Après une nuit agitée, les aventuriers se retrouvent maintenant fatigués, et avec un prisonnier à interroger sur les bras. Se faire attaquer pendant son sommeil peut porter sur les nerfs, et la journée suivante pourrait être assez tendue...
Chapter XIII - The Show must go on
(ou "Amours, délices et Ogres")
Une fois les explications terminées, les compagnons prirent le parti d'aller interroger immédiatement le prisonnier, afin d'en savoir plus sur les événements de la nuit, et les motivations de leurs agresseurs. Ils entrèrent tous en même temps dans la chambre où reposait le guerrier, qui dormait, sans doute fatigué des nombreuses blessures qu'il avait reçu pendant le combat. Cyrielle se chargea de le réveiller à l'aide de quelques claques portées assez durement. La brute se réveilla, l'air paniqué, et mis quelques secondes à comprendre où il était. Son visage se ferma, et une sombre résignation s'immisca dans ses yeux.
" -Nous voulons savoir pourquoi vous nous avez attaqué cette nuit. Et qui a commandité cette attaque. Si vous parlez, tout se passera bien, commença Elphyr.
- Je ne dirai rien, vous pouvez me tuer, répondit l'homme.
- Vous pensez que nous ne sommes pas capables de vous faire de mal?"
Un sourire narquois répondit à ces mots, ce qui n'eut pas le gout de plaire à Glanix, qui caressait sa masse d'armes depuis qu'il était rentré dans la chambre. Il la brandit et réduisit la moitié du lit en petit bois.
"- La vengeance doit être appliquée! Cet homme doit mourir!"
Cette sortie impressionna le bandit, et une lueur d'effroi était maintenant visible dans son regard.
" - Je ne sais rien! Notre mission était juste de tuer l'occupant de cette chambre, on ne pensait pas atterrir sur une quelconque opposition!
- Qui vous a fait faire ça?
- Le contrat et l'argent ont été posté dans la boite aux lettres habituelle, je n'ai eu aucun contact avec le client!
- Vous ne le rencontrerez plus?
- Non! C'est pas comme ça que ça se passe, je vais pas prendre le thé avec mes clients, quand même!
- Donc vous ne nous servez à rien." conclut Glanix, avant de fracasser le crâne de l'homme couché. Tous les compagnons le contemplèrent, étonnés de la soudaine violence du prêtre.
" - Cet homme devait être condamné. Saint Cuthbert le jugera pour ses crimes. Je n'ai fait que ce qui devait être fait. Bon, on va manger quelque chose?"
Etonnamment, tout le monde n'avait pas faim, et les aventuriers se concertèrent sur la démarche à suivre. Le maître d'hôtel leur avait demandé de disposer des corps. Mais d'autre part, qui pouvait savoir que le représentant du Roi était dans cette chambre? Certains moyens magiques pouvaient permettre de le savoir, mais la seule personne physique à connaitre la distribution des chambres était le Maître d'Hôtel lui même. Et se promener en ville avec des cadavres pourrait attirer l'attention, même à cette heure matinale.
D'autre part, il était sans doute sage de rester auprès du diplomate : ce serait lui qui porterait la pierre, et s'attirer ses bonnes intentions pourrait être le meilleur moyen de se rapprocher de l'artefact..
Une décision fut prise : tandis que Glanix et Tordek iraient au Guet rapporter l'attaque qu'ils avaient subie, Cyrielle, Elphyr et Ferin mettraient leurs compétences au service du diplomate, pour le protéger d'éventuelles autres attaques. Marcus, lui, irait interroger le Maître d'Hôtel afin de voir s'il était au courant de quelque chose.
Quand Cyrielle frappa à la porte, le diplomate ne mit pas longtemps à répondre. Il avait l'air assez tendu, toujours aussi distant et froid que la veille.
" - Que me voulez-vous?
- Nous voulions nous assurer que tout allait bien après les événements de cette nuit...
- Tout va bien.
Alors que la porte recommençait à se fermer, Cyrielle cala son pied dans l'embouchure pour la bloquer, et reprit la parole.
- Nous avons considéré avec mes amis que vous étiez quelque peu en danger, et nous nous proposions de mettre nos services à votre disposition, afin d'assurer votre protection d'ici à ce que vous receviez une escorte digne de votre rang pour la cérémonie.
- Contre rémunération, ajouta Ferin, ne perdant pas le nord.
Le demi-elfe parut songer à la proposition quelques secondes, en regardant les trois membres de l'équipe qui se tenaient en face de lui.
- Vous trois? Pas le petit nain teigneux que j'ai eu le malheur de rencontrer hier?
- Non, juste nous trois, répondit Cyrielle.
Après avoir jeté un regard dédaigneux à Ferin qui n'apparaissait effectivement pas comme le garde du corps idéal, le regard du représentant royal se posa sur Elphyr, et un léger hochement de tête montra son approbation.
- Au vu des événements de cette nuit, il serait peut être effectivement plus sage que vous assuriez ma protection. Je vous engage à raison de vingt pièces d'or par jour, vous ne me parlerez que quand je vous adresserai la parole, vous me suivrez où que j'aille, et vous vous portez garants de ma sécurité personnelle à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il est bien sûr hors de question que vous pénétriez dans mes quartiers, mais vous résiderez autour. Est-ce d'accord?
- Nous acceptons, répondit Cyrielle, tandis que Ferin et Elphyr avaient tout de suite l'air moins confiants.
Le demi-elfe disparut quelques minutes, avant de revenir avec des contrats tout prêts, qu'il fit signer aux trois aventuriers.
- Vous reviendrez me chercher à 10h, nous irons voir le match de Bourrée de ce matin. Ne soyez pas en retard, je déteste attendre."
Sur ces paroles, il rentra dans sa chambre, en fermant lourdement la porte. Les compagnons se retrouvèrent seuls sur le pas de la porte, quelque peu désemparés, et un peu effrayés à l'idée de passer trois jours avec ce personnage largement antipathique à leurs yeux.
Quand Marcus arriva devant l'accueil de l'hôtel, celui-ci était vide. A côté du guichet, une porte était fermée, et dessus, le jeune apprenti vit un écriteau où l'on pouvait lire "Occupé, ne pas déranger". Cependant, le jeune mage était pressé, et n'avait pas envie de repasser. Il n'était pas né le jour où un homme commun (ou un nain) ferait attendre un mage par son bon vouloir! Marcus s'approcha donc de l'huis, et frappa à coups répétés.
"- Qu'est-ce que c'est? demanda une voix endormie.
- Bonjour, je suis Marcus, le magicien, un client du dernier étage de votre hôtel. J'aurais quelques questions à vous poser concernant votre éventuelle implication dans les événements de cette nuit.
- Je dors, repassez plus tard!
- Non monsieur, ce n'est pas comme cela que ça se passe. Sortez, vous n'échapperez pas à cette discussion, ni à vos responsabilités.", répondit Marcus, d'un ton intransigeant.
Peut-être trop intransigeant se dit-il quand il entendit un rugissement de colère, et des lourds bruits de pas. Il recula de quelques pas, et fit bien, car la porte s'ouvrit à la volée, laissant apparaître un nain en guêtres, avec une hache de combat, et l'air furibond.
"- Vous osez me déranger dans mon sommeil?
- Oui, il s'avère que vous seul étiez au courant de qui dormait où dans cet hôtel. Ne seriez vous pas celui qui a refilé ces renseignements au commanditaire de l'attaque de cette nuit?
- Et vous m'accusez en plus? demanda le nain, visiblement hors de lui.
- Comprenez bien qu'une logique cartésienne pointe tout droit vers vous, et votre attitude qui n'est pas très coopérative n'est pas pour vous disculper! Je vous demanderai donc de vous calmer, et de répondre à mes questions, si vous ne voulez pas attirer les soupçons un peu plus sur vous." continua Marcus, d'un ton légèrement réprobateur.
A ces mots, le nain eut toutes les peines du monde à réfreiner ses pulsions meurtrières :
"-Dégagez de mon hôtel, et n'y remettez plus jamais les pieds. Tordek et ses amis ne seront plus les bienvenus ici, et surtout vous, si je vous revois dans ma bâtisse, je vous arrache les bras.
- Mais vous nous avez demandé d'enlever les corps, avouez que c'est suspect de votre part!"
Mais le nain n'entendit pas ces derniers mots (heureusement pour Marcus, qui n'avait pas encore très bien assimilé la susceptibilité naine), ayant déjà claqué la porte au nez de Marcus. Qui forgeait maintenant de lourds soupçons sur la personne de l'hôtelier. Il y réfléchit en se dirigeant vers la place du marché, point de rendez-vous avec les autres.
Tordek marchait d'un pas décidé vers le Guet, en compagnie de Glanix. Les deux combattants n'ayant pas pris soin de laver les diverses taches de sang qui parsemaient leurs tuniques, leurs aspect faisait un peu peur à voir, et les quelques passants s'écartaient sur leur chemin. Quand ils arrivèrent au Guet, cependant, ils furent bien accueillis, le Nain étant assez connu dans la commune, et d'une probité renommée.
"- Que nous vaut l'honneur, Tordek? demanda le garde de permanence, qui était nonchalamment vautré sur un siège qui semblait assez confotable, en mangeant des cuisses de poulet.
- Nous venons faire état d'une agression.
- Oh? Dans notre belle ville? Et qui avez vous agressé?
- Non, interrompit Glanix, nous ne sommes pas les agresseurs, mais les victimes.
- ça se voit, dit le fonctionnaire d'un ton ironique qui eut le don d'agacer prodigieusement Tordek.
- L'attaque visait le représentant du roi.
- Et? Que venez vous faire là dedans?
- Nous nous sommes interposés, et avons occis les malandrins. Sauf un, qui a pris la fuite.
- Et le fuyard veut votre peau?
- Non, pas que nous sachions.
- Alors, en quoi cela nous concerne-t-il? Tout est bien qui finit bien, non?
A ces mots, Glanix verdit un peu.
- Vous allez tout de même ouvrir une enquête! Justice n'est pas faite! lança-t-il d'une voix assez aggressive, qui eut le ton de ne pas plaire au représentant des forces de l'ordre.
- Vous voulez une enquête? On va vous en donner une! Gardes, emmenez-moi ces deux là au trou, qu'on voit pourquoi ils ont tué des gens cette nuit!
Les gardes se rapprochèrent et mirent les mains sur les épaules des deux aventuriers. Glanix avait déjà la main sur sa masse d'armes lourdes (il aimait aussi peu que le nain que sa probité soit remise en cause), mais le nain calma le jeu.
- Non, non, attendez, nous nous sommes sans doute mal exprimés, laissez moi vous relater les faits de cette nuit plus en détail.
Le fonctionnaire lui fit un signe de la tête, et Tordek raconta alors assez en détail comment l'attaque de la nuit avait eu lieu. Le soldat du Guet n'avait visiblement pas le diplomate demi-elfe dans son coeur, mais il ne pouvait pas non plus fermer les yeux sur une attaque caractérisée sur un représentant de l'autorité.
- Donc si je comprends bien, l'attaque visait le représentant du roi? demanda le garde
- Oui.
- Et vous avez stoppé cette attaque?
- Oui.
- Les agresseurs sont tous morts ou en fuite?
- Oui.
- Ben on a bien fait notre boulot alors, non?
Tordek et Glanix mirent en jeu toute la mauvaise foi dont ils étaient capables.
-Oui...
- Parfait! On passera débarasser les corps. On va vous tarifer ça une pièce d'or par personne. Vous payez tout de suite, ou sur place?
Tordek commençait à son tour à porter la main sur sa hache, mais Glanix l'interrompit.
- C'est bien sûr l'hôtelier qui va couvrir ces frais, c'est son hôtel après tout."
Sur ces paroles, les aventuriers sortirent du poste du Guet après de brèves salutations, et ils se dirigèrent vers le point de rendez-vous, tandis que Glanix exprimait à Tordek à quel point il était indigné de l'incompétence des forces de l'ordre locales, qui n'étaient pas sans lui rappeler celle de sa ville natale d'Erose.
Les aventuriers firent état des différentes conclusions de leurs divers rendez-vous. Tordek ne voulait même pas envisager la possibilité de la culpabilité d'un nain. Il commençait même à s'énerver du fait qu'il se retrouvait fâché avec lui par la faute de Marcus, quand il se souvint qu'ils avaient fait facturer le débarassage des cadavres à celui-ci, ce qui eut pour effet de le calmer. Cela dit, les nouveaux gardes du corps allèrent chercher le diplomate pour rejoindre le Stade, tandis que les autres y allèrent directement, et tous regardèrent le match de Bourrée, afin de se renseigner un peu plus sur ce sport. Le match du matin (les Ours de Cargenheim contre les Lapins d'Ersatine) fut assez intéressant, les outsiders lapins menant tout le match, avant de s'effondrer dans les dernière minutes. Au grand dam de Ferin qui avait misé quelques pièces sur eux (au vu des cotes qui garantissaient un gain record en cas de victoire), mais à la joie du diplomate, qui était manifestement partisan des favoris. Glanix, de son côté, eut un bref entretien avec son coach, qui lui décrivit le principal atout de leurs adversaires du jour : un massif demi-ogre, capable à lui tout seul d'écraser quelques adversaires de taille humaine. Le travail de Glanix serait de museler ce mastodonte (voire de l'éliminer complètement, si cela était possible). La tâche paraissait ardue, tant le demi-ogre était impressionnant à voir.
Pour la pause déjeuner du midi, les aventuriers se retrouvèrent à la même taverne que précédemment, qui servait un ragoût fort nourrissant (l'émissaire royal était rentré manger à l'hôtel, sous la garde de Cyrielle et Ferin). Tordek prit sur ses finances de payer anonymement un pichet de bière à l'équipe adverse de l'après-midi, qu'ils éclusèrent avec forces chansons. Visiblement, ils étaient assez confiants pour le match de l'après-midi. Cela ne laissait présager rien de bon. Marcus eut une idée:
" - Je sais que vous êtes réticents à toute forme de tricherie, Glanix. Mais peut-être pourrions nous mettre toutes les chances de notre côté, la fin justifie les moyens. Si jamais je pouvais user de mon sort de Charme-personne, je pourrais ordonner au demi-ogre d'attaquer illégallement un de vos coéquipiers, voire un des siens. Ceci faisant, le demi-ogre se ferait expulser du match! Ou alors, lui demander de se laisser tomber quand vous lui foncez dedans? Qu'en pensez-vous?
Glanix se tut de longues minutes après avoir ouï cette proposition. Tricher lui répugnait, mais d'autre part, la quête dont il était garant nécessitait sans doute des sacrifices, même si cela nécessitait d'enfreindre quelques principes qui faisaient son mode de vie sacerdocal.
- Vous avez peut-être raison, Marcus, même s'il m'en coute de le dire. Je fais confiance à votre puissante magie pour favoriser nos chances dans ce match."
Ces dures paroles prononcées, Glanix finit son repas sans un mot, et regagna ensuite le stade. Pendant ce temps, Marcus essaya de guetter si jamais le demi-ogre se retrouvait isolé, afin de déceler une opportunité pour lancer son sort. Malheureusement, les compagnons du pachyderme ne le lâchèrent pas d'une semelle, et Marcus se retrouva bientôt dans les tribunes en compagnie des autres, à attendre le coup d'envoi du match.
Se rendant que le brouhaha ambiant dissimulerait son enchantement, et que l'arbitre n'était pas attentif, le jeune mage lança enfin son sort. Le demi-ogre eut un changement d'attitude... mais impossible de dire si le sort avait marché!
Glanix, lui, n'avais pas prêté attention au jeune mage, il était tout à son match. Dès que le sifflet retentit, il fonça tête baissée vers le demi-ogre, le regard meurtrier. Il se trouvait à cinq mètres à peine, se préparant à l'impact, quand un de ses coéquipiers cria pour attirer son attention, et lui envoya la balle. Le prêtre détourna sa course, saisit la balle au vol, contourna l'adversaire, étrangement passif, et alla marquer grâce à un sévère coup d'épaule au dernier défenseur. A peine une minute avait passé, et Glanix menait déjà au score!
Rendu confiant par l'apparent immobilisme du demi-ogre, Glanix se rua sur lui dès la remise en jeu. Alors qu'il chargeait, et que l'impact était imminent, Marcus cria "tombe!" de toutes ses forces, et le mastodonte s'affala, alors même qu'un prêtre d'une centaine de kilos arrivé lancé sur lui. Le choc fut monstrueux, et les deux adversaires s'effrondrèrent dans un amas de chair. Le silence se fit sur le stade. Quelque secondes passèrent sans qu'aucun mouvement ne suive la terrible action, et finalement, un geste. C'était Glanix qui se relevait péniblement, et une fois debout, qui leva les mains au ciel en lançant un cri guttural. Le stade explosa de cris, d'encouragements et d'applaudissements tandis que l'arbitre vint constater le décès du demi-ogre. Celui-ci avait essayé de mordre Glanix au visage pendant la chute, mais dans un faux mouvement, s'était brisé les cervicales lors du contact avec le sol. L'entraîneur de son équipe, blasé de la perte de son meilleur élément, et ne se faisant pas d'illusion sur les chances de son équipe diminuée numériquement jeta l'éponge. La victoire était acquise.
La fête battait son plein à la taverne. Elphyr, Cyrielle et Ferin avaient du raccompagner un diplomate de fort mauvaise humeur à son hôtel, le résultat allant à l'encontre de ses paris. Par contre, Ferin et Marcus étaient forts joyeux : ils avaient non seulement misé sur la victoire de l'équipe de Glanix, mais aussi sur la chute du demi-ogre avant la fin du temps réglementaire, ce qui leur avait fait gagné beaucoup d'argent. L'ambiance était festive, mais les excès furent moindre qu'auparavant, personne n'ayant oublié la situation scabreuse dans laquelle ils s'étaient retrouvés. Cyrielle, surtout, ne touchait à aucune goutte d'alcool, et restait méfiante de quiconque l'approchait.
Une fois la soirée bien entamée, l'équipe décida de rentrer dormir chez Tordek. Chemin faisant, ils rencontrèrent les restes de l'équipe perdante, et le guerrier nain ne put s'empêcher de se moquer ouvertemment et bruyamment d'eux. Quelques insultes fusèrent, mais le nombre des aventuriers intimida les joueurs de Bourrée qui continuèrent leur chemin. Une fois arrivés chez Tordek, Cyrielle leur annonça qu'elle retournait à l'hôtel nain:
"- Je vous ai raccompagnés car je voyais bien que vous étiez sous les effets de l'alcool, et je m'en serais voulu s'il vous était arrivé quelque chose, mais j'ai été chargée de protéger l'émissaire du roi, et j'accomplirai ma mission diligemment."
Elle repartit donc tandis que les compagnons mettaient un peu d'ordre dans la maison de Tordek, qui s'était déjà affalé dans son lit et ronflait bruyamment. Pour avoir un peu plus chaud, les aventuriers mirent quelques vieilles chaises cassées dans l'âtre, et allumèrent un feu, tandis qu'ils commençaient déjà à s'endormir sur leur paillasse respective.
Cyrielle, quant à elle, se retrouva nez à nez avec les joueurs de Bourrée qu'ils avaient rencontré plus tôt. Ils reconnurent tout de suite la jeune fille, et se sentirent tout de suite plus courageux à quatre contre une. Ils se ruèrent sur la jeune moinesse, mais celle-ci les esquiva d'une rapide cabriole, et courut se réfugier à l'hôtel nain. L'hôtelier fut très courroucé de revoir un compagnon de Tordek, mais encore plus de voir débarquer 4 hommes en armes dans son hôtel. Ses cris et menaces firent reculer les malandrins qui ne se sentaient pas d'attaquer un nain chez lui, et Cyrielle réussit à négocier la possibilité de dormir sur place, en invoquant le contrat de protection qu'elle avait passé avec le diplomate demi-elfe. Elle dut cependant réveiller ce dernier, afin de récupérer l'avance que réclamait le maître d'hôtel, s'attirant des remarques acerbes et blessantes, mais qu'importait à la moinesse, elle avait accepté une tâche, et elle la mènerait à bien, quand bien même cela voulait dire tenir compagnie à un être aussi désagréable que cet orgueilleux courtisan.
Chapter XIII - The Show must go on
(ou "Amours, délices et Ogres")
Une fois les explications terminées, les compagnons prirent le parti d'aller interroger immédiatement le prisonnier, afin d'en savoir plus sur les événements de la nuit, et les motivations de leurs agresseurs. Ils entrèrent tous en même temps dans la chambre où reposait le guerrier, qui dormait, sans doute fatigué des nombreuses blessures qu'il avait reçu pendant le combat. Cyrielle se chargea de le réveiller à l'aide de quelques claques portées assez durement. La brute se réveilla, l'air paniqué, et mis quelques secondes à comprendre où il était. Son visage se ferma, et une sombre résignation s'immisca dans ses yeux.
" -Nous voulons savoir pourquoi vous nous avez attaqué cette nuit. Et qui a commandité cette attaque. Si vous parlez, tout se passera bien, commença Elphyr.
- Je ne dirai rien, vous pouvez me tuer, répondit l'homme.
- Vous pensez que nous ne sommes pas capables de vous faire de mal?"
Un sourire narquois répondit à ces mots, ce qui n'eut pas le gout de plaire à Glanix, qui caressait sa masse d'armes depuis qu'il était rentré dans la chambre. Il la brandit et réduisit la moitié du lit en petit bois.
"- La vengeance doit être appliquée! Cet homme doit mourir!"
Cette sortie impressionna le bandit, et une lueur d'effroi était maintenant visible dans son regard.
" - Je ne sais rien! Notre mission était juste de tuer l'occupant de cette chambre, on ne pensait pas atterrir sur une quelconque opposition!
- Qui vous a fait faire ça?
- Le contrat et l'argent ont été posté dans la boite aux lettres habituelle, je n'ai eu aucun contact avec le client!
- Vous ne le rencontrerez plus?
- Non! C'est pas comme ça que ça se passe, je vais pas prendre le thé avec mes clients, quand même!
- Donc vous ne nous servez à rien." conclut Glanix, avant de fracasser le crâne de l'homme couché. Tous les compagnons le contemplèrent, étonnés de la soudaine violence du prêtre.
" - Cet homme devait être condamné. Saint Cuthbert le jugera pour ses crimes. Je n'ai fait que ce qui devait être fait. Bon, on va manger quelque chose?"
Etonnamment, tout le monde n'avait pas faim, et les aventuriers se concertèrent sur la démarche à suivre. Le maître d'hôtel leur avait demandé de disposer des corps. Mais d'autre part, qui pouvait savoir que le représentant du Roi était dans cette chambre? Certains moyens magiques pouvaient permettre de le savoir, mais la seule personne physique à connaitre la distribution des chambres était le Maître d'Hôtel lui même. Et se promener en ville avec des cadavres pourrait attirer l'attention, même à cette heure matinale.
D'autre part, il était sans doute sage de rester auprès du diplomate : ce serait lui qui porterait la pierre, et s'attirer ses bonnes intentions pourrait être le meilleur moyen de se rapprocher de l'artefact..
Une décision fut prise : tandis que Glanix et Tordek iraient au Guet rapporter l'attaque qu'ils avaient subie, Cyrielle, Elphyr et Ferin mettraient leurs compétences au service du diplomate, pour le protéger d'éventuelles autres attaques. Marcus, lui, irait interroger le Maître d'Hôtel afin de voir s'il était au courant de quelque chose.
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Quand Cyrielle frappa à la porte, le diplomate ne mit pas longtemps à répondre. Il avait l'air assez tendu, toujours aussi distant et froid que la veille.
" - Que me voulez-vous?
- Nous voulions nous assurer que tout allait bien après les événements de cette nuit...
- Tout va bien.
Alors que la porte recommençait à se fermer, Cyrielle cala son pied dans l'embouchure pour la bloquer, et reprit la parole.
- Nous avons considéré avec mes amis que vous étiez quelque peu en danger, et nous nous proposions de mettre nos services à votre disposition, afin d'assurer votre protection d'ici à ce que vous receviez une escorte digne de votre rang pour la cérémonie.
- Contre rémunération, ajouta Ferin, ne perdant pas le nord.
Le demi-elfe parut songer à la proposition quelques secondes, en regardant les trois membres de l'équipe qui se tenaient en face de lui.
- Vous trois? Pas le petit nain teigneux que j'ai eu le malheur de rencontrer hier?
- Non, juste nous trois, répondit Cyrielle.
Après avoir jeté un regard dédaigneux à Ferin qui n'apparaissait effectivement pas comme le garde du corps idéal, le regard du représentant royal se posa sur Elphyr, et un léger hochement de tête montra son approbation.
- Au vu des événements de cette nuit, il serait peut être effectivement plus sage que vous assuriez ma protection. Je vous engage à raison de vingt pièces d'or par jour, vous ne me parlerez que quand je vous adresserai la parole, vous me suivrez où que j'aille, et vous vous portez garants de ma sécurité personnelle à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Il est bien sûr hors de question que vous pénétriez dans mes quartiers, mais vous résiderez autour. Est-ce d'accord?
- Nous acceptons, répondit Cyrielle, tandis que Ferin et Elphyr avaient tout de suite l'air moins confiants.
Le demi-elfe disparut quelques minutes, avant de revenir avec des contrats tout prêts, qu'il fit signer aux trois aventuriers.
- Vous reviendrez me chercher à 10h, nous irons voir le match de Bourrée de ce matin. Ne soyez pas en retard, je déteste attendre."
Sur ces paroles, il rentra dans sa chambre, en fermant lourdement la porte. Les compagnons se retrouvèrent seuls sur le pas de la porte, quelque peu désemparés, et un peu effrayés à l'idée de passer trois jours avec ce personnage largement antipathique à leurs yeux.
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Quand Marcus arriva devant l'accueil de l'hôtel, celui-ci était vide. A côté du guichet, une porte était fermée, et dessus, le jeune apprenti vit un écriteau où l'on pouvait lire "Occupé, ne pas déranger". Cependant, le jeune mage était pressé, et n'avait pas envie de repasser. Il n'était pas né le jour où un homme commun (ou un nain) ferait attendre un mage par son bon vouloir! Marcus s'approcha donc de l'huis, et frappa à coups répétés.
"- Qu'est-ce que c'est? demanda une voix endormie.
- Bonjour, je suis Marcus, le magicien, un client du dernier étage de votre hôtel. J'aurais quelques questions à vous poser concernant votre éventuelle implication dans les événements de cette nuit.
- Je dors, repassez plus tard!
- Non monsieur, ce n'est pas comme cela que ça se passe. Sortez, vous n'échapperez pas à cette discussion, ni à vos responsabilités.", répondit Marcus, d'un ton intransigeant.
Peut-être trop intransigeant se dit-il quand il entendit un rugissement de colère, et des lourds bruits de pas. Il recula de quelques pas, et fit bien, car la porte s'ouvrit à la volée, laissant apparaître un nain en guêtres, avec une hache de combat, et l'air furibond.
"- Vous osez me déranger dans mon sommeil?
- Oui, il s'avère que vous seul étiez au courant de qui dormait où dans cet hôtel. Ne seriez vous pas celui qui a refilé ces renseignements au commanditaire de l'attaque de cette nuit?
- Et vous m'accusez en plus? demanda le nain, visiblement hors de lui.
- Comprenez bien qu'une logique cartésienne pointe tout droit vers vous, et votre attitude qui n'est pas très coopérative n'est pas pour vous disculper! Je vous demanderai donc de vous calmer, et de répondre à mes questions, si vous ne voulez pas attirer les soupçons un peu plus sur vous." continua Marcus, d'un ton légèrement réprobateur.
A ces mots, le nain eut toutes les peines du monde à réfreiner ses pulsions meurtrières :
"-Dégagez de mon hôtel, et n'y remettez plus jamais les pieds. Tordek et ses amis ne seront plus les bienvenus ici, et surtout vous, si je vous revois dans ma bâtisse, je vous arrache les bras.
- Mais vous nous avez demandé d'enlever les corps, avouez que c'est suspect de votre part!"
Mais le nain n'entendit pas ces derniers mots (heureusement pour Marcus, qui n'avait pas encore très bien assimilé la susceptibilité naine), ayant déjà claqué la porte au nez de Marcus. Qui forgeait maintenant de lourds soupçons sur la personne de l'hôtelier. Il y réfléchit en se dirigeant vers la place du marché, point de rendez-vous avec les autres.
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Tordek marchait d'un pas décidé vers le Guet, en compagnie de Glanix. Les deux combattants n'ayant pas pris soin de laver les diverses taches de sang qui parsemaient leurs tuniques, leurs aspect faisait un peu peur à voir, et les quelques passants s'écartaient sur leur chemin. Quand ils arrivèrent au Guet, cependant, ils furent bien accueillis, le Nain étant assez connu dans la commune, et d'une probité renommée.
"- Que nous vaut l'honneur, Tordek? demanda le garde de permanence, qui était nonchalamment vautré sur un siège qui semblait assez confotable, en mangeant des cuisses de poulet.
- Nous venons faire état d'une agression.
- Oh? Dans notre belle ville? Et qui avez vous agressé?
- Non, interrompit Glanix, nous ne sommes pas les agresseurs, mais les victimes.
- ça se voit, dit le fonctionnaire d'un ton ironique qui eut le don d'agacer prodigieusement Tordek.
- L'attaque visait le représentant du roi.
- Et? Que venez vous faire là dedans?
- Nous nous sommes interposés, et avons occis les malandrins. Sauf un, qui a pris la fuite.
- Et le fuyard veut votre peau?
- Non, pas que nous sachions.
- Alors, en quoi cela nous concerne-t-il? Tout est bien qui finit bien, non?
A ces mots, Glanix verdit un peu.
- Vous allez tout de même ouvrir une enquête! Justice n'est pas faite! lança-t-il d'une voix assez aggressive, qui eut le ton de ne pas plaire au représentant des forces de l'ordre.
- Vous voulez une enquête? On va vous en donner une! Gardes, emmenez-moi ces deux là au trou, qu'on voit pourquoi ils ont tué des gens cette nuit!
Les gardes se rapprochèrent et mirent les mains sur les épaules des deux aventuriers. Glanix avait déjà la main sur sa masse d'armes lourdes (il aimait aussi peu que le nain que sa probité soit remise en cause), mais le nain calma le jeu.
- Non, non, attendez, nous nous sommes sans doute mal exprimés, laissez moi vous relater les faits de cette nuit plus en détail.
Le fonctionnaire lui fit un signe de la tête, et Tordek raconta alors assez en détail comment l'attaque de la nuit avait eu lieu. Le soldat du Guet n'avait visiblement pas le diplomate demi-elfe dans son coeur, mais il ne pouvait pas non plus fermer les yeux sur une attaque caractérisée sur un représentant de l'autorité.
- Donc si je comprends bien, l'attaque visait le représentant du roi? demanda le garde
- Oui.
- Et vous avez stoppé cette attaque?
- Oui.
- Les agresseurs sont tous morts ou en fuite?
- Oui.
- Ben on a bien fait notre boulot alors, non?
Tordek et Glanix mirent en jeu toute la mauvaise foi dont ils étaient capables.
-Oui...
- Parfait! On passera débarasser les corps. On va vous tarifer ça une pièce d'or par personne. Vous payez tout de suite, ou sur place?
Tordek commençait à son tour à porter la main sur sa hache, mais Glanix l'interrompit.
- C'est bien sûr l'hôtelier qui va couvrir ces frais, c'est son hôtel après tout."
Sur ces paroles, les aventuriers sortirent du poste du Guet après de brèves salutations, et ils se dirigèrent vers le point de rendez-vous, tandis que Glanix exprimait à Tordek à quel point il était indigné de l'incompétence des forces de l'ordre locales, qui n'étaient pas sans lui rappeler celle de sa ville natale d'Erose.
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Les aventuriers firent état des différentes conclusions de leurs divers rendez-vous. Tordek ne voulait même pas envisager la possibilité de la culpabilité d'un nain. Il commençait même à s'énerver du fait qu'il se retrouvait fâché avec lui par la faute de Marcus, quand il se souvint qu'ils avaient fait facturer le débarassage des cadavres à celui-ci, ce qui eut pour effet de le calmer. Cela dit, les nouveaux gardes du corps allèrent chercher le diplomate pour rejoindre le Stade, tandis que les autres y allèrent directement, et tous regardèrent le match de Bourrée, afin de se renseigner un peu plus sur ce sport. Le match du matin (les Ours de Cargenheim contre les Lapins d'Ersatine) fut assez intéressant, les outsiders lapins menant tout le match, avant de s'effondrer dans les dernière minutes. Au grand dam de Ferin qui avait misé quelques pièces sur eux (au vu des cotes qui garantissaient un gain record en cas de victoire), mais à la joie du diplomate, qui était manifestement partisan des favoris. Glanix, de son côté, eut un bref entretien avec son coach, qui lui décrivit le principal atout de leurs adversaires du jour : un massif demi-ogre, capable à lui tout seul d'écraser quelques adversaires de taille humaine. Le travail de Glanix serait de museler ce mastodonte (voire de l'éliminer complètement, si cela était possible). La tâche paraissait ardue, tant le demi-ogre était impressionnant à voir.
Pour la pause déjeuner du midi, les aventuriers se retrouvèrent à la même taverne que précédemment, qui servait un ragoût fort nourrissant (l'émissaire royal était rentré manger à l'hôtel, sous la garde de Cyrielle et Ferin). Tordek prit sur ses finances de payer anonymement un pichet de bière à l'équipe adverse de l'après-midi, qu'ils éclusèrent avec forces chansons. Visiblement, ils étaient assez confiants pour le match de l'après-midi. Cela ne laissait présager rien de bon. Marcus eut une idée:
" - Je sais que vous êtes réticents à toute forme de tricherie, Glanix. Mais peut-être pourrions nous mettre toutes les chances de notre côté, la fin justifie les moyens. Si jamais je pouvais user de mon sort de Charme-personne, je pourrais ordonner au demi-ogre d'attaquer illégallement un de vos coéquipiers, voire un des siens. Ceci faisant, le demi-ogre se ferait expulser du match! Ou alors, lui demander de se laisser tomber quand vous lui foncez dedans? Qu'en pensez-vous?
Glanix se tut de longues minutes après avoir ouï cette proposition. Tricher lui répugnait, mais d'autre part, la quête dont il était garant nécessitait sans doute des sacrifices, même si cela nécessitait d'enfreindre quelques principes qui faisaient son mode de vie sacerdocal.
- Vous avez peut-être raison, Marcus, même s'il m'en coute de le dire. Je fais confiance à votre puissante magie pour favoriser nos chances dans ce match."
Ces dures paroles prononcées, Glanix finit son repas sans un mot, et regagna ensuite le stade. Pendant ce temps, Marcus essaya de guetter si jamais le demi-ogre se retrouvait isolé, afin de déceler une opportunité pour lancer son sort. Malheureusement, les compagnons du pachyderme ne le lâchèrent pas d'une semelle, et Marcus se retrouva bientôt dans les tribunes en compagnie des autres, à attendre le coup d'envoi du match.
Se rendant que le brouhaha ambiant dissimulerait son enchantement, et que l'arbitre n'était pas attentif, le jeune mage lança enfin son sort. Le demi-ogre eut un changement d'attitude... mais impossible de dire si le sort avait marché!
Glanix, lui, n'avais pas prêté attention au jeune mage, il était tout à son match. Dès que le sifflet retentit, il fonça tête baissée vers le demi-ogre, le regard meurtrier. Il se trouvait à cinq mètres à peine, se préparant à l'impact, quand un de ses coéquipiers cria pour attirer son attention, et lui envoya la balle. Le prêtre détourna sa course, saisit la balle au vol, contourna l'adversaire, étrangement passif, et alla marquer grâce à un sévère coup d'épaule au dernier défenseur. A peine une minute avait passé, et Glanix menait déjà au score!
Rendu confiant par l'apparent immobilisme du demi-ogre, Glanix se rua sur lui dès la remise en jeu. Alors qu'il chargeait, et que l'impact était imminent, Marcus cria "tombe!" de toutes ses forces, et le mastodonte s'affala, alors même qu'un prêtre d'une centaine de kilos arrivé lancé sur lui. Le choc fut monstrueux, et les deux adversaires s'effrondrèrent dans un amas de chair. Le silence se fit sur le stade. Quelque secondes passèrent sans qu'aucun mouvement ne suive la terrible action, et finalement, un geste. C'était Glanix qui se relevait péniblement, et une fois debout, qui leva les mains au ciel en lançant un cri guttural. Le stade explosa de cris, d'encouragements et d'applaudissements tandis que l'arbitre vint constater le décès du demi-ogre. Celui-ci avait essayé de mordre Glanix au visage pendant la chute, mais dans un faux mouvement, s'était brisé les cervicales lors du contact avec le sol. L'entraîneur de son équipe, blasé de la perte de son meilleur élément, et ne se faisant pas d'illusion sur les chances de son équipe diminuée numériquement jeta l'éponge. La victoire était acquise.
***
La fête battait son plein à la taverne. Elphyr, Cyrielle et Ferin avaient du raccompagner un diplomate de fort mauvaise humeur à son hôtel, le résultat allant à l'encontre de ses paris. Par contre, Ferin et Marcus étaient forts joyeux : ils avaient non seulement misé sur la victoire de l'équipe de Glanix, mais aussi sur la chute du demi-ogre avant la fin du temps réglementaire, ce qui leur avait fait gagné beaucoup d'argent. L'ambiance était festive, mais les excès furent moindre qu'auparavant, personne n'ayant oublié la situation scabreuse dans laquelle ils s'étaient retrouvés. Cyrielle, surtout, ne touchait à aucune goutte d'alcool, et restait méfiante de quiconque l'approchait.
Une fois la soirée bien entamée, l'équipe décida de rentrer dormir chez Tordek. Chemin faisant, ils rencontrèrent les restes de l'équipe perdante, et le guerrier nain ne put s'empêcher de se moquer ouvertemment et bruyamment d'eux. Quelques insultes fusèrent, mais le nombre des aventuriers intimida les joueurs de Bourrée qui continuèrent leur chemin. Une fois arrivés chez Tordek, Cyrielle leur annonça qu'elle retournait à l'hôtel nain:
"- Je vous ai raccompagnés car je voyais bien que vous étiez sous les effets de l'alcool, et je m'en serais voulu s'il vous était arrivé quelque chose, mais j'ai été chargée de protéger l'émissaire du roi, et j'accomplirai ma mission diligemment."
Elle repartit donc tandis que les compagnons mettaient un peu d'ordre dans la maison de Tordek, qui s'était déjà affalé dans son lit et ronflait bruyamment. Pour avoir un peu plus chaud, les aventuriers mirent quelques vieilles chaises cassées dans l'âtre, et allumèrent un feu, tandis qu'ils commençaient déjà à s'endormir sur leur paillasse respective.
Cyrielle, quant à elle, se retrouva nez à nez avec les joueurs de Bourrée qu'ils avaient rencontré plus tôt. Ils reconnurent tout de suite la jeune fille, et se sentirent tout de suite plus courageux à quatre contre une. Ils se ruèrent sur la jeune moinesse, mais celle-ci les esquiva d'une rapide cabriole, et courut se réfugier à l'hôtel nain. L'hôtelier fut très courroucé de revoir un compagnon de Tordek, mais encore plus de voir débarquer 4 hommes en armes dans son hôtel. Ses cris et menaces firent reculer les malandrins qui ne se sentaient pas d'attaquer un nain chez lui, et Cyrielle réussit à négocier la possibilité de dormir sur place, en invoquant le contrat de protection qu'elle avait passé avec le diplomate demi-elfe. Elle dut cependant réveiller ce dernier, afin de récupérer l'avance que réclamait le maître d'hôtel, s'attirant des remarques acerbes et blessantes, mais qu'importait à la moinesse, elle avait accepté une tâche, et elle la mènerait à bien, quand bien même cela voulait dire tenir compagnie à un être aussi désagréable que cet orgueilleux courtisan.
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