Chapter XVIII - On the Road Again
(ou "Face à la mer, j'aurais pu grandir")
Une fois sorti de Banghora, les aventuriers chevauchèrent quelque temps à une vitesse soutenue afin de s’éloigner le plus vite possible de la ville et d’éventuelles poursuites. Une fois une distance respectable parcourue, ils quittèrent la route pour partir à travers champ, laissant l’habile demi-elfe couvrir leurs traces aux yeux d’éventuels pisteurs. Ils continuèrent alors un peu moins vite, le parcours à travers champs se révélant bien moins aisé.
Ce n’est qu’une fois le soleil quasi-couché qu’ils se décidèrent enfin à dresser le camp pour passer la nuit, et se remettre des émotions assez vives d’une journée bien remplie. Ils s’endormirent bien vite, non sans installer un tour de garde.
Au beau milieu de la nuit, Cyrielle fut réveillée par des cris. Elle se leva prestemment, et trouva Tordek, une hache à la main, essayant apparemment d’attaquer un Elphyr hagard, qui ne semblait pas être pleinement conscient. A ses côtés, l’œuf, d’où émanait une lueur différente de celle qu’il l’enrobait avant.
« Il a mis la pierre dans mon œuf, ce satané elfe ! Je savais qu’on ne pouvait faire confiance à une telle race ! Il m’a trahi ! Il nous a tous trahi ! Il doit mourir ! ».
Cyrielle mit quelque temps à comprendre ce qu’il s’était passé, entre les hurlements furibonds d’un nain dépossédé, et les balbutiments peu structurés d’un demi-elfe visiblement peu à son affaire.
Tout à coup, Elphyr sembla redevenir lui-même. Il ne se souvenait pas de ce qu’il s’était passé, juste d’avoir rêvé d’un sorcier enrobé dans une grande cape incantant des formules cabbalistiques. Il avait apparemment été possédé, et sous l’emprise d’une volonté autre que la sienne, avait dérobé œuf et pierre, et inséré le fragment dans l’artefact. Ces explications ne suffirent pas à convaincre Tordek de ne pas attaquer physiquement Elphyr, et il fallu toute la diplomatie, la rhétorique et l’infinie patience de Glanix pour le persuader de ne pas passer à l’acte. Ceci n’empêcha Tordek de lorgner avec moult méfiance et animosité vers le rôdeur pendant les jours suivants du voyage, où les compagnons suivaient globalement les faisceaux lumineux, qui étaient depuis la nuit fatidique beaucoup plus visibles et lumineux. Ceci les mena près de Saurate, un estuaire peu recommandable en bord de mer près duquel ils décidèrent d’établir campement.
Les aventuriers avaient passé la nuit dans les environs de Saurate : il était maintenant clair et net que le faisceau qui menait à la prochaine pierre se dirigeait tout droit vers le grand large. Ne disposant d’aucune compétence maritime ou de navigation, il était par conséquent logique de se diriger vers le port le plus proche, où ils pourraient tenter de se repérer par rapport à des cartes, afin d’avoir une estimation plus ou moins valable des iles vers lesquelles pointait la ligne astrale.
Tout n’avait pas été facile pour prendre cette décision : Lars ne comprenait pas le concept même de mer, Tordek ne faisait aucune confiance à ces traits magiques qu’il ne voyait pas (mais la perspective d’étudier une carte l’enthousiasmait quelque peu, lui qui comme tous les représentants de sa race entretenait une vraie passion pour la cartographie), Elphyr pensait que partir dans une ville si vite après les événements de Banghora ne pouvait qu’être néfaste pour eux, Glanix, piètre nageur, était quelque peu reluctant à l’idée de voyager sur l’eau…
Heureusement, Marcus put compter sur le soutien de Cyrielle, et il réussit à convaincre ses compagnons.
L’entrée à Saurate refroidit cependant quelque peu ses ardeurs : en fait de port, cet amas de maisons n’était qu’une piètre excuse pour quelques marins à la retraite de faire payer les taxes royales et locales à des marins avinés en quête de beuveries, bagarres ou galante compagnie. Les rues n’étaient pas entretenues et étaient jonchés de détritus, quelques corps avinés en quête de repos trainaient çà et là, des jeunes filles très peu vêtues attendaient encore là malgré l’heure matinale, et la puanteur atroce de la rue n’était masquée que par la très forte odeur d’algue qui régnait sur le pays depuis quelques kilomètres.
Marcus ne comprenait pas qu’on puisse choisir consciemment de vivre dans ce lieu de perdition : aucune perspective, aucun débouché autre que la fuite par la mer pour tomber dans un autre port miteux. Pour la première fois depuis longtemps, il se sentait vraiment loin de chez lui, et se demandait si la recherche de connaissances et de pouvoir ne l’avait pas fait s’égarer.
Pendant que Glanix et Cyrielle étaient partis déposer leurs montures dans les écuries (un grand bâtiment constitué principalement de murs branlants en planches vermoulues et d’un toit en chaume troué en de multiples endroits), les autres se dirigèrent vers le port. A la vue de la mer, leurs souffles furent coupés : aucun d’entre eux n’avait eu l’occasion précedemment de contempler l’immensité de l’océan, et la vision les laissait perplexe. Sauf Lars qui n’avait pas compris de quoi il s’agissait, et à qui il fallut expliquer qu’il se trouvait devant une grande étendue d’eau, donnée que sa qualité d’homme du désert lui rendait difficile à percevoir .
Après avoir rapidement fait le tour de la bourgade, pour constater qu’elle était principalement composée d’entrepôts et de lieux de perdition en tous genres, les aventuriers se réunirent pour décider de la marche à suivre.
Leur but était de continuer à suivre la trace de la pierre, il leur fallait donc, ignorant les subtilités de l’art de la navigation, louer les services d’une équipe en possession d’un bateau. Cela risquait de n’être pas chose facile, les embarcations étant chères et ayant souvent des tâches planifiées pour plusieurs mois. De plus, partir à la recherche d’un artefact magique pouvait éveiller des pensées avides et malhonnêtes et une fois en mer, les équipiers pouvaient se trouver à la merci d’un équipage de peu de scrupule. Il leur fallait donc redoubler de prudence, tout en gardant à l’esprit que leurs fonds étaient limités.
Marcus gardait la tête froide, contrairement à ses compagnons. S’émerveiller devant une vaste flaque d’eau était une chose bien inutile à faire, et il n’avait pas de temps à perdre avec de telles frivolités. Pendant que les autres perdaient leur temps, il était passé à une ingrate petite échoppe pour acquérir une carte de la côte et de la mer environnante. Ensuite, il avait fait jouer les pouvoirs de sa puissante magie pour s’orienter en direction du Nord (une simple incantation qu’il avait appris à son entrée dans l’Université Visible), et pouvoir ainsi se réperer sur la carte. Le faisceau partait tout de l’œuf en direction Sud/Sud-Est, où se trouvait justement un groupe de 5 petites iles appelées Les Iles des Larmes. L’œuf devait surement se trouver dans cette direction !
Il alla annoncer la nouvelle à la troupe : ils pouvaient maintenant travailler sur des motivations valables pour se rendre sur ces Iles, et ainsi ne pas éveiller la méfiance des marins qu’ils rencontreraient.
Ils commencèrent à essayer d’aller démarcher les diverses personnes d’allure marine (quasiment la totalité de la population de la ville) et qui semblaient, sinon dignes de confiance, au moins à peu près présentables (déjà un sélection importante), mais ils se rendirent vite compte que la journée n’était pas l’instant propice pour mener ce style de tractations. Tous les marins debouts étaient occupés à chercher du matériel pour leur bateau, à effectuer des réparations sur leurs bâtiments, et les rares oisifs n’avaient aucun pouvoir de négociation, et renvoyaient vers leurs capitaines, indisponibles jusqu’au soir. Les compagnons prirent donc leur mal en patience et attendirent la tombée de la nuit.
Morne et relativement déserte la nuit, le site portuaire prenait un tout autre visage une fois la nuit tombée. Une légioe jeunes filles sortit peu à peu des vétustes logements afin de proposer divers services à la moralité douteuse, nombre de bars et tripots ouvrirent leur portes, dans des batiments parfois totalement anonymes de l’extérieur. Les marins qui avaient dormi ou travaillé toute la journée remplissaient les différentes tavernes, et on pouvait maintenant entendre nombres chants et bruits de bagarres provenant de çà et là.
Les compagnons décidèrent de se rendre dans le bar la première auberge à portée : le Narval glorieux, qui n’avait de glorieux que le nom : un comptoir sale à l’extrême tenu par une grosse brute, des bonbonnes de rhum et des tonneaux disposés au petit bonheur la chance, voilà le décor qui s’ouvrit aux yeux de Marcus, qui commençait à s’habituer à ses décors. Une atmosphère chargée par les volutes de fumées et les odeurs d’alcools et d’algues pénétrait directement les narines, et les marins qui commençaient à s’abreuver ici étaient tous occupés par diverses occupations d’alcooliques : jeux de cartes, de dés, à boire ou simplement chansons marines souvent très portées sur des scènes relativement immorales. L’entrée de Cyrielle ne passa d’ailleurs pas inaperçue : beaucoup de regards se rivèrent sur elle, et il fallut tout le self-control de la moinesse pour ne pas rougir. Par chance, ses atours et son comportement excluait totalement la possibilité qu’elle partage la même profession que la majeure partie des femmes de la ville, ce qui lui valut d’être laissée relativement tranquille pendant la soirée, à part deux trois soulards qui furent bien vite remis à leur place par un regard froid et sévère, ou une clef de bras rapide.
Afin de se mêler à la foule sans éveiller de trop larges soupçons (chose rendue relativement peu difficile par l’hétéroclicité de la population locale, provenant des quatres coins du continent), les compagnons s’assirent en cercle et commandèrent quelques boissons, afin de jauger qui pourrait potentiellement être intéressée par un voyage jusqu’aux Iles des Larmes. Leur attention se porta assez rapidement sur un équipage relativement peu fringant qui jouait aux dés non loin, et Glanix alla entamer une conversation anodione avec le capitaine de la troupe, remarquable par son chapeau à plume.
Il fut vite clair que si le Capitaine était tout disposé à emmener la troupe sur les Iles des Larmes, ses affaires l’amenant à cet endroit de toutes façons, le prix du voyage posait problème. Le capitaine refusait d’envisager de prendre des passagers à moins de 800 pièces d’or la tête, montant exorbitant que les aventuriers ne possédaient pas. De plus, la présence d’une femme dans l’équipe, symbole de mauvais augure pour la navigation, rendait reluctant le marin à baisser ses prix. Finalement, Kaléstim (c’était le nom du capitaine), fit une proposition de joueur de dés : jouer la place des aventuriers : Si jamais Kaléstim gagnait, il gagnait 2000 pièces d’or, et sinon, il emmenait gratuitement les aventuriers, tant que ceux-ci assuraient la protection des marins en cas de rencontre avec les pirates.
Les compagnons n’avaient d’autres choix que d’accepter, mais le problème était que personne ne savait jouer aux dés. Sauf Lars. Quand on lui expliqua plus avant la conversation, que le barbare avait cessé d’écouter, les palabres et négociations n’étant pas vraiment sa tasse de thé, une lueur , mélange d’envie de et de cupidité se mit à briller dans ses yeux.
« Par chez moi, je suis une légende aux dés. J’ai gagné deux fois le concours des trois palmiers . », annonca-t-il d’une voix fière. Les autres (à l’exception de Tordek, qui n’était pas vraiment concerné par les relations sociales) prirent soin de paraître impressionnés pour ménager la susceptibilité du barbare, même s’il n’avait aucune idée de ce que pouvait bien représenter ce concours des trois palmiers.
« - Quels sont tes régles, homme de la mer ? demanda Lars au Capitaine.
- Ben, on joue aux plus fort des trois jets, selon les règles balactiennes.
- Très bien, mais quels sont ces dés étranges ?
- Ben ce sont des dés normaux ? C’est quoi l’embrouille ?
- Tous ces ronds ne veulent rien dire, ce sont des dés de mage !
- Heu, non Lars, intervint Marcus respectueusement, je peux t’assurer qu’aucune magie n’est à l’œuvre ici ! Mais ces dés sont normaux, non ?
- Non, il y a juste plus de ronds sur des faces que sur les autres ! Chez moi, c’est beaucoup plus simple : il y a la mort, la roue, le feu, l’eau, le vent et la terre. On lance deux dés, et le résultat dépend de l’élément et du temps. S’il fait du vent, le soleil et le vent, sont les deux élément majeurs, mais la mort peut tuer un des deux, tandis que la roue peut faire jouer si elle est doublée. Si le vent n’est pas là, le feu et la terre sont les deux éléments forts, l’eau est toujours l’élément faible, sauf s’il pleut, auquel cas l’eau est doublée. Si on joue la nuit, les élements sont inversés, et la mort est doublée, tandis que la roue peut faire passer le tour… »
Tous les spectateurs regardaient le barbare en pleine litanie la bouche béante, surtout ses compagnons d’aventure, qui ne l’avaient jamais entendu parler autant d’un coup. Personne n’arriva bien sûr à tenir le fil de la conversation (sauf Marcus, dont la capacité d’attention n’avait d’égale que son inaptitude à s’intéresser aux jeux de hasard).
« - C’est pour ça que mon jeu est mieux que le tien. Tous ces ronds sont les mêmes, et ça va être très difficile de savoir qui en a le plus si on tombe sur les faces où il y en a beaucoup. »
Marcus ne s’habituerait jamais à l’intellect obscur du barbare. Cependant, il prit sur lui, et lui promit qu’il l’aiderait à compter, et qu’il lui dirait les faces qu’il devrait obtenir. Ainsi, grâce à la coopération entre les deux hommes, la victoire fut acquise assez aisément face à un capitaine furibond qui, s’il avait moins bu, aurait peut –être vu Lars escamoter un ou deux dés, et changer une fois une face qui ne l’arrangeait pas, sur conseil de Marcus.
Ainsi, les aventuriers obtinrent un voyage en bateau gratuit (ce qui ne faisait que relativement plaisir à Tordek et Glanix, qui n’envisageaient pas avec bonheur la perspective de se retrouver au milieu d’une immensité liquide), et la plupart de la troupe partit se coucher assez tôt dans les chambre miteuses de l’auberge (à l’exception de Lars, qui resta un peu jouer aux dés pour de l’argent, Marcus qui restait pour l’aider, et qui percevait maintenant mieux l’intérêt qu’on pouvait avoir pour les jeux de hasard, quand le hasard ne rentrait pas vraiment en compte et qu’il y avait de l’argent à la clé, et Tordek, qui avait entrepris de préparer son voyage de la veille de la meilleure des façons, en éclusant le maximum possible de rhum).
Trop puissant.
RépondreSupprimerMaintenant je sais compter jusqu'à six ! Haha !
Et puis la mer, je connais : mon cousin Sven est pirate dessus on m'a dit. C'est comme une rivière aussi longue que large. Et salée.
Mais tu n'as pas parlé des chevaux et des poneys qu'on savait pas s'il fallait les vendre, les abandonner, ou les manger.