Chapter II - Break in (or Breakdown)
Ou de l'art de rentrer dans une maison close. Enfin fermée quoi
L'arrivée dans le quartier chaud fut assez impressionnante pour Marcus. Ce jeune étudiant en magie avait passé beaucoup plus de temps le nez dans des livres obscurs ou dans des incantations mystiques qu'à profiter de la vie étudiante que s'offraient certains de ces condisciples, et son teint blanchâtre n'était pas dû aux excès de la veille mais plutôt au manque de sorties.
Ainsi, en arrivant dans les bas quartiers, en voyant des gens à l'allure plus ou moins louche qui les regardaient, et les jeunes femmes du quartier qui lui faisaient des petits signes, il se demanda si c'est lui qui était frileux, car la plupart des femmes étaient assez courtement vêtues pour la saison. Elles avaient cependant l'air très accueillantes, et Marcus se réjouit d'être dans un voisinage sympathique. La vue de la taverne de l'Ours Bourré le laissa un petit peu plus perplexe. Une personne était en train de vomir sur un mur extérieur, et quand il s'en inquiéta et proposa au prêtre guérisseur de lui porter assistance, celui-ci se contenta d'éclater d'un rire bruyant, et de s'exclamer que le seul remède à ce mal était le mal lui-même. Cette sentence hautement philosophique donna à réfléchir à Marcus quelques minutes, et il se promit d'en analyser la portée à l'avenir pour en rediscuter avec le ministre de Saint Cuthbert, car de tels remèdes pourraient peut-être avoir certaines applications thaumaturgiques.
L'entrée dans la taverne fut une toute autre épreuve : l'atmosphère était viciée de fumée, d'odeurs nauséabondes et d'humidité moite, qui provoqua des hauts-le-cœur en Marcus. Quand celui-ci demanda d'une petite voix s'il était possible d'avoir un verre d'eau, pour faire passer la nausée, un grand gaillard couvert de tatouages s'esclaffa bruyamment et répéta ceci à voix haute, et la maigre assistance du débit de boisson se mit à railler. L'établissement n'était pas grand, et la plupart des tables étaient vides. Contre le mur du fond, un personnage haut en couleurs qui devait être le capitaine Actarus, dirigeant en chef de la Milice, était en pleine conversation avec deux jeunes filles à peine vêtues et quelques pichets de bières.
Sans se poser de question, Glanix alla au comptoir commander quelques boissons, et se dirigea tout droit vers le commandant pour lui proposer à boire.
Le commandant était un homme grand, gras, et rougeaud. Son élocution était quelque peu étrange, et il avait une certaine tendance à bafouiller et à tanguer, et Marcus se demanda si cet homme n'était pas souffrant, et s'il était vraiment en état de diriger sa milice de cet endroit comme Glanix avait laissé entendre qu'il le faisait.
"Salut Glanix! Qu'est-ce que tu fais dans le coin, encore en train de vouloir répandre la vengeance un peu partout?
- Capitaine Actarus, mes respects. Je vous présente un mien ami, Maître Tordek."
Les deux personnes se saluèrent et Tordek, avec son franc-parler nain, ne tourna pas autour du sujet longtemps.
"Je suis le neveu d'Angus Von Anorfol, et j'aimerais m'assurer de ne pas me faire léser de mon héritage, c'est pourquoi je vous demanderai de me laisser l'accès à la maison qui est maintenant mienne.
-Hop hop hop, tout doux l'ami! On ne peut décemment pas vous en laisser l'accès tant que l'affaire n'est pas réglée! Qu'est-ce qui me prouve que vous êtes son neveu d'ailleurs?
- J'ai ici une lettre signée de la main de mon oncle qui mandait mon arrivée imminente!
- Ah! Un nain qui sait lire! Quelle blague!"
Marcus jugea bon d'apporter une précision à ce sujet.
"Ah mais si, vous savez, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les études de Togrul Vent-Du-Nord ont prouvé que le taux d'alphabétisation dans les sociétés naines était un des meilleurs si on tient compte de...
- Hola, mais c'est qu'il parle, le puceau! Cynthia, occupe toi du monsieur, s'il te plait"
Avant que Marcus ait le temps de finir sa phrase, une des deux jeunes filles s'approcha de lui, et commença à apposer ses mains sur lui, d'une façon assez étrange et à des endroits particuliers, et Marcus trouva les pires peines du monde à se concentrer sur la conversation dans les minutes qui suivirent. Le capitaine continuait à parler:
"Et qu'est-ce qui me prouve que ce n'est pas vous qui l'avait tué, votre oncle, pour avoir l'héritage? ça me parait un peu louche, votre arrivée au moment là, aussi..."
En voyant le visage furibond du nain, le capitaine comprit qu'il avait été un peu loin.
"Non, je dis ça, je dis rien, hein, on déconne. Mais bon, vous comprenez bien que pour les biens de l'enquête, je ne puis ouvrir les lieux avant quelques temps. Votre héritage est en lieu sûr, la maison est gardée nuits et jours. Ecoutez, laissez la police faire son travail et soyez sûrs que dès que nous aurons de plus amples informations, vous serez les premiers informés. ça devrait pas mettre plus de deux mois de toutes façons."
Voyant qu'il était impossible de faire changer d'avis le Capitaine, et que Marcus commençait à se trouver dans une situation qu'il avait du mal à gérer, l'équipe se décida à se retirer du troquet. Une fois dehors, ils avisèrent.
" Je pense qu'il est important de pouvoir entrer dans la maison, il y a sans doute des indices à l'intérieur, dit Elphyr.
- Force m'est d'avouer que la milice locale est assez inefficace... Si nous nous en remettons au Capitaine et à ces hommes, ils ont plus de chances de retrouver un pichet de bière qu'un criminel, nous devons agir nous-mêmes, acquiesa Glanix
- Et je veux m'assurer de récupérer l'intégralité de mon héritage avant que ces sales pattes d'humains se collent sur mon or! ajouta le nain."
C'est alors que Cyrielle, qui était pour l'instant silencieuse, prit la parole :
" Je pourrais sans doute monter sur le toit de la maison abandonnée qui se tient de l'autre côté de la ruelle vis à vis de la maison d'Angus. Si nous avions un grappin et une corde, je pourrais ensuite sauter sur le toit adverse, et tendre la corde, afin de vous faire passer, et nous pourrions ainsi tous rentrer par la fenêtre."
Cette proposition audacieuse avait le mérite d'être applicable assez rapidement. Glanix assura qu'il était simple pour lui d'entrer en possession d'un grappin et d'une corde, en empruntant le matériel du monastère utilisé pour nettoyer la tour. Cyrielle, pas convaincue, conseilla d'aller en acheter en ville, et Elphyr se proposa de l'accompagner dans une boutique appropriée. Marcus, quant à lui, assez anxieux à l'idée que quelqu'un s'introduise dans la maison et vole les artefacts qui l'intéressaient, voulait retourner devant la maison d'Angus en compagnie de Tordek pour surveiller les allées et venues.
Ainsi, chacun vaquit à sa tâche. Au bout de deux heures, ils se retrouvèrent non loin de la maison, et firent un état de leurs progrès respectifs. Glanix avait récupéré le matériel promis, Cyrielle avait négocié pour un grappin pendant une heure, réussissant à baisser le prix de 8 pièces d'or avant d'avouer au négociant qu'elle n'avait de toutes façons pas les moyens de se payer le matériel proposé même avec la ristourne, et le nain avait essayé de convaincre la relève des gardes de le laisser rentrer dans la maison, sans succès. Il avait aussi testé discrètement la poignée de porte de la maison abandonnée, qui était fermée à clef.
"Cela va poser problème, il faudra nous ouvrir de l'intérieur, Cyrielle..., continua-t-il.
- Pas de problème, mais il faudra attendre que la nuit tombe..."
Et donc attendre encore quelques heures. Glanix partit prêcher la bonne parole de Saint-Cuthbert non loin de là, d'une voix puissante et enragée qui retenait l'attention des passants. Tordek repartit à la Taverne, et descendit une petite dose de bière (pour un nain, soit juste un litre ou deux). Cyrielle continua ses emplettes avec Elphyr, et se fit emmener chez une personne louche qui lui offrit un matériel de crochetage, en appuyant quelques regards lubriques sur le corps de la moine, et en n'oubliant pas de faire des propositions osées qui firent quelque peu rougir l'asthète.
Et le jeune Marcus se promena dans les rues de la cité, un peu stressé par la vie citadine, pas assez calme à son goût. Il changea toutefois d'avis une heure plus tard, quand le ciel s'assombrit et que les ruelles se vidèrent, il se rendit compte tout à coup que le bruit de la ville était assez sécurisant, et de loin préférable au silence. Il se dirigea donc assez vite vers les vociférations partisanes du prêtre qu'on entendait encore au loin, afin de ne pas être seul.
L'heure de la nuit noire arriva enfin.
"Quand tu seras derrière la porte, imite deux fois de suite le cri de l'alouette pour qu'on se tienne prêt derrière l'huis. J'userai de la magie que m'accorde Saint Cuthbert pour nous dissimuler aux yeux des gardes." dit Glanix.
Cyrielle se dirigea d'un pas léger et silencieux le long du mur. Afin de faire diversion, Marcus expérimenta un sort de sa concoction qui allumait des lumières semblables à des torches qui se mouvaient, de l'autre côté de la rue. Cela détourna l'attention des gardes le temps que Cyrielle monte le long de la gouttière jusqu'à la fenêtre de l'étage. Malgré quelques grincements qui firent se figer la moine, elle réussit à s'introduire dans la maison sans se faire repérer.
Le problème dans la maison était l'absence totale de lumière. Et la présence de rats. Cyrielle se broya deux trois fois les orteils avant de trouver l'échelle qui menait en bas, et qui paraissait bien fragile. C'est quand elle arriva devant la porte qu'elle se rendit compte qu'elle ignorait totalement le bruit que faisait une alouette. Elle lança dont un cri strident deux fois de suite, et pria pour que ses compagnons l'entendent et comprennent la signification, et débloqua ensuite le loquet de la porte, à tâtons.
Ses compagnons l'avaient entendue, et Glanix lança un sort de brouillard aux alentours de la maison abandonnée... L'équipe se dirigeait vers la porte quand ils entendirent dans le silence de la rue un garde s'écrier
"Ho, envie de pisser, je vais faire ça dans la ruelle, là."
Toute l'équipe se figea, en espérant ne pas être trahis par la vessie d'un garde de la milice. Mais alors que les bruits de pas se rapprochaient, le garde parut renoncer
"Ho mais c'est quoi cette merde de purée de pois? J'vais de l'autre côté."
Réprimant un soupir de soulagement, les compagnons se dirigèrent silencieusement vers la porte, et entrèrent dans la maison abandonnée. La présence d'un nain et d'un demi-elfe rendit les choses plus faciles, et ils purent ainsi se faire guider dans le noir par ces êtres nyctalopes. Le passage de l'échelle fut un petit peu plus compliqué. Si la plupart des gens montèrent sans problème, Glanix, et sa centaine de kilos (additionnés au poids de l'armure qu'il portait sous sa bure) eurent raison de quelques barreaux d'échelle. Alors qu'il tombait vers le bas, il s'accrocha à la cheville de Marcus, qui montait devant lui. Après quelques secondes de lutte silencieuse, Marcus arriva à se détacher, envoyant Glanix lourdement chuter sur le sol quelques mètre plus bas, effrayant les rats. Quand Glanix se releva, avec quelques marques dues à la chute, il retenta l'ascension de l'échelle, pour retomber derechef. Finalement, avec l'aide du grappin et de la corde en plus de l'échelle, il put enfin monter à l'étage, rejoindre ses compagnons qui s'impatientaient.
"Quand monsieur aura fini de s'amuser avec les échelles, on pourra peut-être avancer?
- C'est pas ma faute s'ils construisent des trucs aussi fragile, maugréa Glanix d'une humeur noire".
Une fois sur les toits, Cyrielle sauta prestement sur les tuiles du toit de la maison d'Angus Von Anorfol, le grappin dans le dos. Elle accrocha le grappin à une cheminée, et renvoya la corde au reste de l'équipe, qui l'accrocha bien tendue, et put ainsi rejoindre la moine. Pendant ce temps, Cyrielle ne perdait pas le sien, et avait réussi à ouvrir le loquet de la fenêtre pour entrer dans la chambre d'Angus.
Toute l'équipe rentra tour à tour dans la chambre, une pièce en L, munie d'un bureau, d'un lit jouxté par un coffre et d'une porte à double battants. Tordek se dirigea tout de suite vers le coffre, et demanda à Elphyr d'étudier celui-ci afin de détecter les pièges. Pendant ce temps, Marcus étudiait les notes du bureau dans l'espoir de trouver une remarque sur les artefacts qui l'intéressait, Glanix se tenait au milieu, toujours en train de ressasser son douloureux épisode de l'échelle, et Cyrielle se dirigeait déjà vers la porte, qu'elle était en train d'ouvrir.
C'est à ce moment que, tentant d'ouvrir le coffre sans déclencher de piège, Elphyr dérapa avec son crochet, et provoqua une déflagration assourdissante. Le temps que tout le monde reprenne ses esprits et récupère le sens de l'ouïe, Tordek et Elphyr gisaient sur le sol, et un pan entier du mur était effondré. Glanix se précipita pour soigner Elphyr, qui semblait mal en point (Tordek se relevait déjà, empochant au passage des pièces d'or qui avaient été projetées en tous sens). Mais tout le monde se raidit quand se firent entendre des bruits de bas qui venait de rez-de-chaussée. Evidemment, un tel bruit avait automatiquement provoqué la venue des miliciens. Quand un garde fit son apparition dans l'escalier et que Glanix allait l'apostropher pour essayer de trouver une solution diplomatique avec ce représentant des forces de l'ordre, Cyrielle se jeta sur lui, et lui assena un violent coup dans la nuque.
Sans effet autre que celui d'énerver le garde qui tira son épée. Tout se passa alors très vite, tandis que Glanix regardait autour de lui avec un air indigné, Marcus jeta un projectile magique qui sonna le garde quelques secondes, le temps pour Elphyr de se relever, et de trancher un profond sillon mortel dans la poitrine du garde avec son épée. Le milicien s'écroula dans les escaliers, laissant tomber sa torche sur le sol, qui commença à enflammer l'escalier.
Le deuxième garde arrivant, voyant son camarade tombé entourés d'une troupe d'aventuriers, prit la fuite directement. Cyrielle et Elphyr lui emboitèrent le pas pour tenter de le rattraper, tandis que Glanix jetait une drapure par terre pour étouffer les flammes.
Pendant qu'une course poursuite s'engageait au rez-de-chaussée, Marcus, loin de toute cette agitation, s'intéressait aux salles du bas, afin de voir s'il discernait un objet de quelconque intérêt.
C'est alors que le garde sortait par la porte d'entrée, Cyrielle sur les talons, que Tordek, qui s'était fait oublier, mis son plan à exécution, et sauta de la fenêtre du premier étage pour asséner une fulgurante attaque plongeante sur le milicien qui les avait surpris. Mais les nains, bien que pourvus de nombreuses qualités, ne sont pas des sauteurs très adroits. Tordek atterrit lourdement sur Cyrielle qui perdit connaissance sur le coup.
C'eût au moins le mérite de faire se retourner le garde, qui put ainsi apprécier la vision courte mais intense d'une flèche tirée par Elphyr lui arriver dans l'épaule. Marcus, voyant de loin tout ceci, lança de sa main droite avec une invocation rapide un rayon de givre pour régler son compte au garde, mais dans sa précipitation, il toucha Elphyr de plein fouet, et à peine le fonctionnaire érosien, assez cependant pour le ralentir quelques peu. Et quand ce dernier voulut repartir, il vit une petite ombre sauter à son côté, entendit "Kharam-Badûr Kazir" (cri de guerre nain), et se prit un grand coup de hache qui l'acheva sur le coup.
Malgré tout le bruit qui avait été fait, et qui avait sans doute réveillé une bonne partie du quartier, la rue était encore déserte, les compagnons eurent donc le temps de rapatrier le cadavre à l'intérieur, Glanix de soigner Cyrielle à l'aide d'une bénédiction de son crû, et tous de rentrer dans la maison, fermant la porte, le temps de rapidement fouiller la maison avant de prendre la fuite.
Joli travail, enflure de Cheval!
RépondreSupprimerAgréable à lire. Pis ça m'a donné soif.
Tordek il s'appelle, le nain !
RépondreSupprimerA travers son nom, c'est toute sa famille que tu insultes!
incapables, même
RépondreSupprimerPour ne pas faire offense aux gens de petites tailles, j'ai corrigé.
RépondreSupprimer(et les anonymes sont des tapettes incapable de se retenir de faire des jets critiques aux moments inopportuns)