dimanche 19 avril 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part X

La Compagnie en a appris un peu plus sur l'œuf magique qu'ils avaient récupéré et vont partir à la recherche des pierres manquantes à l'activation de l'artefact. Cela dit, la tâche n'est pas aisée, et la recherche nécessitera sans doute un travail ardu, et la rencontre éventuelle des assassins d'Angus Von Anorfol.

Chapter X - Let's Play
ou "Dansons la Bourrée"

- Bon, des pierres, il y en a une dans une cité volante, une autre dans une cité sous-marine et l'autre à Banghora. Vous pensez que ce sera laquelle, la plus facile à récupérer?, demanda Elphyr
- Banghora est ma ville natale. J'y connais du monde, et je sais m'y repérer, ce pourrait être un bon début pour notre quête, et elle me parait beaucoup plus accessible que les autres., affirma Tordek d'un ton péremptoire.
- D'autant plus que Maëllstrom Carédas nous a dit qu'elle était sans doute liée à une équipe d'un sport barbare qui se joue dans ces contrées. C'est déjà une bonne piste , acquiesa Glanix.
- La bourrée n'est pas un sport barbare!, interrompit Tordek. C'est tout un art qui demande réflexion, tactique et technique. Les athlètes se doivent d'être affutés aussi bien au niveau de l'intelligence que du physique. Voyez...
Le nain se lança alors dans un monologue, vantant les multiples et divers mérites de la Bourrée, devant un auditoire peu concerné. Il perdit toute attention de quelques minutes, mais ne s'en rendit pas compte, et continuait à exprimer ses vues sur les façons variées de viser la victoire dans ce sport viril, qu'il semblait beaucoup apprécier. Alors qu'il reprenait sa respiration, Marcus réussit à l'interrompre.
- Par quel moyen comptez-vous vous rendre à Banghora? Cette ville se trouve au sud d'Erose si je ne m'abuse, et cela demanderait des semaines de voyages, et impliquerait de repasser dans les régions sauvages que nous avons déjà traversées... Peut-être pourrions nous demander à Maellström de nous offrir ses services afin de nous téléporter directement dans la ville en question?

Cette solution avait le mérite de la facilité, et surtout de la rapidité. Ainsi, Marcus réussit après quelques négociations dont le reste de l'équipe ne sut pas le détail, à obtenir un parchemin de téléportation. L'apprenti magicien demanda alors au nain de se concentrer sur l'image d'un endroit reconnaissable de Banghora, et lut à voix haute les formules cabbalistiques inscrites en runes d'or sur le parchemin. Sa voix semblait plus profonde et plus grave, et de plus en plus forte au long de la lecture. Sur les dernières syllabes, Marcus criait presque, et quand il prononca le vocable d'éxécution, toute l'équipe put voir...
Rien.
Rien du tout.
Même pas un nuage de fumée.
Tous les compagnons étaient restés au même endroit, tandis que Marcus regardait autour de lui avec un air hagard. Apparemment, le sortilège n'avait pas marché. Alors que Tordek commençait à grommeler ses éternelles litanies contre la magie, et que Ferin râlait ouvertement, Marcus retourna voir le magicien pour essayer d'obtenir un autre parchemin.
Il revint l'air penaud.
- Bon, j'ai réussi à obtenir deux autres parchemins de téléportation, mais ce sont les derniers. Nous allons essayer de faire marcher ça plus efficacement, il faudrait que Maitre Nain me décrive l'endroit avec précision, afin que je puisse le visualiser aussi pendant que je lis le sort.
- ça nous a couté combien, demanda Tordek, toujours un peu près de ses économies.
- Oh, seulement 2000 pièces d'or sur les 5000 que nous gagnerons avec les pierres.
Il fallut une bonne dizaine de minutes pour que le nain arrive à articuler une phrase, ayant apparemment été victime d'une crise d'apoplexie en entendant le prix qu'avait couté leur premier échec. Après cela, il fallut attendre une petite demie heure pour que le nain arrête de bouder, et consente à décrire l'endroit d'arrivée.
- Le plus facile serait d'arriver au milieu du stade, c'est assez reconnaissable. C'est une grande pelouse de 370 pieds de longs sur 120 de large. Sur les côtés, plusieurs rangées de gradins en pierre, et en bois derrière les points de marquages. Au loin, on peut deviner les Monts Graduels, et au Nord Est, on voit le haut du clocher de l'Eglise d'Oba-haï.
Marcus, le teint concentré, écoutait religieusement ses indications. Une fois qu'il fut sûr de bien visualiser l'endroit, il recommença à incanter de la même façon que précédemment, à la différence près que cette fois, la réalité autour d'eux sembla d'une façon indescriptible se distordre, et ils se retrouvèrent soudain au milieu d'un stade.
Et un homme fonçait sur Glanix, dans la manifeste volonté de l'agresser. Le prêtre, surpris dégaina sa masse d'armes lourde, et tenta de lui en porter un coup, mais il n'en eut pas le temps, l'homme, de forte corpulence et torse nu, se jeta sur Glanix.
Et s'abattit lourdement sur le sol, après s'être apparemment cogné le crâne contre l'armure d'écaille du religieux. Un regard sur le corps inerte étendu à terre suffit pour constater l'évidence : l'homme s'était rompu le cou dans le choc. Et cela ne semblait pas plaire à ses accolytes, d'autres hommes torse nu sur le terrain, qui se rapprochaient à grande vitesse, ni à la foule massée sur les gradins entourant la pelouse où était arrivée la compagnie, qui hurlait, sifflait et criait à tout va, ni à l'homme habillée dans une veste rayée de noir et de blanc, qui soufflait d'un petit outil en bois d'où émanait des bruits stridents, et qui agitait des bras en tous sens.
Alors que toute la compagnie commençait à dégainer ses armes, et à se préparer à un inégal combat, Tordek réalisa où ils étaient, et cria sur ses compagnons:
- Arrêtez, arrêtez! Ne vous servez pas de vos armes! Nous sommes arrivés en plein match de bourrée! Nous ne devons pas abîmer ces gens, ou nous serons lynchés!
Effectivement, la bronca du public était impressionnante, et l'arbitre (car apparemment, c'était la fonctionde l'homme en noir et blanc) et un officiel arrivèrent, et emmenèrent les compagnons dans un couloir taillé sous les tribunes pour discuter au calme.
- Bon, pourquoi vous tuez mes joueurs, vous? demanda le petit homme bourru, apparemment assez convaincu de sa propre importance
- Heu, c'est plutôt lui qui s'est tué tout seul, protesta Glanix
- C'est la même chose! Maintenant, il nous manque un joueur pour finir le match, et il va bien falloir le remplacer! Sinon, on va se faire lyncher par la foule et les spectateurs. Dire qu'en plus, on était bien partis pour le gagner facilement, ce match... Vous avez une solution, messieurs "j'apparais au milieu des matches", ou on vous livre en patûre à la foule en colère?
Même si les compagnons n'aimaient pas trop le ton de l'entraîneur, il apparassait assez clair qu'il allait falloir faire quelque chose pour éviter de subir le courroux d'une foule en délire.
- Nous pourrions peut être vous fournir le joueur qu'il vous manque, pour continuer le match?, proposa Tordek d'un air plein d'espoir.
- Excusez-moi, mais je pense que vous êtes un petit peu petit pour ce genre de sports... Non, lui, il aurait le bon gabarit, répondit l'entraîneur, en désignant Glanix.
- Je ne vais pas m'amuser à jouer à des jeux alors que nous sommes là pour récupérer la pierre!
- Un jeu? C'est pas un jeu la bourrée! Et il y aurait une récompense à la clé! Y a de l'or en jeu.
Tordek reprit la parole:
- Excusez-moi, mais avec le titre de la coupe, il y a pas une pierre précieuse?
- Précieuse? Ben y a bien le caillou vert, mais si il est passé de génération en génération, c'est bien parce qu'il est pas très précieux. C'est plutôt un truc symbolique, j'imagine.
- J'aimerai consulter mes amis!
Le groupe se retira dans une salle dont la porte était gardée.
- Ecoutez, la pierre que nous cherchons, c'est un des trophées qui est transmis avec la victoire de la coupe. Si nous nous infiltrons dans l'équipe, et que nous participons à la victoire, nous rentrerons en possession de la pierre, n'est-ce pas d'une simplicité enfantine? s'excita Tordek
- Sinon, moi, je pense que je pourrais la dérober aisément, hein. dit Ferin
- Ce ne serait pas juste, annonça Glanix. Je pense qu'il est effectivement plus sage de faire les choses dans l'ordre.
- Surtout qu'on ne voudrait pas se mettre toute la ville à dos en s'enfuyant, rajouta Cyrielle.

Ainsi fut décidé. Glanix fut déshabillé de ses armes et armures, tandis que Tordek essayait de lui inculquer les rudiments de la bourrée.
- Il est interdit de frapper, mais tu peux mettre à terre qui tu veux. ça se joue à 7 contre 7, le but étant d'amener la balle dans le cercle qui se trouve au bout du terrain adverse. Toi tu joueras attaquant, c'est à dire que tu es censé amener le ballon de l'autre côté, et si jamais l'autre équipe s'en empare, tu cours derrière celui qui l'a piqué, et tu l'étales. Si tu as le ballon, cours vers le cercle adverse. Si tu ne l'a pas, essaye de protéger ton collègue qui l'a. Vous menez 2-1, et il reste à peine 5 minutes, ça devrait être jouable!
Glanix avait cependant du mal à saisir les subtilités du sport : pour lui, s'il fallait amener la balle de l'autre côté, pourquoi ne pas taper les gens qui l'en empêchaient. De plus, il avait du mal à saisir la notion d'arbitre.
- Je ne vais pas me laisser ordonner des trucs par un espèce d'escogriffe déguisé en zèbre, disait-il à haute voix, non loin de l'arbitre. Il n'est même pas représentant d'une autorité quelconque.
C'est Cyrielle qui trouva les mots justes.
- C'est un espèce de prêtre du sport, si tu préfères. L'autorité morale. Si tu rejoins le sport, tu dois te conformer à ses rites.
A partir de ce moment, Glanix fut à l'écoute de l'arbitre, et lui parla d'un ton extrêmement respectueux, ce qui étonna quelque peu le maître de jeu qui officiait.

Glanix se mit sur le terrain, juste en face d'une tranchée profonde et large (comme celle de Cyrielle) d'un mètre, qui délimitait les deux zones de jeu. Il était à côté d'un joueur de son équipe, qui lui dit de l'imiter et de le suivre, étant donné que leurs postes étaient jumelés. Tordek, Cyrielle et Elphyr s'étaient mis sur le bord du terrain pour suivre le match, tandis que Ferin et Marcus étaient montés dans les gradins, et Ferin essayait de faire l'éducation alcoolique de Marcus, et avait déjà commandé des bières.
L'arbitre siffla la reprise du match, et lança le ballon dans les mains de Glanix. Celui-ci, se comportant comme on lui avait conseillé, se lanca directement vers l'avant, le ballon à la main. Il sauta au dessus du fossé avec aisance, et chargea d'un grand coup d'épaule l'adversaire qui lui faisait face, avant d'en écarter un autre d'un raffut de la main. Son coéquipier qui le suivait était en train de mettre un autre joueur à terre. Glanix continuait de courir, et se retrouva en face d'un gigantesque demi-orque, qui le plaqua rudement à terre. Le ballon lui échappa alors des mains, pour aller rouler à quelques mètres. Le demi-orque se releva, et se retrouva nez à nez avec un joueur adverse. Les deux adversaires s'empoignèrent et se roulèrent à terre, aucun des deux ne voulant lâcher l'autre.
Glanix en profita pour se relever, et, titubant encore un peu du choc terrible qu'il venait de recevoir, il récupéra le ballon, et alla dans la zone d'en-but, validant ainsi un point de plus pour son équipe. La foule exultait, tandis que ses coéquipiers le félicitaient, et que Tordek s'égosillait à en perdre la voix sur le bord du terrain.
L'arbitre siffla peu après la fin du match : la victoire était acquise.



mercredi 8 avril 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part IX

Après la rencontre avec une puissante sorcière qui s'est étonnamment bien passée, Cyrielle commençant à savoir maîtriser ses pulsions meurtrières et Tordek son caractère difficile, la compagnie avait établi le camp pour la nuit en bordure d'un ancien cimetière Kobold. Le temps était clément, et la voûte céleste étoilée: la nuit s'annonçait tranquille.

Chapter IX - The Tower of Magic
ou "La nuit des Morts-Vivants"

Tout le monde avait tranquillement installé sa paillasse, et les tours de gardes avaient consensuellement instauré, tout se passait donc bien et Tordek, se sentant rassuré d'être un peu éloigné de l'insistante sorcière, était tranquillement adossé à un rocher taillé dans le temps par une quelconque tribu kobold. Il avait tiré sa bouffarde de son sac, et crachait de grands ronds de fumée en parcourant mentalement son livre de vengeance*, et essayant de déterminer quelle serait sa priorité une fois qu'il aurait fait couler le sang de l'assassin de son oncle.
Les habituels bruits de la forêts furent soudain troublé par un son étrange: une sorte de tremblement résonnait doucement, et s'amplifiait peu à peu. En cherchant la source de cette anomalie, le nain vit que son sac brillait d'une lueur verdâtre : tout ceci provenait de l'oeuf, qui semblait de nouveau déborder de magie.
Conscient (et fier) de son incompétence dans le domaine de la magie, outil méprisable pour les personnes trop lâches pour se battre, Tordek partit réveiller Marcus.
- Jeune homme, il faut que vous vous réveilliez, il y a quelque chose qui se passe avec mon héritage!
Pendant que Marcus se réveillait difficilement, d'autres bruits se firent entendre. Cela ressemblait à des grattements, et provenait du cimetière. En regardant dans la direction des tombes les plus proches, le guerrier nain put voir, grâce à sa nyctalopie, le sol remuer et une main squelettique commencer à se frayer un chemin à travers les amas de terre : les Morts se levaient!
Suivant le regard de Tordek, un Marcus vaseux mit quelques minutes à comprendre la situation. Mais une fois l'information ayant percé les brumes de son cerveau encore à moitié endormi, cela fit l'effet d'une douche froide au jeune magicien, qui poussa un cri perçant ("de pucelle", aurait commenté Tordek). Cela eut pour effet de tirer du sommeil tout le groupe, qui eut des réactions diverses devant la situation. Si Elphyr jaugea les conditions calmement, à l'image de sa moitié elfique, et que Cyrielle se posa directement avec sa maîtrise habituelle en position de combat, Ferin et Glanix réagirent avec moins de sang froid. Alors que Ferin rassembla toutes ses affaires en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, Glanix commença à invoquer toutes sortes de malédiction à l'encontre des morts-vivants, véritable négation de toutes ses croyances.
Toute désordonnée que fut son intervention, son invocation de l'esprit de Saint-Cuthbert eut pour effet de stopper (momentanément tout du moins) le retour à la vie des dépouilles Kobold. La compagnie en profita pour se lancer à la suite de Ferin dans un retrait stratégique. Ce même Ferin qui, dans son empressement de s'éloigner du danger potentiel, avait trébuché sur une racine, et avait atterri à quelques centimètres d'une pierre tombale, manquant de peu de se fracturer le crâne. En se relevant, il aperçut un collier serti d'une pierre précieuse d'une valeur moyenne, qu'il empocha par réflexe, avant de recommencer à courir.
L'équipe, qui avait commencé au pas de course, ralentit progressivement le pas, à mesure que le cimetière s'éloignait, et que la fatigue gagnait l'équipe, qui avait très peu dormi. Après trois quarts d'heure de marche forcée, la compagnie se jugea assez loin du cimetière pour pouvoir faire relâche, et refit son campement. Tout le monde essaya de regagner le sommeil sous la garde vigilante de Glanix, trop excité pour dormir.
Le repos ne fut que de courte durée. En effet, à peine une quinzaine de minutes plus tard, une forme éthérée, flottant doucement dans l'air, s'approcha clairement du groupe. Elle semblait se diriger vers Ferin. Alors que Glanix beuglait de sa puissante voix pour réveiller tout le groupe, Ferin recula en rampant, en fixant avec des yeux horrifiés l'apparition, qui continuait à se rapprocher de lui. Elle ne semblait pas menaçante aux premiers abords, mais clairement désireuse de quelque chose. Tordek essaya de lui donner un coup de hache qui la transperça sans effet, et Glanix invoqua l'esprit de son Dieu afin de l'éloigner, mais sans effet.
Ferin, saisi d'une impulsion soudaine, prit le collier qui était resté dans sa poche, et le lança en direction d'un Marcus interloqué. Ceci eut pour effet de dissiper toute attention que l'esprit avait pour Ferin, et le rapporter vers le joyau et Marcus. L'apprenti magicien, voyant cela, s'écarta au plus vite du bijou ancien. L'ectoplasme ne paraissait plus du tout s'occuper des humains qui l'entouraient, et fixa avec insistance l'objet, qui se souleva du sol lentement, et repartit avec l'esprit dans les profondeurs des bois, laissant les aventuriers seuls et désemparés.
Ferin fut l'objet de moults reproches de la part de toute l'équipe pour avoir récupéré un objet sans en parler à personne, et l'avoir caché plus tard à tous ses équipiers, mais il promit que c'était la seule et dernière fois que ça lui arriverait, et toute la compagnie, jugeant que le roublard avait fait amende propre, cessa ses reproches.
Ceux qui se sentaient capables de retourner dormir s'y essayèrent, tandis que les autres montaient la garde, après cette nuit extrêmement courte. Au petit matin, ce fut une entière compagnie fatiguée qui reprit la route. Il n'y avait maintenant plus de chemin à suivre, et la communauté devait suivre les instincts de guide d'Elphyr pour se retrouver dans les bois. Ce qui les amena à se perdre plus d'une fois, et moults reproches s'échappèrent des bouches des aventuriers excédés quand ils se retrouvèrent au marais qu'ils venaient de quitter, sous l'égide hésitante d'un demi-elfe égaré. Finalement, ils atteignirent l'orée nord du bois à la demie journée, et purent voir au loin sur un plateau la tour du mage qu'ils recherchaient.
Le plateau semblait extrêmement haut, et difficilement accessible. Un accès avait pourtant été aménagé : un escalier montait le long d'un piton rocheux qui était relié au plateau à l'aide d'un pont. Ne voyant pas d'options pour franchir le dénivelé, les aventuriers grimpèrent les marches une à une, pour arriver à une plate-forme installé au sommet. D'ici, ils pouvaient s'engager sur le pont, qui donnait sur une porte creusée à même la roche, et gardée par un lourd guerrier tenant une hallebarde.
Celui-ci, voyant arriver le groupe demanda d'une voix caverneuse:
- Qu'est-ce que vous venez faire ici?
- Nous venons solliciter un entretien avec le seigneur Maellström, nous avons des questions que seul son immense savoir pourrait appréhender, répondit Glanix, auto-proclamé diplomate du groupe.
- Attendez là! répondit sèchement le garde, avant de rentrer par la porte qu'il leur claqua au nez.

Les aventuriers attendirent une trentaine de minutes avant de voir revenir le garde, qui leur lança un bref "Suivez moi", avant de tourner le dos, et de les guider à travers de longs couloirs. La marche dura une bonne dizaine de minutes, à travers de nombreux escaliers et couloirs. Tous les compagnons s'étaient perdus, mais ils avaient bien senti qu'il montaient au fur et à mesure. Ils étaient passés de couloirs souterrains à la tour, dans laquelle ils montaient maintenant.
Ils arrivèrent enfin dans une grande salle très haute de plafond, bordée de géantes bibliothèques, et au bout de laquelle siégeait derrière un grand bureau d'ébène, un vieillard de toute apparence magicien.
-Dites moi ce qui vous amène, et partez, je n'ai que faire de la compagnie de gueux de votre espèce.
Cette entrée en matière ne fut du goût de Tordek, déjà mal disposé envers les magiciens à l'origine, et il prit le parti de se taire. Ses compagnons, voyant son mutisme, ne purent se décider à parler à sa place de l'oeuf, et un silence embarassant suivit.
- Je pense donc que vous venez pour l'oeuf qui est situé dans le sac du petit homme. Donnez le moi.
Ceci n'était pas une question, mais un ordre, et Tordek sentit que l'oeuf commençait à se mouvoir. Plutôt que de resubir l'humiliation qu'il avait vécu dans son dernier face à face avec un sorcier émérite, le nain prit le parti de tendre délibérément au sorcier son héritage.
- Moui, je crois que je vois de quoi il s'agit. Attendez un instant.
Un livre sortit d'une des bibliothèques des étages supérieurs, et atterrit ouvert sur le bureau. Le sorcier le déchiffra rapidement, et reprit.
- Oui, je vois de quoi il s'agit. Mais avant d'en parler, expliquez-moi ce qui vous a mené ici.
Marcus prit alors la parole, et expliqua son entretien avec son maître (ce qui eut l'air d'intéresser Maellström) et résuma rapidement les circonstances de la découverte de l'oeuf, ainsi que leurs aventures depuis qu'ils l'avaient récupéré (ce qui eut l'air d'ennuyer fantastiquement le magicien, peu doué pour dissimuler son ennui).
- La pierre que vous avez trouvé sur le cadavre du nain est en fait une pierre de Vie. Comme chacun sait, elle attire donc les morts-vivants, ce qui explique votre mésaventure avec des squelettes kobolds. La légende qui entoure cet artefact fait état de 5 pierres à insérer dans l'oeuf représentant la Vie, le Courage, la Force et la Sagesse.
- Heu ça fait 4, constata un Marcus, toujours à l'affût.
- Oui, on ignore tout de la cinquième. Quiconque insérerait les cinq pierres dans l'oeuf acquirait la toute puissance... J'avoue que je suis assez intéressé. Je serais prêt à vous payer une petite fortune si jamais vous me rameniez les pierres...
- Cela ne nous intéresse pas, nous devons désactiver cet oeuf maléfique! répondit directement Cyrielle, encore emplie de sa mission
- Ne dites pas de bêtises, chère demoiselle, il serait inutile et contre-productif de désactiver cet oeuf avant de savoir ce qu'il fait.
- De plus, partir à la recherche des pierres pourrait être la meilleure solution pour trouver le criminel qui doit sans doute être lui aussi à la recherche de celles-ci, avança Glanix.
Tordek, à l'écoute de cet argument, déclama d'une voix forte:
- Le sort est scellé, nous partirons à la recherche des pierres, si vous nous dites où elles sont, magicien.

Et ainsi, alors que toute l'équipe était traversée de diverses pensées, la quête des pierres magiques commençait.




*Tradition naine qui consiste à tenir à jour par écrit un récapitulatif de toutes les offenses faites à un nain et à son clan, afin de commémorer l'outrage et de pouvoir demander réparation le moment venu. La vengeance est un plat qui se mange froid, et est une institution chez les nains. Le livre en lui-même est surtout un symbole, les nains ayant une très bonne et longue mémoire en ce qui concerne les rancoeurs.

dimanche 5 avril 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part VIII

Après avoir tenté de passer par la montagne, et s'être fait vertement refuser le chemin par des hordes de Gobelins, la Compagnie se retrouve dans la forêt habitée par une redoutable sorcière...

Chapter VIII - Witch in the Wood
ou "Promenons nous dans les bois"

Les aventuriers étaient fort fatigués de leur affrontement contre les Gobelins, et le soir commençait à tomber, mais ils décidèrent pour plus de sécurité de s'aventurer un peu plus avant dans les bois. Dès qu'ils trouvèrent une clairière non loin du chemin, pratique à défendre en cas d'attaque et propice à l'installation d'un campement, ils s'arrêtèrent. Elphyr, très à son aise dans les bois, partit rapidement, et revint peu après avec deux lapins.
- Cela nous permettra de faire un peu plus bonne chair qu'avec nos rations de survie. Quelqu'un se sent-il prêt à les accommoder?
- Oui, je peux me targuer d'être assez bon cuisinier à mes heures, laissez-moi faire!, dit Glanix.
Après une attente de quelques dizaines de minutes, et que le prêtre ait rejeté toutes les offres d'aide qui lui étaient faites, ce dernier s'avança vers ses camarades.
- Heu, j'ai fini. Bon, j'espère que vous les aimez bien cuits, car je les ai peut-être laissés un tout petit peu trop longtemps sur le feu.
Il s'avéra en effet que les deux lapins étaient maintenant réduits à l'état d'amas de carbone, et étaient simplement immangeables, même pour Tordek, pourtant pourvu du peu de discernement gustatif caractéristique à sa race. C'est donc d'assez mauvaise humeur, après avoir mangé du bout des lèvres des fades rations de survie que la compagnie sombra dans le sommeil, après avoir instauré des tours de garde.
Assez rapidement, des mouvements se firent deviner non loin du feu de camp, et des yeux rouges contemplaient la troupe avidement : les loups avaient été attirés par les odeurs, mais se tenait à distance respective du feu. C'est pendant le tour de garde de Tordek qu'un loup, plus audacieux que les autres, essaya d'aller mordiller Glanix. Celui-ci, dans un demi-sommeil, saisit sa masse d'armes lourde, éclata la gueule de l'animal, avant de se rendormir en maugréant. Les autres loups en furent effrayés, et le reste de la nuit fut tranquille.

Le lendemain, les aventuriers se remirent en route après une nuit peu réparatrice, et d'humeur quelque peu maussade. Ils continuèrent sur le chemin qui menait tout droit vers l'est. Arrivés non loin de midi, Elphyr repartit à la chasse vers le sud du sentier, afin de trouver du gibier capable d'agrémenter le menu. Après quelques heures d'attente, les compagnons virent revenir le demi-elfe par le nord. Il maugréa des excuses inintelligibles pour expliquer son retard (il voulait apparemment cacher le fait qu'il s'était égaré, faisant mentir la réputation des rôdeurs en matière d'orientation), mais avait trouvé un étrange sanctuaire. Entendant cela, toute la troupe décida de s'y rendre, afin de statuer sur l'étrangeté et le danger possible d'un tel site.
Après que le demi-elfe se fut perdu encore une fois en menant la troupe, ils finirent par retrouver les pierres disposées dans des positions étranges, avec divers signes cabalistiques gravés ça et là.
- C'est ça, votre sanctuaire étrange? se questionna Marcus. C'est un simple cimetière Kobold! Pas de quoi s'étonner plus que ça.
Effectivement, rien de particulier n'attirait l'attention, et il était inutile de s'attarder plus longtemps dans les lieux. De plus, le brouillard et la proximité du marais qui recouvrait visiblement certaines parties de l'ancien cimetière rendaient l'atmosphère oppressante. Les tombes semblaient dater de plusieurs dizaines d'années au moins, et tout ce qu'il y avait à prendre avait sans doute déjà été subtilisé par des maraudeurs de passage. Les compagnons repartirent vers le chemin pour trouver une terre plus accueillante pour manger la perdrix et le lapin qu'avait tué Elphyr au gré de ses promenades.

Après un bon repas (préparé par Cyrielle qui avait la main plus heureuse que Glanix en matière de cuisine), la troupe arriva bientôt à une intersection : deux chemins partaient, un vers le sud, qui repartait vers Erose, et l'autre vers le Nord, où l'on pouvait voir une pancarte "DANGER : passez votre chemin". Les aventuriers se concertèrent: la nuit allait tomber d'ici une heure ou deux, et il paraissait dangereux d'arriver à la tombée de la nuit dans le domaine inconnu de la sorcière. Sur la carte que possédait Marcus, un campement de bûcherons était indiqué, un peu plus loin vers le sud, et la compagnie décida de s'y rendre pour prendre quelques renseignements et un peu de repos avant un parcours sûrement compliqué.
Ils arrivèrent à ce campement à la tombée de la nuit, et y trouvèrent bon accueil : les travailleurs locaux, quoique rustres, étaient hospitaliers, et offrirent gîte et nourriture aux voyageurs pour une somme réduite. Ils purent même obtenir des renseignements sur la sorcière de la forêt.
- Ah ça pour sûr, elle est pas commode quand on lui manque de respect. Elles nous embauchent une fois l'an pour lui refaire son potager, voyez. Et vaut mieux y aller, c'est comme ça qu'ça s'passe. On lui fait son potager, elle nous paie un peu, et le reste du temps, elle nous laisse tranquilles. Moi ça m'dérange pas de l'avoir loin de moi, hein. C'est le Roger, un an, il était pas bien content du salaire, et l'est allé le dire à la vieille. Pas la meilleure idée qu'il est eue, mais faut dire, il taquinait un peu de la bouteille un peu trop tôt le matin, ça aide pas à réfléchir. Et ben, à la place de Roger, y avait un lapin après. Sacrément goutu, d'ailleurs. Y a pas grand monde qui l'a regretté, hein, surtout pas sa femme qui a pas tardé à le remplacer, mais bon, tout ça pour dire que la vieille, faut s'en méfier et être poli mais sinon ça va.
Après une soirée à manger et à boire avec des bûcherons contents d'apprendre les nouvelles de la région, les aventuriers partirent assez tôt se coucher dans les différentes couchettes qui leur avaient été prêtées. La nuit fut reposante (même si les gémissements bruyants provenant de la chambre des propriétaires des lieux gêna les aventuriers, surtout Marcus qui fut fort troublé) à s'endormir.
Le lendemain à l'aube, la troupe repartit de bon pied vers le Nord, et après quelques heures de marche, s'engagea profondément dans les marais, sur un chemin parsemé d'écriteaux menaçants. Arrivés dans un secteur où des planches de bois vermoulues servaient de ponts entre les divers îlots du marais, un singulier décor leur apparut. A une quinzaine de mètres, il y avait une intersection, et sur le chemin qui s'écartait ostensiblement du sentier principal, des planches disposées au petit bonheur la chance sur les marais amenait à une petite maison assez vétuste. Devant le carrefour, au milieu du chemin, se tenait immobile une vieille dame habillée en noir, qui les fixait du regard.
Elle semblait assez vieille, et avait du être très belle à son époque, et surtout emplie d'un certain pouvoir. D'une voix autoritaire, alors que l'équipe s'était arrêtée en silence, elle demanda
- Vous prendrez bien le thé chez moi?
Et sans attendre une quelconque réponse, elle se dirigea d'un pas leste et précis vers la maison. Après un instant d'hésitation, les aventuriers la suivirent, soucieux de ne pas vexer leur hôte. Mais si le passage sur les planches ne posa pas de problème au roublard ou au mage, Tordek glissa de la planche, et tomba dans les marais poisseux, entraînant Elphyr dans sa chute. Alors que les deux aventuriers remontaient péniblement sur les planches, aidée par Cyrielle qui leur tendait un bâton, Tordek se fit mordre à la cuisse par un énorme serpent, qui devait faire en longueur deux fois la hauteur du nain.
- Je serais vous, j'éviterai de jouer avec les serpents, ils sont assez agressifs, dit la sorcière sans se retourner, avant d'entrer dans la maison.
Les compagnons la suivirent, et entrèrent dans la maison pour trouver une table entièrement dressée pour le thé, avec une place pour chacun d'eux. Ils engagèrent la conversation d'un ton respectueux, et la sorcière se montra assez amicale, répondant aux politesses de Glanix et aux questions sur le thé de Cyrielle assez cordialement. Elle eut même tendance à être très proche d'un Tordek de plus en plus mal à l'aise, tandis que la dame étudiait sa blessure avec moult caresses. Cependant, après un silence de quelques secondes dans la conversation, le ton de sa voix se durcit, et elle reprit la parole:
- J'aimerais maintenant que vous me disiez ce que vous venez faire dans la région. Les visiteurs sont rares et je m'en accommode bien, et je n'aimerais pas que n'importe qui passe par chez moi pour faire n'importe quoi.
- Nous sommes à la recherche d'un mage, ancien ami de mon maître, commença Marcus avant que quiconque n'ait pu l'arrêter.
- Vous êtes mages? demanda la sorcière d'un ton soudain glacial.
- Heu ce jeune homme est juste apprenti, et comme vous pouvez le voir, nous autres ne sommes pas mages, nous n'avons même pas de chapeau! s'empressa de répondre Ferin, peu rassuré.
- Je n'aime pas trop les mages. Et encore moins Maellström, puisque j'imagine que c'est de lui que vous parlez.
- Ah vous le connaissez?, s'enquit Glanix.
- Je l'ai connu. Autrefois, il me rendait souvent visite, quand il venait chercher des cadavres Kobold dans le cimetière, et nous vivions une relation passionnée.
Elle continua quelques minutes dans un récit passionné des divers détails de ses relations sexuelles d'antan avec Maellström, description qui fit rougir Glanix et Marcus jusqu'aux oreilles.
- Mais depuis une dizaine d'années, plus rien. Trop vieille, j'imagine. Plus intéressante. Si vous allez le voir, dites lui bien que je l'emmerde profondément, ce vieux con!
Elle s'enferma alors dans un semi-mutisme, et ne répondit aux questions que par syllabes, et la Compagnie ne tarda pas à prendre congé, en multipliant les politesses et les compliments avant de se retrouver sur le chemin du retour. Tordek confirma ses talents d'agilité en retombant dans le marais, mais réussit à éviter cette fois la morsure de serpent. Toute la troupe établit ensuite un campement pour la nuit non loin du cimetière, comme conseillé par la sorcière pour passer la nuit. Le soulagement était cependant palpable : ils avaient réussi à ne pas énerver la femme colérique, et pouvait prévoir la fin de leur voyage d'un œil plus tranquille.