvait savoir que le représentant du Roi était dans cette chambre? Certains moyens magiques pouvaient permettre de le savoir, mais la seule personne physique à connaitre la distribution des chambres était le Maître d'Hôtel lui même. Et se promener en ville avec des cadavres pourrait attirer l'attention, même à cette heure matinale.
D'autre part, il était sans doute sage de rester auprès du diplomate : ce serait lui qui porterait la pierre, et s'attirer ses bonnes intentions pourrait être le meilleur moyen de se rapprocher de l'artefact..
Une décision fut prise : tandis que Glanix et Tordek iraient au Guet rapporter l'attaque qu'ils avaient subie, Cyrielle, Elphyr et Ferin mettraient leurs compétences au service du diplomate, pour le protéger d'éventuelles autres attaques. Marcus, lui, irait interroger le Maître d'Hôtel afin de voir s'il était au courant de quelque chose.

***

Quand Cyrielle frappa à la porte, le diplomate ne mit pas longtemps à répondre. Il avait l'air assez tendu, toujours aussi distant et froid que la veille.
" - Que me voulez-vous?
- Nous voulions nous assurer que tout allait bien après les événements de cette nuit...
- Tout va bien.
Alors que la porte recommençait à se fermer, Cyrielle cala son pied dans l'embouchure pour la bloquer, et reprit la parole.
- Nous avons considéré avec mes amis que vous étiez quelque peu en danger, et nous nous proposions de mettre nos services à votre disposition, afin d'assurer votre protection d'ici à ce que vous receviez une escorte digne de votre rang pour la cérémonie.
- Contre rémunération, ajouta Ferin, ne perdant pas le nord.
Le demi-elfe parut songer à la proposition quelques secondes, en regardant les trois membres de l'équipe qui se tenaient en face de lui.
- Vous trois? Pas le petit nain teigneux que j'ai eu le malheur de rencontrer hier?
- Non, juste nous trois, répondit Cyrielle.
Après avoir jeté un regard dédaigneux à Ferin qui n'apparaissait effectivement pas comme le garde du corps idéal, le regard du représentant royal se posa sur Elphyr, et un léger hochement de tête montra son approbation.
- Au vu des événements de cette nuit, il serait peut être effectivement plus sage que vous assuriez ma protection. Je vous engage à raison de vingt pièces d'or par jour, vous ne me parlerez que quand je vous adresserai la parole, vous me suivrez où que j'aille, et vous vous portez garants de ma sécurité personnelle à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il est bien sûr hors de question que vous pénétriez dans mes quartiers, mais vous résiderez autour. Est-ce d'accord?
- Nous acceptons, répondit Cyrielle, tandis que Ferin et Elphyr avaient tout de suite l'air moins confiants.
Le demi-elfe disparut quelques minutes, avant de revenir avec des contrats tout prêts, qu'il fit signer aux trois aventuriers.
- Vous reviendrez me chercher à 10h, nous irons voir le match de Bourrée de ce matin. Ne soyez pas en retard, je déteste attendre."
Sur ces paroles, il rentra dans sa chambre, en fermant lourdement la porte. Les compagnons se retrouvèrent seuls sur le pas de la porte, quelque peu désemparés, et un peu effrayés à l'idée de passer trois jours avec ce personnage largement antipathique à leurs yeux.

***

Quand Marcus arriva devant l'accueil de l'hôtel, celui-ci était vide. A côté du guichet, une porte était fermée, et dessus, le jeune apprenti vit un écriteau où l'on pouvait lire "Occupé, ne pas déranger". Cependant, le jeune mage était pressé, et n'avait pas envie de repasser. Il n'était pas né le jour où un homme commun (ou un nain) ferait attendre un mage par son bon vouloir! Marcus s'approcha donc de l'huis, et frappa à coups répétés.
"- Qu'est-ce que c'est? demanda une voix endormie.
- Bonjour, je suis Marcus, le magicien, un client du dernier étage de votre hôtel. J'aurais quelques questions à vous poser concernant votre éventuelle implication dans les événements de cette nuit.
- Je dors, repassez plus tard!
- Non monsieur, ce n'est pas comme cela que ça se passe. Sortez, vous n'échapperez pas à cette discussion, ni à vos responsabilités.", répondit Marcus, d'un ton intransigeant.
Peut-être trop intransigeant se dit-il quand il entendit un rugissement de colère, et des lourds bruits de pas. Il recula de quelques pas, et fit bien, car la porte s'ouvrit à la volée, laissant apparaître un nain en guêtres, avec une hache de combat, et l'air furibond.
"- Vous osez me déranger dans mon sommeil?
- Oui, il s'avère que vous seul étiez au courant de qui dormait où dans cet hôtel. Ne seriez vous pas celui qui a refilé ces renseignements au commanditaire de l'attaque de cette nuit?
- Et vous m'accusez en plus? demanda le nain, visiblement hors de lui.
- Comprenez bien qu'une logique cartésienne pointe tout droit vers vous, et votre attitude qui n'est pas très coopérative n'est pas pour vous disculper! Je vous demanderai donc de vous calmer, et de répondre à mes questions, si vous ne voulez pas attirer les soupçons un peu plus sur vous." continua Marcus, d'un ton légèrement réprobateur.
A ces mots, le nain eut toutes les peines du monde à réfreiner ses pulsions meurtrières :
"-Dégagez de mon hôtel, et n'y remettez plus jamais les pieds. Tordek et ses amis ne seront plus les bienvenus ici, et surtout vous, si je vous revois dans ma bâtisse, je vous arrache les bras.
- Mais vous nous avez demandé d'enlever les corps, avouez que c'est suspect de votre part!"
Mais le nain n'entendit pas ces derniers mots (heureusement pour Marcus, qui n'avait pas encore très bien assimilé la susceptibilité naine), ayant déjà claqué la porte au nez de Marcus. Qui forgeait maintenant de lourds soupçons sur la personne de l'hôtelier. Il y réfléchit en se dirigeant vers la place du marché, point de rendez-vous avec les autres.

***

Tordek marchait d'un pas décidé vers le Guet, en compagnie de Glanix. Les deux combattants n'ayant pas pris soin de laver les diverses taches de sang qui parsemaient leurs tuniques, leurs aspect faisait un peu peur à voir, et les quelques passants s'écartaient sur leur chemin. Quand ils arrivèrent au Guet, cependant, ils furent bien accueillis, le Nain étant assez connu dans la commune, et d'une probité renommée.
"- Que nous vaut l'honneur, Tordek? demanda le garde de permanence, qui était nonchalamment vautré sur un siège qui semblait assez confotable, en mangeant des cuisses de poulet.
- Nous venons faire état d'une agression.
- Oh? Dans notre belle ville? Et qui avez vous agressé?
- Non, interrompit Glanix, nous ne sommes pas les agresseurs, mais les victimes.
- ça se voit, dit le fonctionnaire d'un ton ironique qui eut le don d'agacer prodigieusement Tordek.
- L'attaque visait le représentant du roi.
- Et? Que venez vous faire là dedans?
- Nous nous sommes interposés, et avons occis les malandrins. Sauf un, qui a pris la fuite.
- Et le fuyard veut votre peau?
- Non, pas que nous sachions.
- Alors, en quoi cela nous concerne-t-il? Tout est bien qui finit bien, non?
A ces mots, Glanix verdit un peu.
- Vous allez tout de même ouvrir une enquête! Justice n'est pas faite! lança-t-il d'une voix assez aggressive, qui eut le ton de ne pas plaire au représentant des forces de l'ordre.
- Vous voulez une enquête? On va vous en donner une! Gardes, emmenez-moi ces deux là au trou, qu'on voit pourquoi ils ont tué des gens cette nuit!
Les gardes se rapprochèrent et mirent les mains sur les épaules des deux aventuriers. Glanix avait déjà la main sur sa masse d'armes lourdes (il aimait aussi peu que le nain que sa probité soit remise en cause), mais le nain calma le jeu.
- Non, non, attendez, nous nous sommes sans doute mal exprimés, laissez moi vous relater les faits de cette nuit plus en détail.
Le fonctionnaire lui fit un signe de la tête, et Tordek raconta alors assez en détail comment l'attaque de la nuit avait eu lieu. Le soldat du Guet n'avait visiblement pas le diplomate demi-elfe dans son coeur, mais il ne pouvait pas non plus fermer les yeux sur une attaque caractérisée sur un représentant de l'autorité.
- Donc si je comprends bien, l'attaque visait le représentant du roi? demanda le garde
- Oui.
- Et vous avez stoppé cette attaque?
- Oui.
- Les agresseurs sont tous morts ou en fuite?
- Oui.
- Ben on a bien fait notre boulot alors, non?
Tordek et Glanix mirent en jeu toute la mauvaise foi dont ils étaient capables.
-Oui...
- Parfait! On passera débarasser les corps. On va vous tarifer ça une pièce d'or par personne. Vous payez tout de suite, ou sur place?
Tordek commençait à son tour à porter la main sur sa hache, mais Glanix l'interrompit.
- C'est bien sûr l'hôtelier qui va couvrir ces frais, c'est son hôtel après tout."
Sur ces paroles, les aventuriers sortirent du poste du Guet après de brèves salutations, et ils se dirigèrent vers le point de rendez-vous, tandis que Glanix exprimait à Tordek à quel point il était indigné de l'incompétence des forces de l'ordre locales, qui n'étaient pas sans lui rappeler celle de sa ville natale d'Erose.

***

Les aventuriers firent état des différentes conclusions de leurs divers rendez-vous. Tordek ne voulait même pas envisager la possibilité de la culpabilité d'un nain. Il commençait même à s'énerver du fait qu'il se retrouvait fâché avec lui par la faute de Marcus, quand il se souvint qu'ils avaient fait facturer le débarassage des cadavres à celui-ci, ce qui eut pour effet de le calmer. Cela dit, les nouveaux gardes du corps allèrent chercher le diplomate pour rejoindre le Stade, tandis que les autres y allèrent directement, et tous regardèrent le match de Bourrée, afin de se renseigner un peu plus sur ce sport. Le match du matin (les Ours de Cargenheim contre les Lapins d'Ersatine) fut assez intéressant, les outsiders lapins menant tout le match, avant de s'effondrer dans les dernière minutes. Au grand dam de Ferin qui avait misé quelques pièces sur eux (au vu des cotes qui garantissaient un gain record en cas de victoire), mais à la joie du diplomate, qui était manifestement partisan des favoris. Glanix, de son côté, eut un bref entretien avec son coach, qui lui décrivit le principal atout de leurs adversaires du jour : un massif demi-ogre, capable à lui tout seul d'écraser quelques adversaires de taille humaine. Le travail de Glanix serait de museler ce mastodonte (voire de l'éliminer complètement, si cela était possible). La tâche paraissait ardue, tant le demi-ogre était impressionnant à voir.
Pour la pause déjeuner du midi, les aventuriers se retrouvèrent à la même taverne que précédemment, qui servait un ragoût fort nourrissant (l'émissaire royal était rentré manger à l'hôtel, sous la garde de Cyrielle et Ferin). Tordek prit sur ses finances de payer anonymement un pichet de bière à l'équipe adverse de l'après-midi, qu'ils éclusèrent avec forces chansons. Visiblement, ils étaient assez confiants pour le match de l'après-midi. Cela ne laissait présager rien de bon. Marcus eut une idée:
" - Je sais que vous êtes réticents à toute forme de tricherie, Glanix. Mais peut-être pourrions nous mettre toutes les chances de notre côté, la fin justifie les moyens. Si jamais je pouvais user de mon sort de Charme-personne, je pourrais ordonner au demi-ogre d'attaquer illégallement un de vos coéquipiers, voire un des siens. Ceci faisant, le demi-ogre se ferait expulser du match! Ou alors, lui demander de se laisser tomber quand vous lui foncez dedans? Qu'en pensez-vous?
Glanix se tut de longues minutes après avoir ouï cette proposition. Tricher lui répugnait, mais d'autre part, la quête dont il était garant nécessitait sans doute des sacrifices, même si cela nécessitait d'enfreindre quelques principes qui faisaient son mode de vie sacerdocal.
- Vous avez peut-être raison, Marcus, même s'il m'en coute de le dire. Je fais confiance à votre puissante magie pour favoriser nos chances dans ce match."
Ces dures paroles prononcées, Glanix finit son repas sans un mot, et regagna ensuite le stade. Pendant ce temps, Marcus essaya de guetter si jamais le demi-ogre se retrouvait isolé, afin de déceler une opportunité pour lancer son sort. Malheureusement, les compagnons du pachyderme ne le lâchèrent pas d'une semelle, et Marcus se retrouva bientôt dans les tribunes en compagnie des autres, à attendre le coup d'envoi du match.
Se rendant que le brouhaha ambiant dissimulerait son enchantement, et que l'arbitre n'était pas attentif, le jeune mage lança enfin son sort. Le demi-ogre eut un changement d'attitude... mais impossible de dire si le sort avait marché!
Glanix, lui, n'avais pas prêté attention au jeune mage, il était tout à son match. Dès que le sifflet retentit, il fonça tête baissée vers le demi-ogre, le regard meurtrier. Il se trouvait à cinq mètres à peine, se préparant à l'impact, quand un de ses coéquipiers cria pour attirer son attention, et lui envoya la balle. Le prêtre détourna sa course, saisit la balle au vol, contourna l'adversaire, étrangement passif, et alla marquer grâce à un sévère coup d'épaule au dernier défenseur. A peine une minute avait passé, et Glanix menait déjà au score!
Rendu confiant par l'apparent immobilisme du demi-ogre, Glanix se rua sur lui dès la remise en jeu. Alors qu'il chargeait, et que l'impact était imminent, Marcus cria "tombe!" de toutes ses forces, et le mastodonte s'affala, alors même qu'un prêtre d'une centaine de kilos arrivé lancé sur lui. Le choc fut monstrueux, et les deux adversaires s'effrondrèrent dans un amas de chair. Le silence se fit sur le stade. Quelque secondes passèrent sans qu'aucun mouvement ne suive la terrible action, et finalement, un geste. C'était Glanix qui se relevait péniblement, et une fois debout, qui leva les mains au ciel en lançant un cri guttural. Le stade explosa de cris, d'encouragements et d'applaudissements tandis que l'arbitre vint constater le décès du demi-ogre. Celui-ci avait essayé de mordre Glanix au visage pendant la chute, mais dans un faux mouvement, s'était brisé les cervicales lors du contact avec le sol. L'entraîneur de son équipe, blasé de la perte de son meilleur élément, et ne se faisant pas d'illusion sur les chances de son équipe diminuée numériquement jeta l'éponge. La victoire était acquise.

***

La fête battait son plein à la taverne. Elphyr, Cyrielle et Ferin avaient du raccompagner un diplomate de fort mauvaise humeur à son hôtel, le résultat allant à l'encontre de ses paris. Par contre, Ferin et Marcus étaient forts joyeux : ils avaient non seulement misé sur la victoire de l'équipe de Glanix, mais aussi sur la chute du demi-ogre avant la fin du temps réglementaire, ce qui leur avait fait gagné beaucoup d'argent. L'ambiance était festive, mais les excès furent moindre qu'auparavant, personne n'ayant oublié la situation scabreuse dans laquelle ils s'étaient retrouvés. Cyrielle, surtout, ne touchait à aucune goutte d'alcool, et restait méfiante de quiconque l'approchait.
Une fois la soirée bien entamée, l'équipe décida de rentrer dormir chez Tordek. Chemin faisant, ils rencontrèrent les restes de l'équipe perdante, et le guerrier nain ne put s'empêcher de se moquer ouvertemment et bruyamment d'eux. Quelques insultes fusèrent, mais le nombre des aventuriers intimida les joueurs de Bourrée qui continuèrent leur chemin. Une fois arrivés chez Tordek, Cyrielle leur annonça qu'elle retournait à l'hôtel nain:
"- Je vous ai raccompagnés car je voyais bien que vous étiez sous les effets de l'alcool, et je m'en serais voulu s'il vous était arrivé quelque chose, mais j'ai été chargée de protéger l'émissaire du roi, et j'accomplirai ma mission diligemment."
Elle repartit donc tandis que les compagnons mettaient un peu d'ordre dans la maison de Tordek, qui s'était déjà affalé dans son lit et ronflait bruyamment. Pour avoir un peu plus chaud, les aventuriers mirent quelques vieilles chaises cassées dans l'âtre, et allumèrent un feu, tandis qu'ils commençaient déjà à s'endormir sur leur paillasse respective.
Cyrielle, quant à elle, se retrouva nez à nez avec les joueurs de Bourrée qu'ils avaient rencontré plus tôt. Ils reconnurent tout de suite la jeune fille, et se sentirent tout de suite plus courageux à quatre contre une. Ils se ruèrent sur la jeune moinesse, mais celle-ci les esquiva d'une rapide cabriole, et courut se réfugier à l'hôtel nain. L'hôtelier fut très courroucé de revoir un compagnon de Tordek, mais encore plus de voir débarquer 4 hommes en armes dans son hôtel. Ses cris et menaces firent reculer les malandrins qui ne se sentaient pas d'attaquer un nain chez lui, et Cyrielle réussit à négocier la possibilité de dormir sur place, en invoquant le contrat de protection qu'elle avait passé avec le diplomate demi-elfe. Elle dut cependant réveiller ce dernier, afin de récupérer l'avance que réclamait le maître d'hôtel, s'attirant des remarques acerbes et blessantes, mais qu'importait à la moinesse, elle avait accepté une tâche, et elle la mènerait à bien, quand bien même cela voulait dire tenir compagnie à un être aussi désagréable que cet orgueilleux courtisan.