mercredi 8 avril 2009

La Compagnie des Bras Cassés - Part IX

Après la rencontre avec une puissante sorcière qui s'est étonnamment bien passée, Cyrielle commençant à savoir maîtriser ses pulsions meurtrières et Tordek son caractère difficile, la compagnie avait établi le camp pour la nuit en bordure d'un ancien cimetière Kobold. Le temps était clément, et la voûte céleste étoilée: la nuit s'annonçait tranquille.

Chapter IX - The Tower of Magic
ou "La nuit des Morts-Vivants"

Tout le monde avait tranquillement installé sa paillasse, et les tours de gardes avaient consensuellement instauré, tout se passait donc bien et Tordek, se sentant rassuré d'être un peu éloigné de l'insistante sorcière, était tranquillement adossé à un rocher taillé dans le temps par une quelconque tribu kobold. Il avait tiré sa bouffarde de son sac, et crachait de grands ronds de fumée en parcourant mentalement son livre de vengeance*, et essayant de déterminer quelle serait sa priorité une fois qu'il aurait fait couler le sang de l'assassin de son oncle.
Les habituels bruits de la forêts furent soudain troublé par un son étrange: une sorte de tremblement résonnait doucement, et s'amplifiait peu à peu. En cherchant la source de cette anomalie, le nain vit que son sac brillait d'une lueur verdâtre : tout ceci provenait de l'oeuf, qui semblait de nouveau déborder de magie.
Conscient (et fier) de son incompétence dans le domaine de la magie, outil méprisable pour les personnes trop lâches pour se battre, Tordek partit réveiller Marcus.
- Jeune homme, il faut que vous vous réveilliez, il y a quelque chose qui se passe avec mon héritage!
Pendant que Marcus se réveillait difficilement, d'autres bruits se firent entendre. Cela ressemblait à des grattements, et provenait du cimetière. En regardant dans la direction des tombes les plus proches, le guerrier nain put voir, grâce à sa nyctalopie, le sol remuer et une main squelettique commencer à se frayer un chemin à travers les amas de terre : les Morts se levaient!
Suivant le regard de Tordek, un Marcus vaseux mit quelques minutes à comprendre la situation. Mais une fois l'information ayant percé les brumes de son cerveau encore à moitié endormi, cela fit l'effet d'une douche froide au jeune magicien, qui poussa un cri perçant ("de pucelle", aurait commenté Tordek). Cela eut pour effet de tirer du sommeil tout le groupe, qui eut des réactions diverses devant la situation. Si Elphyr jaugea les conditions calmement, à l'image de sa moitié elfique, et que Cyrielle se posa directement avec sa maîtrise habituelle en position de combat, Ferin et Glanix réagirent avec moins de sang froid. Alors que Ferin rassembla toutes ses affaires en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, Glanix commença à invoquer toutes sortes de malédiction à l'encontre des morts-vivants, véritable négation de toutes ses croyances.
Toute désordonnée que fut son intervention, son invocation de l'esprit de Saint-Cuthbert eut pour effet de stopper (momentanément tout du moins) le retour à la vie des dépouilles Kobold. La compagnie en profita pour se lancer à la suite de Ferin dans un retrait stratégique. Ce même Ferin qui, dans son empressement de s'éloigner du danger potentiel, avait trébuché sur une racine, et avait atterri à quelques centimètres d'une pierre tombale, manquant de peu de se fracturer le crâne. En se relevant, il aperçut un collier serti d'une pierre précieuse d'une valeur moyenne, qu'il empocha par réflexe, avant de recommencer à courir.
L'équipe, qui avait commencé au pas de course, ralentit progressivement le pas, à mesure que le cimetière s'éloignait, et que la fatigue gagnait l'équipe, qui avait très peu dormi. Après trois quarts d'heure de marche forcée, la compagnie se jugea assez loin du cimetière pour pouvoir faire relâche, et refit son campement. Tout le monde essaya de regagner le sommeil sous la garde vigilante de Glanix, trop excité pour dormir.
Le repos ne fut que de courte durée. En effet, à peine une quinzaine de minutes plus tard, une forme éthérée, flottant doucement dans l'air, s'approcha clairement du groupe. Elle semblait se diriger vers Ferin. Alors que Glanix beuglait de sa puissante voix pour réveiller tout le groupe, Ferin recula en rampant, en fixant avec des yeux horrifiés l'apparition, qui continuait à se rapprocher de lui. Elle ne semblait pas menaçante aux premiers abords, mais clairement désireuse de quelque chose. Tordek essaya de lui donner un coup de hache qui la transperça sans effet, et Glanix invoqua l'esprit de son Dieu afin de l'éloigner, mais sans effet.
Ferin, saisi d'une impulsion soudaine, prit le collier qui était resté dans sa poche, et le lança en direction d'un Marcus interloqué. Ceci eut pour effet de dissiper toute attention que l'esprit avait pour Ferin, et le rapporter vers le joyau et Marcus. L'apprenti magicien, voyant cela, s'écarta au plus vite du bijou ancien. L'ectoplasme ne paraissait plus du tout s'occuper des humains qui l'entouraient, et fixa avec insistance l'objet, qui se souleva du sol lentement, et repartit avec l'esprit dans les profondeurs des bois, laissant les aventuriers seuls et désemparés.
Ferin fut l'objet de moults reproches de la part de toute l'équipe pour avoir récupéré un objet sans en parler à personne, et l'avoir caché plus tard à tous ses équipiers, mais il promit que c'était la seule et dernière fois que ça lui arriverait, et toute la compagnie, jugeant que le roublard avait fait amende propre, cessa ses reproches.
Ceux qui se sentaient capables de retourner dormir s'y essayèrent, tandis que les autres montaient la garde, après cette nuit extrêmement courte. Au petit matin, ce fut une entière compagnie fatiguée qui reprit la route. Il n'y avait maintenant plus de chemin à suivre, et la communauté devait suivre les instincts de guide d'Elphyr pour se retrouver dans les bois. Ce qui les amena à se perdre plus d'une fois, et moults reproches s'échappèrent des bouches des aventuriers excédés quand ils se retrouvèrent au marais qu'ils venaient de quitter, sous l'égide hésitante d'un demi-elfe égaré. Finalement, ils atteignirent l'orée nord du bois à la demie journée, et purent voir au loin sur un plateau la tour du mage qu'ils recherchaient.
Le plateau semblait extrêmement haut, et difficilement accessible. Un accès avait pourtant été aménagé : un escalier montait le long d'un piton rocheux qui était relié au plateau à l'aide d'un pont. Ne voyant pas d'options pour franchir le dénivelé, les aventuriers grimpèrent les marches une à une, pour arriver à une plate-forme installé au sommet. D'ici, ils pouvaient s'engager sur le pont, qui donnait sur une porte creusée à même la roche, et gardée par un lourd guerrier tenant une hallebarde.
Celui-ci, voyant arriver le groupe demanda d'une voix caverneuse:
- Qu'est-ce que vous venez faire ici?
- Nous venons solliciter un entretien avec le seigneur Maellström, nous avons des questions que seul son immense savoir pourrait appréhender, répondit Glanix, auto-proclamé diplomate du groupe.
- Attendez là! répondit sèchement le garde, avant de rentrer par la porte qu'il leur claqua au nez.

Les aventuriers attendirent une trentaine de minutes avant de voir revenir le garde, qui leur lança un bref "Suivez moi", avant de tourner le dos, et de les guider à travers de longs couloirs. La marche dura une bonne dizaine de minutes, à travers de nombreux escaliers et couloirs. Tous les compagnons s'étaient perdus, mais ils avaient bien senti qu'il montaient au fur et à mesure. Ils étaient passés de couloirs souterrains à la tour, dans laquelle ils montaient maintenant.
Ils arrivèrent enfin dans une grande salle très haute de plafond, bordée de géantes bibliothèques, et au bout de laquelle siégeait derrière un grand bureau d'ébène, un vieillard de toute apparence magicien.
-Dites moi ce qui vous amène, et partez, je n'ai que faire de la compagnie de gueux de votre espèce.
Cette entrée en matière ne fut du goût de Tordek, déjà mal disposé envers les magiciens à l'origine, et il prit le parti de se taire. Ses compagnons, voyant son mutisme, ne purent se décider à parler à sa place de l'oeuf, et un silence embarassant suivit.
- Je pense donc que vous venez pour l'oeuf qui est situé dans le sac du petit homme. Donnez le moi.
Ceci n'était pas une question, mais un ordre, et Tordek sentit que l'oeuf commençait à se mouvoir. Plutôt que de resubir l'humiliation qu'il avait vécu dans son dernier face à face avec un sorcier émérite, le nain prit le parti de tendre délibérément au sorcier son héritage.
- Moui, je crois que je vois de quoi il s'agit. Attendez un instant.
Un livre sortit d'une des bibliothèques des étages supérieurs, et atterrit ouvert sur le bureau. Le sorcier le déchiffra rapidement, et reprit.
- Oui, je vois de quoi il s'agit. Mais avant d'en parler, expliquez-moi ce qui vous a mené ici.
Marcus prit alors la parole, et expliqua son entretien avec son maître (ce qui eut l'air d'intéresser Maellström) et résuma rapidement les circonstances de la découverte de l'oeuf, ainsi que leurs aventures depuis qu'ils l'avaient récupéré (ce qui eut l'air d'ennuyer fantastiquement le magicien, peu doué pour dissimuler son ennui).
- La pierre que vous avez trouvé sur le cadavre du nain est en fait une pierre de Vie. Comme chacun sait, elle attire donc les morts-vivants, ce qui explique votre mésaventure avec des squelettes kobolds. La légende qui entoure cet artefact fait état de 5 pierres à insérer dans l'oeuf représentant la Vie, le Courage, la Force et la Sagesse.
- Heu ça fait 4, constata un Marcus, toujours à l'affût.
- Oui, on ignore tout de la cinquième. Quiconque insérerait les cinq pierres dans l'oeuf acquirait la toute puissance... J'avoue que je suis assez intéressé. Je serais prêt à vous payer une petite fortune si jamais vous me rameniez les pierres...
- Cela ne nous intéresse pas, nous devons désactiver cet oeuf maléfique! répondit directement Cyrielle, encore emplie de sa mission
- Ne dites pas de bêtises, chère demoiselle, il serait inutile et contre-productif de désactiver cet oeuf avant de savoir ce qu'il fait.
- De plus, partir à la recherche des pierres pourrait être la meilleure solution pour trouver le criminel qui doit sans doute être lui aussi à la recherche de celles-ci, avança Glanix.
Tordek, à l'écoute de cet argument, déclama d'une voix forte:
- Le sort est scellé, nous partirons à la recherche des pierres, si vous nous dites où elles sont, magicien.

Et ainsi, alors que toute l'équipe était traversée de diverses pensées, la quête des pierres magiques commençait.




*Tradition naine qui consiste à tenir à jour par écrit un récapitulatif de toutes les offenses faites à un nain et à son clan, afin de commémorer l'outrage et de pouvoir demander réparation le moment venu. La vengeance est un plat qui se mange froid, et est une institution chez les nains. Le livre en lui-même est surtout un symbole, les nains ayant une très bonne et longue mémoire en ce qui concerne les rancoeurs.

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