mardi 26 mai 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XII

Après une nuit agitée par les excès d'alcool et de violences, la Compagnie se réveille désemparée, dans un hôtel luxueux de la ville natale de Tordek. L'objectif reste le même : s'emparer d'un artefact magique offert en récompense pour la victoire d'un tournoi de sport local (mais terriblement violent) : la Bourrée.

Chapter XII - Break & Enter
(Où :"Et c'est toujours comme ça, les nuits, chez vous?)

Le réveil fut comme prévu, difficile pour la plupart des aventuriers. La nuit avait été courte, les contusions multiples, et Ferin avait passé une bonne partie de la nuit à se plaindre du fait que la chambre tournait autour de lui. Personne n'était réellement d'attaque pour une journée agitée... Mais le groupe ne pouvait se permettre de passer du temps à se lamenter sur son sort, l'heure du rendez-vous avec l'entraineur de leur équipe de Bourrée était proche, et les compagnons eurent à peine le temps d'avaler un morceau avant de retourner dans l'auberge, théâtre des plaisirs et festivités de la veille. Devant laquelle ils avaient occis deux personnages.
Mais les craintes furent rapidement apaisées quand ils s'aperçurent qu'aucun dispositif spécial n'avait été mis en place par le Guet (ils apprirent plus tard qu'il était monnaie courante que quelques troublions s'assassinent les uns les autres pendant le grand tournoi de Bourrée, et qu'une année avec moins de 10 décès était réputée porteuse de mauvais augures, les gardes ne réprimandaient donc que peu les excès, tant que la plèbe s'attaquait elle-même, bien sûr. Il n'était pas question de laisser des gueux aux notables de la ville). Une rapide entrevue avec un entraîneur qui semblait payer ses excès de la veille encore plus que les aventuriers leur apprit que le match suivant était programmé pour le lendemain en début d'après-midi. L'équipe qu'ils allaient rencontrer ("Des chacals de mauvais joueurs" selon leur interlocuteur) était une équipe réputée assez solide, mais le hasard voulait que deux membres capitaux de leur effectif se soient tués lors d'une rixe la veille au soir, juste devant l'auberge où ils se tenaient ("ils ont cherché noise à plus fort qu'eux, si vous voulez mon avis" commenta sardoniquement l'entraineur devant le regard gêné des compagnons). Ces quelques informations données, le manager de leur équipe décida qu'il était temps pour lui d'aller préparer des tactiques pour le lendemain, et il retourna de ce fait dans sa chambre d'auberge, le pas trainant.
Les aventuriers n'avaient donc rien de prévu avant le lendemain, et Tordek proposa à l'équipe d'aller visiter sa maison.
"Vous allez voir ce qu'est une maison bien rangée, à la Naine! Elle a certes le défaut d'être assez éloignée du centre ville (sans quoi je vous y aurai mené hier soir), mais le quartier est propre et tranquille, et le voisinage est très respectueux de la propriété personnelle (chose très importante pour les nains)", s'exclamait Tordek. Plus par manque d'autres opportunités que par réel enthousiasme, les aventuriers emboitèrent le pas du guerrier nain, inhabituellement guilleret à l'idée de revoir son foyer.
Sa joie fut de courte durée. Quand ils arrivèrent en vue de la maison de Tordek, nul besoin d'être fin observateur pour constater que la porte avait été forcée, et ils trouvèrent à l'intérieur un mobilier saccagé, où tout ce qui pouvait être retourné l'avait été. Pendant que le nain essayait de se remettre de la crise d'apoplexie qui l'avait saisie à la vue de ses biens endommagés, le groupe fouilla un peu. Une rapide enquête auprès des voisins leur apprit que cela datait de la semaine précédente. Cependant, un profond examen de ses possessions apprit à Tordek que rien de précieux n'avait été volé. Etrange... Cela avait-il un lien avec l'héritage de son oncle? La question méritait d'être posée.
Il était clairement impossible de dormir dans ces locaux sens dessus-dessous, c'est pourquoi les aventuriers décidèrent de retourner en centre ville afin de dormir à l'hôtel où ils avaient trouvé refuge la nuit précédente. Tous, à l'exception de Glanix, qui partit de son côté à l'Eglise de Saint Cuthbert locale, rendre compte à son clergé, et se recueillir en prévision de son match du lendemain. De leur côté, les aventurieres vaquèrent à leurs occupations.
Tordek essaya de se renseigner sur les mesures de sécurité de la banque où était déposé l'artefact tant convoité (il se trouvait que c'était une banque où il avait travaillé, et où il gardait quelques connections, mais il s'avéra que le dispositif de protection était quasiment parfait). Elphyr, de son côté, se renseigna en ville au sujet de Tordek, afin de voir si le nain leur cachait quelque chose. Là encore, chou blanc, il n'apprit rien de compromettant, à part une certaine tendance à l'alcoolisme qu'il avait déjà constaté lui-même. Cyrielle contenta un de ses penchants typiquement féminins et alla faire du shopping (elle fit l'acquisition d'une magnifique paire de tsaïs). Enfin, Ferin et Marcus partirent en ville, et se retrouvèrent melés à une altercation quand ils essaièrent de rentrer dans un établissement de standing dont on leur refusait l'entrée. Après plusieurs refus du videur de les laisser entrer, Ferin tenta de s'emparer subreptiscement de sa bourse, mais se fit remarquer, et les deux compagnons passèrent une bonne demie-heure à essayer de semer une brute en colère. Une journée assez ordinaire, en somme.

***

Quand Glanix se réveilla, il était frais et dispo. Sa longue période de recueillement et de prières de la veille au soir lui avait fait du bien. Même s'il était de disposition assez sociable et joviale, il avait appris à apprécier ses réguliers moments de solitude où il pouvait se sentir en pleine communion avec le Dieu qu'il avait choisi de servir. Cependant, pendant la nuit, il s'était réveillé à un moment donné avec un grand sentiment d'insécurité. Il avait eu du mal à se rendormir. Sans doute un rien, mais Glanix avait pris l'habitude de ne pas prendre à la légère les impressions qu'il savait envoyées par son Dieu, et il nota dans un coin de sa tête qu'il se devait d'investiguer plus avant.
Il partit de bon matin, après sa prière, rejoindre le reste de l'équipe, qui était restée à l'hôtel. Il se doutait que tout le monde ne serait pas levé, mais Glanix n'aimait pas l'oisiveté. Si jamais les choses tardaient trop, il pourrait toujours aller prêcher dans la rue. C'est quand il arriva à l'hôtel que les choses prirent une tournure bizarre.
"Ha vous êtes le sixième de la bande? Oubliez pas, je veux pas d'histoires avec le Guet, alors vous avez intérêt à vous débarassez de ces corps rapidement, et surtout discrètement!", l'interpella le nain qui était à l'accueil, avant de retourner dans son bureau en claquant la porte.
Des corps? A n'en pas douter, il y avait eu du grabuge cette nuit! Glanix monta quatre à quatre les marches de l'escalier afin de se rassurer sur l'état de ses compagnons, qu'il trouva tous levés, en train de converser dans la première chambre du couloir. Quand il demanda des explications vis à vis de ce qui s'était passé la veille, elles ne se firent pas attendre :
"On était tous allés dormir dans nos chambres, tranquille...
- Ouais enfin nous, on avait échangé notre chambre avec le diplomate demi-elfe, hein!
- Ah mais pourquoi vous avez fait ça?
- Ben il voulait la lumière du soleil. Puis il a payé, aussi.
- Et j'ai été réveillé par Ferin qui allait voir Cyrielle?
- Quoi? Mais pourquoi il allait me voir?
- Heu, en fait, c'est pas vraiment ce que je voulais...
- Ben si, tu m'as dit que t'allais rejoindre Cyrielle!
- Oui non mais je... en tout cas, j'ai vu deux mecs qui étaient dans le couloir avec des armes, et quand ils m'ont vu, ils m'ont attaqué!
- C'est ça qui m'a réveillé, moi. Je me suis levé, et j'ai vu un mec qui passait devant la fenêtre dehors!
- Il volait?
- Non, il marchait sur le parapet. Et du coup, il se dirigeait vers la fenêtre de Cyrielle, alors j'ai gueulé.
- Le diplomate?
- C'est là que j'ai été réveillé moi.
- Non, le mec.
- Moi aussi.
- Moi c'est le cri de Ferin qui m'a réveillé.
- Enfin bon, on est tous sortis avec nos armes, sauf Marcus qui essayait de lancer des sorts par la fenêtre sur le mec du parapet.
- "Essayé"? Ils ont super bien marché mes sorts! Il s'est retrouvé englué dans ma toile d'araignée! Sinon, il aurait rejoint la chambre du diplomate beaucoup plus vite!
- Oui, parce qu'il visait la chambre du diplomate en fait, pas celle de Cyrielle.
- Moi, à sa place...
- Et juste au moment où on avait tapé les deux malfrats du couloir...
- Pas très forts, ceux là.
- C'est le diplomate qui transporte la Pierre pour le premier prix. Quand on a ouvert sa porte, il était en train de se faire courser par le type du parapet. Il avait l'air salement costaud.
- Qui, le diplomate?
- Non, le type!
- Ben là, y en a deux autres qui ont surgi de la chambre d'en face. ça a foutu un de ses bordels.
- Surtout quand Tordek s'est jeté comme une brute dans la mélée en donnant des grands coups de hache partout.
- Et là Cyrielle a débarqué pour m'aider à sauver le diplomate, et on a étalé le gros bill.
- Ouais enfin, t'aider, c'est moi qui me suis tapé tout le boulot.
- Nous on finissait les mecs du couloir.
- Oui, en partie grâce à mes sorts, je voudrais le signaler.
- Ouais ben mes coups d'épées, ils ont aidé, aussi.
- Mais ils avaient quasiment tué leur chef, donc moi, je lui ai filé une des potions de soins que j'avais, afin de l'interroger.
- On l'avait ligoté avant. Et moi, j'ai du dormir dans l'autre chambre, parce qu'il prenait le lit et qu'on a du filer le nôtre au diplomate.
- et après, on a dormi.
- Enfin voilà, c'est plus ou moins ce qui s'est passé. T'as tout compris?
Glanix, les regardait, pâle. Il se rendait compte qu'il n'avait peut être pas assez dormi en fin de compte. Après avoir repris les explications plus sereinement, avec une personne qui parlait à la fois, Glanix comprit qu'une attaque avait eu lieu cette nuit, qui semblait viser la personne du diplomate demi-elfe qui avait récupéré la chambre destinée à Ferin et Tordek à l'origine. Les aventuriers, grâce à Ferin, avaient surpris l'opération en cours, et y avaient mis un terme, en mettant fin aux jours des deux guerriers présents dans le couloir. Cependant, deux autres bandits avaient surgi d'une chambre, tandis que leur chef, un monte-en-l'air qui avait longé la façade par le parapet, avait réussi à gagner la chambre du diplomate malgré les sorts de Marcus. S'en était suivi une mélée confuse faisant intervenir Elphyr, Tordek et Marcus dans le couloir, dont les aventuriers étaient sortis vainqueurs. Le sauvetage du diplomate, qui s'était fait agresser par le chef des bandits avait été plus délicat, mais l'arrivée de Cyrielle en soutien de Ferin avait été décisive, et ils avaient réussi à vaincre le scélérat.
Marcus avait ensuite eu la présence d'esprit de donner une potion de soin au mécréant pour lui sauver la vie, dans le but de l'interroger afin d'en savoir plus sur ses motivations, et les compagnons l'avaient enchaîné sur le lit.
Ce raffut avait rameuté le propriétaire de l'hôtel, qui, voyant les dégâts, avait prié les aventuriers de mettre un terme à ceci, et assez pragmatiquement, de se débarasser des corps le lendemain au plus tôt (contre son silence). Le diplomate demi-elfe (envoyé du Roi) avait fait preuve d'une reconnaissance toute relative, et avait réquisitionné la chambre de Cyrielle pour dormir tranquille.Ce après quoi, tout le monde était allé dormir en attendant l'arrivée de Glanix. Une nuit bien remplie, en somme.

jeudi 21 mai 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part XI

Après un match de Bourrée endiablé, l'équipe s'en est allée fêter la victoire avec ses nouveaux compagnons dans un bar... Après cette avancée aussi rapide qu'inattendue vers l'accession à l'artefact recherché, il est bien temps de faire relâche!

Chapter XI - Let's Get The Party Started
(Ou "Le GHB, c'est la vie")

Cela faisait maintenant quelques minutes que la compagnie avait pénétrée dans la taverne, et déjà Marcus avait de mauvais pressentiments au sujet de la soirée. L'atmosphère était viciée de fumées, d'odeurs de sueurs et de divers tabacs aussi suspects les uns que les autres, et il était entouré d'une masse beuglante et enivrée d'un sport barbare. Les quelques bières que lui avait fait boire Ferin pesaient maintenant lourdement sur son ventre, et il ne se sentait vraiment pas d'attaque pour tenir. Malheureusement, il ne connaissait pas le chemin de l'auberge, et Tordek, entouré d'athlète qu'il avait l'air d'aduler, ne semblait pas déterminer à lever le camp tout de suite.
Marcus se dirigea donc vers la table où était assis plusieurs de ses compagnons. Ferin avait l'air toujours aussi ivre, et continuait à se noyer dans de l'alcool bon marché, dont l'odeur rance ne promettait rien de bon. Glanix, lui aussi, commençait aussi à être imbibé, et si Marcus n'avait pas une grande expérience dans les débits de boisson, il commençait cependant à observer des signes nets et définissables d'une certaine ivresse chez ses compagnons. Même la sage Cyrielle semblait s'être laissée emporter par l'inconscience collective du moment, et avait plongé ses douces lèvres dans un alcool fort local au nom imprononçable, brassé et alambiqué par les nains, ce qui ne promettait rien de bon, tant cette engeance avait pour habitude de concevoir des produits qui ne convenait qu'à elle, rien de bon pour l'organisme d'une jeune moinesse... Seul Elphyr semblait aspirer à une quelconque dignité, et se tenait silencieusemnt dans l'ombre, arborant un air mystérieux, et ne se servant qu'avec parcimonie dans le verre à moitié plein qu'il tenait à la main.
"Enfin quelqu'un sur qui on peut compter!" se dit Marcus.
Soudain, l'entraîneur de l'équipe que Glanix avait rejoint fit son apparition, et se dirigea tout droit vers la table, en s'arrêtant au passage pour féliciter certains de ses hommes. Il transpirait la vulgarité et se puanteur prenait directement au nez. Il s'assit en face de Glanix, et commença à lui parler des tenants et aboutissants du match. Marcus écouta attentivement, et apprit qu'il restait encore 3 matches pour gagner le trophée. Une rendez-vous fut prit le lendemain pour discusser stratégie, et le coach exprima une fois de plus son contentement quant à la prestation enlevée de Glanix. Comme si un membre de l'équipe (hormis ce facétieux nain aux lubies étranges) tenait en quelque estime l'opinion d'un aussi sordide personnage. Marcus soupira.
Tandis qu'il laissait vaguer ses pensées, et songer à aller méditer un peu dans un endroit plus calme, Marcus entendit une phrase qu'il ne pouvait supporter, prononcé par un badaud rougeaud qui se tenait sur sa droite.
"De toutes façons, les mages, c'est vraiment tous des pédés. Sont obligés de se planquer derrière leur magie pour aller au combat. J'suis sûr que ça s'encule dans tous les sens, sous leurs petites robes!"
"Monsieur, intervint Marcus, je vous prierai de vous excuser immédiatement de ses propos diffâmants, ou sinon je devrai vous faire rendre gorge!"
Ces mots ne ressemblaient pourtant pas à son caractère posé habituel, analysa-t-il dans la seconde qui suivit ces propos, mais sans doute étaient-ce les réminescences de l'alcool que lui avait fait ingérer Ferin, ou les conséquences de sa frustration une soirée dans un telle basse proximité sociale.
Toujours est-il que les effets ne se firent pas attendre, et sitôt ces mots prononcés, l'homme, pris de boisson, essaya d'asséner un lent et lourd coup à Marcus, qui rata bien évidemment sa cible, mais bouscula plusieurs personnes dans la foule. Alors que l'alcoolique proférait divers menaces et insultes concernant l'ascendance de Marus, celui-ci prit les devants sur d'éventuels dommages, et lança une flèche acide sur l'homme qui s'écroula de douleur sur le coup.
Cela jeta un froid sur l'ambiance de la soirée, et plusieurs hommes autour de l'apprenti magicien tirèrent leurs armes d'un regard noir, tandis qu'Elphyr avait déjà tiré son arc et se tenait prêt à protéger son jeune ami. Mais Glanix fut le plus rapide, et interposa sa lourde masse corporelle entre les divers bélligérants.
"Mes amis, ceci n'est qu'un malentendu!".
Ceci n'eut pas trop d'effets, et les hommes armés s'approchaient.
"Et pour tout faire oublier... UNE TOURNEE GENERALE!"
Un cri de liesse retentit dans tout le bar, et un vaste mouvement de foule apparut vers le bar. Les gens qui étaient prêts à en découdre les secondes auparavant rengainèrent leurs armes et se dirigèrent vers le comptoir, exception faite de la victime du sort de Marcus, qui continuait à se tordre de douleur au sol, dans l'indifférence générale.
"Ce sera de ta poche, Marcus", lança Glanix, avant de retourner s'asseoir à sa table.

***

Elphyr avait gardé une flèche entre ses doigts fins, mais baissait maintenant son arc. L'alerte avait été passagère mais chaude, et on était passé à deux doigts d'un conflit général. La situation n'aurait pas du tout été favorable à son style de combat, et le demi-elfe était content que les choses se soient calmées. La troupe n'avait pas pour l'instant besoin d'une mêlée contre une foule dans un espace confiné, leurs problèmes étant déjà assez nombreux comme ça.
Alors qu'il reprenait sa place dans l'ombre, Elphyr recommença à veiller d'un oeil vigilant sur la foule présente dans le bar. Trop de monde, trop de visages et de gestes brusques, le danger pouvait venir de n'importe où, et cela le mettait mal à l'aise. Autant que l'inconscience de certains de ses camarades, qui ne semblait pas penser au danger potentiel que pouvait représenter cette soirée. Alors qu'il se disait cela, Elphyr vit Cyrielle au loin sortir du débit de boisson en compagnie de deux larges hommes.
"Etrange", se dit le rôdeur, qui se fraya habilement et lestement un chemin à travers la masse alcoolisée pour atteindre une porte. Quand il sortit, il se sentit tout de suite mieux, à la fraicheur de la nuit. La vue des étoiles et du ciel, ainsi que l'étouffement léger des sons de la fête lui permirent de faire un peu le clair dans son esprit, et il resta quelques secondes à profiter de cet instant de relatif partage avec la nature. Quand il reprit ses esprits, il se rendit compte que les deux brutes s'éloignaient, en portant quasiment une Cyrielle inanimée à bras le corps. Elle semblait avoir perdu ses esprits, et Dieu seul savait ce que les malfrats avaient en tête!
"Lâchez ma compagnonne!" cria posément Elphyr en se dirigeant vers eux.
Les deux hommes se retournèrent, et constatant que le demi-elfe était seul, sourirent.
"Retourne t'amuser, sale sous-race, tu veux pas nous mettre en colère."
Ces mots suffirent à Elphyr pour comprendre que l'affrontement était inévitable, et il tira rapidement son épée, bientôt imité par les deux rustres, qui laissèrent choir Cyrielle sur le sol. Le combat s'engagea, et le rôdeur se rendit rapidement compte qu'il ne pouvait gagner ce combat seul. Les deux hommes en face de lui cachaient sous leurs rudes traits et leur masse imposante une vivacité inattendue, et étaient des escrimeurs émérites. Elphyr ne pouvait que ralentir l'échéance, mais ne pourrait lutter longtemps, et surtout pas triompher. C'est quand il arriva à cette conclusion qu'il entendit des gens sortir du bar : c'était Glanix et Marcus qui aidait Ferin à sortir vomir le trop plein d'alcools qu'il avait ingurgité pendant toute la journée (moment inévitable, mais que beaucoup avait pronostiqué pour beaucoup plus tôt dans la soirée). Quand ils virent la situation, ils se lancèrent tout de suite au combat.
Cependant, Elphyr n'aurait pas du détourner son attention pour ceci, car cela eut pour effet de décaler un peu sa garde, ce que ne rata pas un des deux brigands, qui lui planta son épée dans le flanc. Le demi-elfe s'écroula à terre, et son esprit s'embruma. Il vit des bribes de combat : un sort de Marcus frapper une des brutes en pleine tête, Glanix et Tordek (Tordek? Il avait du sortir plus tard) en plein corps à corps, Cyrielle se réveiller et lancer un monumental coup de pied dans les parties génitales d'un de ses agresseurs, ou encore un carreau de l'arbalète de Ferin se figer dans l'épaule d'un de ses ennemis (il avoua plus tard qu'il visait l'autre, mais que sa vision était quelque peu troublée).
Soudain, il sentit un regain drastique de forme et put se relever. Il comprit mieux quand il vit que Glanix avait imposé ses mains sur lui.
"Un jour, je te ferai payer mes soins, et je deviendrai millionnaire", grommelait le prêtre, bougon.
Deux cadavres jonchaient maintenant le sol. Ferin avait renoncé à les dépouiller, titubant trop pour s'approcher sereinement des corps, et une Cyrielle qui avait enfin repris tous ses esprits, lançait de grands coups de pieds dans le corps qui la jouxtait en lançant diverses imprécations dans un langage fleuri.
Tordek, l'oeil mauvais, prit la parole:
"Bon, je pense que nous en avons assez fait pour ce soir. J'avais oublié à quel point les humains tiennent mal l'alcool. Je vous propose d'aller nous reposer dans une auberge naine de qualité qui est toute proche."
Personne ne pouvait vraiment élever d'objections à un tel plan, et toute la troupe se dirigea à l'hôtel, et vécut un reste de nuit sans histoire. Le lendemain serait surement difficile. Au moins pour Ferin.